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Centre
de
photographie
contemporaine

©B.Plossu
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La délicatesse
chez Plossu


ou les 12 mots extraits d’images


L’œuvre du photographe français qui m’a le plus marqué et touché à la fois (sans pour autant m’avoir influencé) est incontestablement celle de Bernard Plossu.
Et croisant tardivement ses photographies, en même temps que l’homme dans une collaboration heureuse (1), j’ai ensuite mis du temps pour mesurer l’impact de ses images sur ma conscience photographique, dû sans doute à la fameuse latence de la décantation de l’histoire, qui touche autant le commun des mortels que le collectif Auparavant mal connu et mal vu, il représentait à mes yeux, l’homme du « flouté » à l’œuvre nébuleuse de passage dans ses « road movies » visuels et perpétuels. Mais m’y arrêtant plus scrupuleusement à la fin des années quatre vingt dix, lors de grandes expositions à Arles, chez Chomette et à la MEP et de l’ouverture du Bleu du ciel, je pris soudain conscience de la place fondamentale qu’occupait sa trajectoire dans le paysage photographique français. Rétrospectivement, comme on revisite d’anciennes planches contacts, je sus avec certitude à partir de son « Voyage mexicain »- admirable album initiateur et initié – combien la photographie dite contemporaine lui était redevable de toutes ses avancées, dans son positionnement actuel et de même à sa capacité de se penser comme forme d’expression cruciale de notre temps.

La notion de « flouté »

Faut-il rappeler, sans tomber dans le mélo critique, que toutes les tendances journalistiques nouvelles des courants d’agence de « Vu » à « Tendances floues » en passant par « l’œil public » et certains photographes de Magnum, n’existeraient pas dans le même état d’esprit sans ce passage de Plossu au Mexique !
Que seraient de même les réflexions photographiques de photographes comme D’agata, Ackermann et autres, sans lui ?… A tel point que l‘image floue est rentré dans le langage visuel courant. Faut-il rappeler maladroitement qu’avant Plossu pour le commun des photographes : une image floue ou bougée équivalait à une image ratée classée dans la rubrique des « non facturées » [-mais aujourd’hui on expose ces tirages manqués comme œuvres relevant d’expression !!! (2)]
J’ignore si ces photographes poursuivants lui reconnaissent clairement cette paternité, car ils peuvent aussi se revendiquer des tentatives du pictorialisme des origines, mais c’est en tout cas un fait à se remémorer.
Plossu a tout simplement érigé la notion du « flouté » (qui intègre aussi le « bougé) en esthétique et peut-être sans le vouloir du moins dans son voyage mexicain. Car au départ une image floue relève de l’incapacité à la rendre nette, à cause des conditions de prises de vue. Il a permis à la photographie de se libérer du carcan de l’image dite « nette », ouvrant la porte de la jonction avec la vision cinématographique. Pionnier de la Nouvelle vague aux côtés de Nori, Claass, Boubat, Gibson, Krims, Michals et d’autres ; sans renier la démarche de la rigueur formelle il a par l’emploi des lumières naturelles, de l’ouverture du cadrage et de la texture même du mouvement, permis à la photographie de s’émanciper de ses schémas traditionnels de représentation directement naturaliste, pour atteindre
à la dimension de « poésie du regard » et donc d’œuvre d’art issue de la subjectivité de l’opérateur – sous entendant la notion d’expérience intérieure devenue création.
Et c’est en ce sens là que Bernard Plossu a ouvert la brèche à la démarche contemporaine et à ce fameux « traitement » (3) qui non content de se poser en tant que « constat », lui a adjoint un discours rétro actif garante de son armature conceptuelle, lui ouvrant les portes de l’université et du Musée.

