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Centre
de
photographie
contemporaine

© G.Herbaut
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Photographie
de reportage,
documentaire
et plasticienne.


À Guillaume Herbaut

La différence entre la photographie de reportage et la photographie documentaire est infime et relève plus d’une approche terminologique ou d’une attitude critique. Dans la pratique, toutes les deux travaillent sur l’idée du document photographique. Le point de vue est souvent le même. Beaucoup de photographes viennent de la photographie de reportage et vont ensuite vers l’approche plus spécifiquement documentaire, témoins Saussier, Delahaye, Pataut, Faigembaum, Jouve ou encore Shoellkopf, Sekula, Levin et Salerno. Guillaume Herbaut par contre peut évoluer dans les deux démarches et dit même avec un léger esprit de provocation que tout est affaire de marché : la même photographie faite pour un reportage et vendue à des journaux dans un contexte et une actualité sociétale donnée peut devenir photographie documentaire, si elle est présentée dans une galerie ou un musée, en changeant son format, sa présentation et en éliminant la dimension purement d’actualité. La photographie de reportage est directement liée à l’actualité, pendant que l’approche documentaire est plus intemporelle. Mais à ce niveau elle peut devenir photographie plasticienne. C’est l’exemple d’Antoine D’Agata photographe de reportage à Magnum, qui expose ses travaux personnels faits de fantasmes dans une esthétique appuyée basée sur le flou. Cette approche ne documente pas le réel, contrairement à ses travaux de presse, mais sa personnalité propre qui se cherche dans l’action et ses obsessions. L’œuvre d’Antoine d’Agata est importante car sa photographie a su à la fois toucher un large public et les élites photo journalistiques et du marché de l’art, sans doute parce qu’elle dénote un style bien particulier directement identifiable.

La photographie de reportage s’inscrit dans un cadre professionnel de contingences : la commande et doit de ce fait répondre à des critères de convention stylistique : mouvement arrêté, cadrages au grand angulaire, lignes et perspectives marquées, noir et banc, etc… L’image est toujours accompagnée de légendes, et doit remplir son rôle d’information sur la réalité présente. Elle souscrit donc à une objectivité recherchée et comme on dit elle « couvre » l’évènement (ou parfois l’obscurcit).

La photographie documentaire créative, quand elle ne se limite pas à faire des inventaires pour d’autres disciplines, s’inscrit dans une approche personnelle, souvent en dehors de commandes bien qu’elle puisse s’y associer. Elle est le fruit d’une démarche subjective qui va à la rencontre du réel qu’elle veut documenter et elle fait le choix d’une esthétique appropriée, qui peut changer ou évoluer en fonction des thématiques, puis adopte un point de vue particulier. Elle se situe au croisement de la subjectivité de l’artiste et de la quête d’objectivité de la réalité. N’étant pas directement liée à l’actualité, elle se donne le temps d’explorer son sujet et peut ensuite revendiquer une certaine intemporalité. Pensons à Andrew Bush qui a photographié pendant neuf années les conducteurs au volant de leurs automobiles sur les routes de Californie, réalisant un magnifique document à la fois poétique et sociologique sur les U.S.A. des années 90. Elle découvre la réalité et pousse le spectateur à s’interroger sur elle.
Si la photographie de reportage, comme on l’a vu avec Herbaut peut pénétrer et déboucher sur la photographie de document (exemple de ses travaux sur Tchernobyl), l’inverse n’est pas possible, car comment actualiser un travail qui prend racine dans de longues périodes de temps révolues?

Lorsqu’on parcourt les images des photographes d’agence on repère vite un style reportage, et une unité de ton auxquels les photographes doivent se plier, et ceci même si le style photo journalistique évolue avec les époques.
Il n’en est pas de même avec les photographes documentaires que l’on ne peut pas identifier au premier coup d’œil et regrouper dans un point de vue et une esthétique similaires. Leur approche est solitaire ou dépendant de commandes publiques. Chacun possède un style différent, qui reflète la diversité de la création personnelle.

