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Centre
de
photographie
contemporaine







Introduction à un traitement contemporain de l'image.



Pour le sens commun d’un artiste et à fortiori d’un photographe : « être contemporain », c’est simplement être de son temps, de la même époque que d’autres contemporains. Mais depuis les années soixante et l’avènement des post-modernismes, la définition a peu à peu pris une autre acceptation, se particularisant dans la notion généraliste « d’art de notre temps » qui ne recoupe pas tous les arts, mais seulement un courant spécifique nommé dans un sémantique abusif « art contemporain ».

La photographie n’a pas échappé à ce mouvement, car en même temps qu’elle s’est retrouvée* dans une dimension  globalisante qui incluait toutes la/les photographie(s), elle s’est peu à peu engouffrée dans le vide reconstructeur que générait les formes classiques vieillissantes, prenant le train des discours inter disciplinaires et transversaux, et se revendiquant comme  art plastique à part entière.
 
En France plus qu’ailleurs, la photographie depuis l’institutionnalisation de l’art est devenue peu à peu un courant artistique original ou plutôt une manière contemporaine, de traiter l’image. Il suffit pour s’en convaincre de suivre l’actualité des salons, galeries, revues et autres marchés internationaux de cette dernière décennie qui a vu les photographes changer de regard, comme on laisse un vieux costume aux archives.

Mais qui a défini « ce traitement contemporain » ? ; Lui conférant cette quasi-obligation totalitaire de lisibilité pour prétendre à une reconnaissance officielle et bénéficier des suffrages critiques et des achats des collections ? Comme de tout temps, certainement pas les artistes, mais ce fameux « tertiaire » composé de critiques, d’universitaires, de journalistes, de directeurs de centres d’art, de  conseilleurs culturels ou d’enseignants  d’école d’art, habités de volonté tenace et sous jacente d’écrire l’histoire dans le sens de leur intérêt*** et donc de leur compréhension intellectuelle, palliatif, sans doute à leur déficit de créativité.

Une unanimité s’est donc constituée dans la droite ligne de Duchamp et a fleuri dans les biennales du monde entier, faite d’esprit surréaliste et de rigueur discursive.

En photographie rien de nouveau, mais une boucle qui se transforme en ellipse tout étant déjà contenu dans l’œuvre des « pères » comme un Walker Evans, il ne restait plus qu’à décliner et à répéter ce qui d’universel en lui devait se conjuguer dans le sens d’œuvres de détail chez ses poursuivants, dans le particulier. Déclinaison et répétition du propos à l’infini producteur de dissémination de sens sous l’ailette philosophique d’un Derrida, qu’Aristote n’avait pourtant pas manqué de souligner il y’a deux millénaires dans son langage.

Le traitement contemporain ?
Est-ce une méthode ? Une façon d’aborder et de concevoir le réel ? ou simplement une approche mode d’emploi ? Il ne nous appartient pas de le déterminer, simplement rappeler  qu’après Evans sont venus les Friedlander, Frank, Callahan, Winnogrand, et Klein  qui ont   déchiffré et incarné  ce traitement, avant que les Eggleston,  Wall, Sherman, Baltz, Becher, Struh, Plossu, Parr ou autres récents Dikjstra  et Moulène  ne le confortent et ne lui permettent d’accéder  aux  portes  muséales  faisant s’épanouir  cette photographie dite contemporaine,  dont les jours sont pourtant déjà comptés sur la pente des académisme naissants….

Le traitement procède exclusivement dans le cadre d’une démarche conséquente,   primairement par le constat, lui-même relayé par la série -divisée en accumulation et déclinaison. Il se distingue la plupart du temps par l’approche réaliste (renforcé par l’emploi de la couleur) soutenue par une réflexion analytique sur les motifs de la représentation, son contenu ou ses soubassements conceptuels. Il rejoint donc les approches transversales de la sociologie, de l’histoire, de l’anthropologie urbaine, ou de l’architecture et ne dédaigne pas, à l’occasion, la poésie ; mais délaisse la recherche plastique de l’image comme but originel. L’instantané et sa notion d’instant décisif découpé dans le réel surpris qui abordait le temps de façon linéaire laisse la place à un temps cyclique, psychologique ou intemporel. La contextualisation de l’image faisant d’elle un support illustratif ouvre sur d’autres lectures où les codes visuels sont revisités et réinventés : 

« Le style devient de plus en plus l’homme et sa démarche quand il s’apparentait anciennement à l’écriture visuelle et à son esthétique »

La photographie a travers le traitement contemporain se constitue comme un discours de/ et dans l’image, elle a pour ambition de générer des formes nouvelles, de réactivation du regard et donc d’interrogation sur la réalité vue.

Et quand elle perd ce statut elle entre dans l’histoire et devient classique ou en est exclue et termine dans les archives oubliées.

Gilles Verneret.


* Article « la photographie retrouvée » traitement contemporain N°2 éditions lebleuduciel

** devenu officiel depuis les années quatre vingt, mais qui n’en a pas moins pris paradoxalement et contrairement aux ascendants du Dix neuvième, pour bannière le rejet des académismes anciens, et la quête de recherches avant-gardistes.

*** rien de plus indigeste un siècle après que les textes critiques des contemporains du 19ème sauf peut-être quand ils sont écrits par Baudelaire ! L’histoire est une décantation   que ne survolent que les poètes.