1 – La délicatesse

Faisant mon marché d’images au hasard des albums de Bernard Plossu, un mot s’est imposé englobant les douze autres qu’il a permis de faire émerger à sa suite comme on défile un chapelet le mot : délicatesse.
Implique une fragilité, très proche de l’instantanéité, inhérente à l’essence photographique. « Est délicat » ce qui demande à être préservé. Sauver le réel, en prenant un certificat de réalité (4), le voiler au moyen de cette pudeur qui recouvre toute l’œuvre. L’adolescence, l’enfance sont fugitives et délicates et le sentiment chez Plossu a toujours conservé ce regard qui nous protège, le sens du merveilleux ne se révélant qu’à celui qui sait garder l’esprit pur de la spontanéité.

2 – La liberté

Celle d’Eluard écrite sur le sable était politique, celle délivrée par les images de Plossu relève de la jeunesse éternelle et de cette juvénilité garante d’inexpérience qui la caractérise. Liberté intérieure, sans doute déterminée par le rang social- mais l’on s’en moque ici- d’aller et venir au gré de l’humeur et du hasard. Hasard que l’on préserve, autre masque de la délicatesse, de laisser venir à soi ce qui nous advient car « ce jour est un bon jour pour vivre et pour mourir » (proverbe indien). Sagesse de la jeunesse, plus pleine que l’on croit d’elle, que de la folie qu’on lui prêet ; due à son insouciance et que certains attribueront à la fuite et à la fugue. Mais il y’a des fugues majeures comme celle du « voyage mexicain » qui s’apparente à une musique rejouée en chambre naturelle...où la sensibilité subjective de Plossu éclate et où la contextualisation historique ou sociale sont presque absentes et importent peu… Seul Lowry apparaît parfois en filigranes, comme ombre lumineuse à Cuernavaca. La fuite chez Plossu est délicieuse et nous introduit à l’art de l’insouciance – encore un propre de la jeunesse…

3 – L’insouciance

Attribut premier de la jeunesse celle qui fait que l’oiseau de la Bible élève des cantiques et que jamais un moineau ne s’inquiétera. Souvent des oiseaux traversent les images de Plossu, comme une éloge à leur liberté passionnée , même noirs ils ne sont jamais présages d’obscurité, ils apportent simplement un peu de gravité, toujours attenante à l’insouciance.
L’insouciance abolit le temps et nous immerge totalement dans l’instant photographique. C’est à la fois si peu de choses que nous délivre Bernard ( le Saint qui commandait aussi aux oiseaux) mais ce « peu de choses » fait le bonheur de l’insouciance mais aussi de l’ardente jeunesse. La gravité qui affleure souvent derrière ses tableaux bi chromiques pris sur le vif de la vie sous entend que le témoin n’est pas aveugle, mais ne désire simplement pas mettre l’accent sur les orages. Car nul n’ignore « que sous le bonheur couve le malheur », lui plus que d’autres se préserve de le réveille…
En attendant : cette insouciance est sans cesse réactivée dans l’enthousiasme.

4 – L’enthousiasme

Selon Littré apparenté aux Dieux et à leur fureur de vivre, produit des états physiques désordonnés et s’apparente à l’oracle. Ce que voit Plossu est Oracle à n’en pas douter. L’enthousiasme jaillit de l’iconographie à la manière d’un cinématographe, qui extrait quelques instants intenses volés au 24ème rugissant avec lesquels l’opérateur vibre intensément.
« Le vent du Mexique balaye tout avec sa grande force magique…Trempés mais heureux, épuisés mais libres, fantastique tranche de vie dans cet univers géant… la nuit tombe et le ciel est plein d ‘étoiles écrit Plossu pourtant avares de mots, si peu d’images, et hédoniste, saisissant la vie à pleines dents, nous renvoyant l’écho de son viseur illuminé de l’ivresse de la spontanéité qui exclut tout calcul.
Cet enthousiasme qui au fil des années se rangera dans des chemins plus tranquilles, d’une esthétique dominée, faisant fleurir la rigueur formelle sans perdre cette juvénilité qui en fait la saveur.

5 – La juvénilité

Chez lui sans cesse renouvelée dévoile son appétence au réel, qui lui fait pencher plutôt vers la photographie que vers le cinéma qui est l’art de la fiction.
Rester juvénile, garder ce regard d’enfance qui sait percer d’un trait lumière la banalité des certitudes revues et corrigées. Juvénilité porteuse de sensibilité et de pudeur, comme un fruit qui dévore l’odeur, suggérée d’une femme alanguie dans une voiture Américaine, d’un sourire d’enfant qui danse dans le couchant.

