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Centre
de
photographie
contemporaine

© J.C.Moulène
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Produits made in Moulène



L’approche moulinienne est conceptuelle. Les images présentées ne se passent pas de discours. Comprenez que regardées en dehors de tout contexte, elles resteraient muettes ou peu parlantes. Le tissu discursif est consubstantiel au tissu imagéation. L’imagéation est ce qui engendre préalablement à son incarnation : une image.
Moulène pense la re-présentation de ce qu’il montre. Ce qui est montré ne l’est pas au premier coup d’œil. Nécessité d’un mode d’emploi. Si vous faites l’achat d’un objet technologique de consommation, il est toujours associé à un livret, le plus souvent en papier recyclé qui en indique le maniement et le fonctionnement. Textes souvent abscons et fastidieux dont on préfère remettre la lecture à plus tard, lui préférant la découverte in situ de l’objet. Idem Produits Moulène.

Représentation : produits de Palestine.


Un constat. La révolte d’une situation politique et géographique injustes. Une réflexion d’artiste sur le moyen d’en rendre compte. Pensée préalable qui aboutit à un choix de produits importés de Palestine. De la région géo politique de la bande de Gaza. Ces produits n’ayant plus le droit à l’exportation aujourd’hui (ou en 2002 lors de la présentation du travail en galerie).
Produits de consommation courante qui font l’économie d’un pays et sa réputation.
Dans ce cas précis : interdiction de les exporter et de nos jours de les produire. L’interdiction d’être une nation tout court et de se définir aussi par ses productions locales. Acte de résistance des producteurs palestiniens qui revendiquent leur survie financière et morale face aux pressions de l’état israélien.
Moulène réceptionne ces marchandises et les assemble sous les projecteurs de son studio. La plupart sont constituées de denrées alimentaires et quelques produits d‘habillement ou de luxe et médicaments.
Comme un photographe publicitaire, il les met en lumière, non pour les vendre, leur vente étant prohibée, mais pour les faire connaître et ainsi reconnaitre leurs producteurs.
Il double l’acte de résistance des artisans ou petits industriels locaux, par le sien : la résistance d’un artiste Européen en système capitaliste, c’est à dire à qui l’on commande de faire des plus values sur des objets commerciaux.
Sa manière de résister, se cacher sous la peau du Lion de Némée, entendez un Hercule photographique qui prend les outils et le costume du photographe publicitaire : la chambre de grand format qui fait parler les objets de façon hyperréaliste avec son langage hyper technique fait de décentrements et de cadrages millimétrés. Dire leurs non dits au delà de l’étiquette, tout en s’affichant -au sens propre- derrière elle, qui les nomme sans en découvrir la réalité intime.
L’huile d’olive devient icône de l’huile l’olive, permettant à l’imagination d’envisager la spatialisation géographique de sa provenance et de son état interdit.

L’approche procédurale : mettre en scène la dualité, la dialectique du double qui crée la tension et sous tend le conflit inhérent à ces productions. De là, le jeu du positionnement dans le regard de l’opérateur, créateur d’image, distinct du créateur/ designer du produit. Nous n’avons pas à faire à un produit d’art dans la forme qui est représentée, mais à un produit de première ou seconde nécessité que Moulène veut que l’on aborde par la réflexion de notre regard, qui rebondit sur ses volumes. Une représentation a minima. Un second degré dialectique qui interpelle le fond de l’œil, c’est à dire en deçà de la vision primaire. Mais si les paires duelles engendrent l’opposition et les conflits potentiels, elles conduisent aussi à l’équilibre et à l’unité qui ressortent de ces images.

La syntaxe Mouliniènne :

Passez Moulène à la moulinette et vous obtenez le produit fini d’art !
Packagé, contemporanéisé, livré sous diassec, en objet tableau qui se surrimprime à l’image du produit, qui devient dès lors production (au sens artistique) lourde de consommation élitiste; alors qu’il ne pouvait penser à l’origine, s’extirper de son statut d’objet de consommation courante.
On n’est plus dans le courant, le commun. Ce sont devenu des objets uniques passés par le filtre du prestige Moulinien de l’art. Du consommable multiple au tableau unique ou à faible tirage. Le magicien Moulène est passé par là donc et en a fait des objets de luxe. Dixit ses clins d’œil à quelques lingeries de qualité, où là encore la dualité émerge souveraine de ces confrontations imposées. Il s’agit bien de figures imposées créées à partir d’objets, non libérés au travers de leur capacité de production et de diffusion.

