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Centre
de
photographie
contemporaine

© J-L. Elzéard
© J-L. Elzéard


Les objoies d'elzeard



La rencontre avec Jean Louis Elzéard n'est certainement pas le fruit d'un hasard, mais celui d'un long mûrissement parvenu à maturité et s'exprimant comme ces coquelicots dans son pré-hasard.
….Obligé à son endroit d'inventer des mots qui simulent l'inexprimable. Que dire à son propos, du travail? de ses prés, sans redite? Que le silence qui répond à la contemplation, comme dans le pré réel d'ailleurs... Que cette nourriture qui remplie l'esprit d'aise. Une évidence tranquille qui se dévide avant que le regard ne se lasse ou ne se détourne.
....De la tradition du grand classique, de "Pour un Malherbe", aux siècles d'avant la lumière...
De la grande photographie qui n'a jamais été rien d'autre qu'elle même... Lui qui écrit "Si bien que nous qui faisons partie des espèces vagabondes et qui, par conséquent, allons entre les êtres et les choses, rapprochant et comparant, nous souvenant et découvrant, le sens ne cesse pas". Texte qui accompagne remarquablement cet air des champs qui souffle sur ses images. Là où tout est juste "calme et volupté "... et à sa place, nous conviant simplement à nous rendre à l'évidence.

Elzéard ose affirmer haut et fort son appartenance au monde des formes, engendrant au passage les siennes propres. Miracle de l'objet du désir, octroyeurs d'objoies, conscientes de la joie d'exister, fête de l'oeil pour nous régaler.
Son oeuvre du pré dans la lignée de Ponge, exempte de commentaire, tant elle se donne à voir, dans ce que l'objectif pourrait recouvrer de plus vrai, si il ne se réduisait pas au mot, même avec les ambitions du verbe créateur. Cette oeuvre qui couve l'ambition d'ébranler nos certitudes de connaissance et de reconnaissance, en s'engageant d'un pas affirmé dans ce présent, face au référentiel nature.
Le pré est toujours antérieur à ce qu'il circonscrit, en son sein les fleurs des champs n'apparaissent que dans leur inéluctable existence, la photographie se contentant d'établir un état des lieux postérieur. Seuls changent aux yeux d'Elzéard la volumétrie et le format d'apparition et libre à nous de les re-situer dans notre imaginaire, excepté peut-être pour l'Inuit qui ignore la végétation, libre à nous pris au dépourvu de nous en arranger de visu et dans l'instant selon notre vécu antérieur.
Belle composition que ce pré arrangé à la forme du regard, se prêtant à l'encadrement artistique en même temps qu'aux exigences premières de l'agriculteur qui a la charge de l'entretenir ou de l'abandonner aux herbes folles. Arrangement qui appelle des rapprochements mondains avec d'autres peintres et d'autres époques.
Elzéard qui ose, même quand il dépeint en d'autres tableaux, sobrement la rose, ramenant dans son sillage le message classique, renouvelé et toujours identique des poètes. Cette froide affirmation empreinte de simplicité, des choses vues, mais à revoir ce plus petit que soi qui emporte l'adhésion et ravive l'attention. A sa suite tout se redresse : "L'unité du monde est en train d'avoir lieu sous nos yeux" JLE
Nous envahit la couleur du vert, nous mets au vert qui selon certains est celui de la vie et d'autres de la mort, quand elle passe de l'une à l'autre. Cette verdeur cadavérique des restes du pré. Ce calme que revêt notre regard, le recentre. Sur ces traces sans jeter un oeil sur le bleu du ciel étrangement absent, occupé qu'est le pré à prendre tout le lit. Festin de l'oeil repu avec ces quelques coquelicots, d'un rouge qui saupoudre l'ensemble harmonieusement. Un espace de profondeur rapporté à la planéité, que l'on regarde debout comme lorsque l'on se tient en lui, les jambes fouettées par le végétal malgré son invitation à nous y vautrer. Ce lit où les herbes se couchent puis sont écrasées, recommandant cette retenue du spectateur du pré d'avant le silence...
On met au plus bas ces panthéons reverdis, et leur approche authentiquement charismatique. Sans balbutiements ni souffles courts ou dérangés avant cette grande respiration, qui assiste interloquée, paisible à cette capacité de l'image à rendre compte de l'existant.
Effet Nature ou forme naturaliste qui est redevable de ne paraître que ce qu'elle est : un pré, fixe entre tous.

Gilles Verneret, janvier 2008.