6 – La pudeur

La pudeur est comme un habit de lumière, elle habille de noir et blanc tout sujet exempt de la trivialité du quotidien, ne sauvegardant que la fraîcheur des impressions premières « car le premier coup d’œil est toujours le meilleur, étant celui de l’amour libre ». Impressions retranscrites dans son langage de perceptions en deux dimensions.
La pudeur chez Plossu est le pendant naturel bien que secondaire- à la délicatesse générale de » l’œuvre au blanc (car le noir fondamental chez lui, ne fait que pousser en avant l’obscurité pour la distraire). Pudeur qui signe toutes les images, collatérale à la délicatesse, et qui implique la distance juste. Travaillant toujours avec le même objectif (50mm) Plossu privilégie la vision humain, à hauteur d’homme, tenant à préserver le secret des êtres et des choses, en ne les effleurant qu’à peine du bout de la plume de son appareil. Trop s’appesantir gênerait le sujet et une simple saute de vent effacerait à jamais la grâce saisie subrepticement. Car la pudeur est le masque obligé de la grâce.
Grâce qu’il ne convoque jamais par caprice ou par volontarisme mais par obligation intérieure de ce qui relève de l’éthique de vie. Pas de nudité choquante des êtres ou d’exhibitionnisme, mais la retenue et la suggestion inhérentes à toute caresse. Plossu caresse les êtres et les choses de son voile photographique léger comme une pellicule Tri X , présence discrète de l’opérateur qui s’efface sur la pointe des pieds ne saisissant la pudeur d’autrui, que dans le miroir de la fugacité de son double.

7 – La fugacité

Tout l’art de Plossu proche des fugues musicales de Bach : structures dépouillées de leurs attraits de séduction brillantes, solides et apparemment légères, réside dans sa capture de la fugacité. Et ce qui est fugace échappe –nous échappe - au regard inattentif. Que d’attention au monde pour capter l’invisible sauvagerie des moments authentiques.
Entre l’aval et l’amont le passé et l’avenir est cette seconde fugace, ce centième arraché à la délicatesse des sentiments où l’on s’abandonne, le front contre l’autobus de Marseille, le visage qui caresse la main de l’amie, l’enfant de chœur incrédule et inspiré, la femme couchée devant la mer qui écarte ses cheveux, toutes images fugitives qui ne quittent plus la conscience du liseur –entendez spectateur du livre car c’est au chevet du livre qu’est le plus à l’aise l’art de Plossu dans l’intimité du choix de la présence voulue.
l nous faut pénétrer dans l’intemporel de la beauté, alors de grâce n’arrêtons pas ces heures, ces minutes et passons à d’autres instants, ne les reconnaissons pas par une analyse trop sérielle, ils sont si ténus si fragiles qu’ils suivent leur cours comme une rivière… notre conscience s’y baigne et s’y reflète à son insu et gageons que le temps de leur latence en nous, sera plus long, même si un souffle parfois les efface, et remonte le cours de l’inquiétude.