Le choix de l’angle de prises de vue c’est la syntaxe de Moulène. L’approche basique à distance raisonnable qui permet au spectateur d’imaginer l’échelle, grâce à notre imagination d’anticipation, issue de la vision familière que nous en avons au quotidien. Echelle grossie légèrement par le format de vision 40 x 50 cm. qui enfle la stature réelle de l’objet, juste pour la poser sans la déformer.

Syntaxe :

- Par la frontalité à hauteur d’objet.
- par la plongée ou le survol de l’objet, le plus souvent à 90° du sol.
- par l’abord par l’oblique soit parce que ou les objets sont ou ont été déplacés dans le champ, soit parce que l’opérateur se déplace lui même de 30° à 45 ° degré, autour de lui. Car ces objets sont bien le centre de l’attention, à laquelle Moulène se voue corps et pensée.
Syntaxe minimaliste réduite à sa plus simple expression, qui convient bien à l’objet Palestinien, de résistance muette, et en apparence insignifiante sous couvert d’imagerie d’Epinal (ou de Gaza)… de vulgaires médicaments ou consommables…
Mais à la différence que nous ne sommes ni dans le placebo, ni dans le générique. Il y’a affirmation de la provenance par le nom imprimé sur la face visible que l’opérateur n’a de cesse de mettre en avant.
- Lumière égale provenant d’une source uniforme : le projecteur. Lumière éclatante, grâce à l’existence immédiate de l’objet, mais qui est mis en valeur comme marchandise, sans la prostituer. On n’est pas là pour faire vendre, mais pour faire comprendre et découvrir.
Pas de contre plongée qui dresserait l’objet au dessus et le ferait grandir à nos yeux. Il est éclairé de façon limpide, devenant sujet d’éclairement, et de révélation pour le spectateur.
Pas ou presque d’ombre portée, comme si les objets projetaient peu ou d’ombre ou si discrète, comme si ils prenaient vie et racine par leur énergie propre, comme si ils étaient illuminés de l’intérieur, aussi par la rage du désespoir qui les a conduits à l’existence.
Peut être aussi un peu à cause de leur support qui absorbe la lumière?
On parle dans ce cas de “lumière réfléchie” qui est celle de ces objets de Palestine.
L’objet est enfermé dans la boite et livré à notre regard sans défense autre que son positionnement dans l’espace du studio et Moulène le situe dans son regard, relayé par le nôtre.
De cette syntaxe naît peut être le côté émouvant de la série, dont Moulène se défendra … qui sait?

Synthèse visuelle :

Objets sur la défensive.
Nécessité d’avoir de la tenue. De tenir debout. Qui s’ils n’y parviennent pas de par leur nature, comme ces sachets, se rangent sagement sur leur flanc, rayonnants, presque avec dignité.
Toujours neufs, toujours bien présentés tels des costumes traditionnels de la Palestine, qu’ils représentent à leur façon sans le folklore…
En livrée de packagings, propres et occupants géométriquement l’espace de vision qui leur est judicieusement imparti.
Sobriété de la série, qui engendre paradoxalement le respect : de ce qui n’est pourtant à première vue qu’objets de consommation et qui deviennent objets de revendication par le SAS de l’expression, avant de devenir objets de vénération dans des lieux culturels.
Pas envie de consommer, ni de l’œil, ni de la bouche, comme des reliques, à ne pas toucher. Ces objets qui valent très chers confiés (à/ et) nous confie malicieusement Moulène.

La revanche de l’objet sur l’homme. Objets qui parlent leur langage de l’âme, celle de la dignité d’un peuple opprimé.
Des objets révolutionnaires et tranquilles.

Gilles Verneret.