La photographie plasticienne ne se réfère qu’à elle même à l’esthétique affirmée, et à la subjectivité devenue son étendard. Elle compose souvent avec la fiction, la mise en scène et le rendu des images. Ses contours sont flous car elle traverse aussi bien la photographie de reportage, comme un d’Agata ou la photographie documentaire avec laquelle beaucoup de critiques la confondent.
Sa différence fondamentale avec la photographie documentaire réside dans le fait que la quête du réel est seconde, par rapport au choix d’une esthétique de l’image, et donc d’une éthique, qui n’est pas sa première préoccupation. Elle se permet tout et ne se réfère qu’à elle même et à la subjectivité du créateur. C’est une photographie d’intérieur comme un Fontcuberta, un Joel Peter Witkin ou un Saudek l’illustrent parfaitement et ceci même si elle renvoie un miroir révélateur à la conscience du spectateur. L’on n’apprendra à personne que le “ressenti subjectif” est soumis à des codes sociaux en vigueur, l’artiste étant celui qui fait parfois exploser les cadres en anticipant les futurs codes.


Annexes :
Point de vue, cadre et angle de vision:
Ayant déterminé par avance son point de vue, c’est à dire la façon dont il cadrera son sujet, l’opérateur s’interroge sur ce cadre. On ne peut pas faire n’importe quoi n’importe comment, comme les photographes du dimanche. La photographie souscrit à des impératifs techniques précis. D’abord se décider sur le format carré, rectangulaire : dans ce cas rétréci ou allongé voir panoramique. En second lieu, un opérateur conscient de sa tâche choisira une optique fixe, qui l’oblige à se mouvoir face au sujet photographié, ce qui a l’avantage de préciser son point de vue dans la pratique et de faire intervenir son corps.
Si ce point de vue est répété dans plusieurs images, il devient repérable par le spectateur et lui permet de réfléchir (car il réfléchit la démarche interne de l’opérateur). Le point de vue peut s’ouvrir ou bien se fermer selon que l’on adopte un grand angulaire, une optique standard ou un téléobjectif, chacun mettant en relief tel ou tel aspect de la réalité. Tous ces critères méritent amples développements, ce qu’on appelle maîtriser la technique.


Gilles Verneret.


P.S.:
Un courrier de Gilles Saussier précise quelques points obscurs ou confus de mon article. Quand je parle de la différence infime entre la photographie de reportage et la photographie documentaire il me répond avec raison :
« Non la photographie documentaire est vieille de bientôt un siècle et d'une différence fondamentale de temporalité et de rapport aux images ».
Mais ma notation se situait sur le plan métaphysique de la notion de reportage, et non sur sa réalité socio historique. Se « reporter » se porter de nouveau sur les lieux d’une activité spatio-temporelle, dans un cadre d’actualité médiatique, et cette démarche peut dès fois se conjuguer avec une approche documentaire de qualité, les exemples abondent comme Stanley Greene entre autres...

Il ajoute qui confirme le malentendu : « ...dans le reportage on travaille surtout sur des idées de sujet à vendre aux journaux ou à exposer dans les festivals et les prix photos, rarement crois-en mon expérience sur des réflexions sémantiques intéressant la notion de document. ».

De même quand je parle de « photographie plasticienne » c’est par simple bon sens et non par culture référentielle à la notion édifiée par D.Baque :
« La photographie plasticienne est un jargon franco-français inventé par D.Baque qui ne veut rien dire, en Allemagne, ou aux USA personne ne sait ce qu’est la photographie plasticienne, c’est comme le dahut ».
Pas d’accord avec Saussier bien sûr qui ignore mon approche a-historique. L’important dans la lignée de Ponge et de repartir à zéro dans sa réflexion, en se servant des définitions de la langue française et en observant la réalité des faits. Des artistes comme William Wegman, Guy Bourdin, Joël Peter Witkin, Francesca Woodman et des centaines d’autres ne travaillent pas dans le cadre de l’approche documentaire, ni dans celui du reportage alors dans quelle catégorie peut-on les ranger ? La catégorie ayant pour utilité de comprendre le réel sans épuiser le contenu artistique. Il nous a semblé que les termes « photographie plasticienne » convenaient bien pour tous ceux qui font passer l’esthétique et la démarche subjective avant la confrontation avec le réel et qui eux mêmes aiment à se définir comme « artiste plasticien » plutôt que comme « photographe » et pardon à D.Baque...