8 – L’inquiétude

Sous jacents à tous ces miroirs arrêtes au cadran de l’obturateur, Bernard sans le vouloir tel un ermite réanimé, mais dans son extrême sensibilité recueille aussi l’inquiétude, sœur de la fugacité, de ne montrer que la surface des eaux. Il sait trop bien que le temps même figé, reprend sa course et son pouvoir souverain, comme cette ombre du petit cheval ou du cow-boy qui traversent la nuit, quelle nuit ? Celle du consul de Lowry croisé dans un farolito ? Certainement pas Plossu n’est pas D’agata , il suggère où le second martèle.
Et c’est bien le fait de la jeunesse que de se perdre dans l’action et dans l’enthousiasme afin de ne pas laisser le champ libre à l’inquiétude. L’objectif inavoué de l’opérateur médusé laisse transpirer parfois au détour de cette liberté insouciante et illusoire, un parfum d’inachèvement et d’inquiétude d’avant l’abîme. Seulement il n’y tombe jamais, elle s’infiltre sourde et muette dans ses flous redoublés de la vie urbaine, valise de commercial entre deux métros ; visage noir d’une vierge des banlieues, pan de mur ou d’hôtel noircis par les années.
Si l’on veut bien survoler l’œuvre à la manière d’un stroboscope l’inquiétude d’une image de bonheur appelle une autre image sans laisser vraiment de place à la pause. Plossu enchaîne les images avec une boulimie visuelle, dans son rouleau de pellicule, comme un compresseur de la réalité, repoussant cette inquiétude dans celle plus valorisante de ne vivre qu’en images ! Plossu ne travaille pas sur trépied, il n’en a pas le temps, il ne regarde pas le monde en pauses longues comme Strand, ou dans le blanc des yeux, il s’en détourne aussitôt vu, aussitôt pris avec l’instinct du chasseur qui fige dans sa sensibilité ce que le hasard lui a donné et qu’il a su piégé avant de passer à d’autres prédations.
On saute d’images en images si proche du cinématographe, qu’ on oublie que l’on assiste au regard fixe de l’image arrêtée même si leurs mouvements se ressemble, la cadence animée de la seconde recréant l’illusion du mouvement réel de la première .
Une plume sur le sol comme le symbole visible de la légèreté grave de l’œuvre Plossuesque qui n’empêche pas qu’à un moment, elle s’immobilise sur le sol, pour la photo ! C’est le verdict de l’histoire et du temps mesuré par Newton et revu par Niepce, depuis Einstein et Edward Weston sont passés par là et Bernard Plossu en passant nous délivre son trouble diffus.

9 – Le trouble

Un novice parlerait de trouble à la vision du travail de Plossu, d’une vision trouble, de photographies ratées à cause de bougés ou de flous. Il regretterait le manque de netteté confondant le flou dû au regard (qui n’est pas dans la bonne distance) et le flou de l’objet photographié qui s’apparente au bougé et à une inadéquation face à la situation entrevue.
Mais le trouble chez Plossu ne dérive pas de ces aléas techniques ou esthétiques mais plutôt de la lumière ambiante qui baigne certaines de ses images et l’oblige à composer dans ce sens au moyen de vitesses lentes. Elles sont le résultat de son inquiétude à se positionner devant l’éphémère. On peut parler « d’éphèmertume » à propos de ce trouble qui faisait dire à un poète que c’est au maximum du zénith que soleil, que l’obscurité et l’angoisse de la mort sont les plus fortes.
Le trouble ici, résulte de la délicatesse de l’opérateur à ne pas mettre en avant la face sombre de la vie. En s’en détournant, il ne peut éviter qu’elle surgisse dans les interstices de la sub-conscience. Trouble latent consécutif à une domination presque sans partage de l’insouciance et de la joie d’exister soulignées plus haut. Trouble que l’on ne peut pas refreiner et qui commence par un sourire avant de nous ouvrir à une autre dimension de la perception, comme ces deux bras sortis de nulle part qu’ailleurs mystérieusement de la fenêtre arrière de la vieille automobile blanche. Il reste au trouble Plossuien à se ranger derrière l’apparente facilité de la séduction qui maquille habilement l’ensemble.

10 – La séduction

Cette séduction que l’on peut qualifier de sud américaine avec cette bonhomie facile de la spontanéité des attitudes et des expressions, chère aux civilisations du soleil. Si séduction il y’a dans ce périple, nous pourrions associer sans peine Plossu à la branche des photographes de mode [ qui ne sont pas à déconsidérer que l’on se souvienne de Penn et d’Avedon, la mode dans le domaine photographique pouvant s’appliquer autant aux paysages, qu’aux nus, qu’aux reportages ou aux portraits et autres natures mortes).
Mais sa séduction à lui rappelle celle d’Eluard qui écrivait aussi « j’ai la beauté facile et c’est heureux ». Maxime qui s’applique comme un gant aux images de Plossu, tant elles donnent cette impression juste de facilité et de spontanéité alliée à la vérité de l’instant, issue elle-même de sa délicatesse naturelle et de son sens inné et de l’instant de grâce fugace des êtres et des choses.
Séduire – toutes ses photographies un peu comme un roman de Marguerite Duras avec qui il partage la poésie des ambiances et la nostalgie de l’élégance- semble en redemander car elles induisent cet effet séduction et d’agréable vision qui conforte l’oeil, maisqu’il convient de dépasser, si l’on ne veut pas rester au seuil, même si cela demande une décennie comme je l’ai fait.
Le vernis de la séduction est un vernis mais il se traverse et se transcende en ressentant cette aménité au monde qui jaillit de l’univers de Bernard Plossu.

11 – L’aménité

Pour avoir côtoyé l’homme, je sais que la bienveillance naturelle délivrée par sa vision, n’est pas un leurre de la séduction et de la facilité du hasard ou d’une illusion humaniste quelconque et soporifique, mais bien une affirmation d’éthique de vie et de valeurs photographiques.
Tout ce que voit Bernard Plossu, il le voit avec aménité, choisissant à cette fin délicatement ses sujets et l’angle de prises de vue pour les retranscrire sur le carré lumineux, baignés de bienveuillance. Tout cynisme ou vérité crue ou grotesques sont bannis de l’œuvre, certains diraient à tort de lucidité assassine, chère à notre époque. Plossu regarde les femmes avec respect et camaraderie, avec désir aussi empreint de la pudeur de la féminité acceptée, comme cet « homme qui jadis aimait les femmes » : François Truffaut son congénère cinéaste, avec qui il partage le privilège d’être l’initiateur d’une Nouvelle vague photographique.
Jamais l’once d’une vulgarité ne touche la femme ni n’encombre l’œuvre Plossienne pas de faux pas ou de mauvais regard, ni de moquerie, ni d’outrance critique ou désespérée. Sans parler de la sainteté de la mythologie catholique, on peut dire que si désespoir il y’ avait dans cette approche, elle serait du ressort de la vision désespéramment positive.
Telle est la leçon de « voir » de Plossu qui comme Don Juan, le maître yaqui de Carlos Castenada, nous force à considérer l’envers du décor, en mettant l’accent sur les saveurs discrètes, qui telles un parfum suave rappelle cette sagesse indienne millénaire. Il y’a de l’indien chez Plossu qui a su photographier les déserts de sable et la végétation aride et monumentale.
« Le monde est bon pour celui qui est bon » dit une ancienne sagesse cette bonté qui émane , bien que sans illusions messianiques, ne rejetant ni le trouble, ni l’inquiétude et fondant une légère gravité, celle du poids des choses qui retrouve la simplicité originelle et l’humilité qui font si souvent défaut à notre culture européenne et sont le lot des chefs d’œuvre de l’art.

12 – La simplicité

L’œuvre est simple, répétitive, semblable quoique jamais identique comme le geste de l’artisan ou du moine méditatif, pauvre de moyen technique ; même angle de visée, même texture de l’image, même granulation et rythme des dégradés de gris, même floutés repris dans des contextes identiques, simplement parce que le sujet traité est simple sans outrances ni redondances visuelles, esthétiques ou morales.
L’homme voit à la hauteur de ce qu’il est et de ce qu’il connaît bien, il nous montre le sourire, la tristesse, la gaîté des êtres et des paysages terrestres, les rues des villes et le soleil qui les baigne, le mystère de la lumière et des instants anodins de la vie et cette simplicité se pare du sceau de la délicatesse.
« Qu’est-ce que la vie c’est le souffle d’un bison en hiver… »

Gilles Verneret - Nov. 2006


1.« Latinités photographiques » Lyon Septembre de la Photographie 2002
2.Laurent Mulot « tirages non facturés » et aussi festival d’Arles
3.« le traitement contemporain », concept développé dans la collection Bleu du ciel
4.Notion introduite dans le catalogue « la région humaine », éditions Filigranes