-

Centre
de
photographie
contemporaine

 
 


Dossier préludes à "IDENTITE(s)"
Lyon Septembre de la Photographie : Thématique 2008



Fait référence :
- à « l’unique » quand il laisse émerger l’identité personnelle de chacun à travers les facteurs originels d’hérédité, d’éducation, ou psychologiques et socio culturels,
- et au « semblable, commun » quand il veut s’intégrer à la notion d’identité collective dont témoignent langues, histoires, ethnies, religions, illustrées par les cartes d’identité nationale, de sécurité sociale, bilans sanguins ou codes génétiques.
Dans l’optique artistique du médium de l’image, l’identité individuelle rejoindrait les pratiques subjectives ou formelles du créateur aux prises avec sa praxis, consécutives à ses origines et influences, pendant que l’identité collective définirait son positionnement social confronté à des réalités socio culturelles objectives, dont il se ferait le témoin sensible au travers d’un travail documentaire.
Lyon septembre de la photographie 08 se doit de contextualiser cette notion d’identité dans le cadre européen qui est le sien, en allant à la rencontre d’artistes venus de la scène Europe culturelle, afin de constituer un état des lieux non exhaustif, mais ouvert à l’approche documentaire et créative actuelle.
Il a révélé à travers ses choix, cette réminiscence oubliée, qu’elle soit sociale ou artistique, que les flux migratoires, se déplacent toujours d’Est en Ouest, le modèle américain restant ce moteur vivace et mythique dans l’esprit des créateurs autant sur le plan de la production formelle que celui de la diffusion marchande. Comme il a aussi reconnu cette volonté d’élargissement et de renouvellement dans les œuvres des pratiquants venant de l’Est riche d’interactions et d’échanges futurs entre créateurs d’images.

Identités ?

Le point d’interrogation indique qu’il s’agit de questions posées et non de réponses imposées.

La photographie pour nous raconter l’histoire de cette recherche des racines tout au long du XXème siècle et à l’aube de cette ère nouvelle ; photographie qui a traversé l’histoire et rendu compte des bouleversements à travers les deux dernières guerres, et depuis la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui l’Europe réunifiée à vingt sept, tente de gommer cette fracture Est/Ouest par une politique d’élargissement et d’apaisement concertés, fondée sur une vision sociale, économique et culturelle.

Lyon septembre de la photographie 2008 se donne pour ambition de réunir des photographes de cultures différentes, sélectionnant une quarantaine d’entre eux qui questionneront cette problématique de l’identité renaissante : soit à travers leurs nations, leurs racines ethnies ou ancêtres et groupements multi culturels et religieux, soit à travers leur l’histoire personnelle et sur la question de l’art lui-même.
La photographie des dernières décennies, certainement redevables aux faits historiques à l’est, renouvelle le traitement des formes contemporaines créant un élan vers l’ouest, riche d’interactions et d’échanges futurs qui constituera un nouveau patrimoine à partager entre tous les créateurs de cette jeune Europe.

A l'identique ?

Le terme « identité » fait référence à ce qui est semblable, identique, le même, ce qui ressemble. Dans l’identité le semblable se reconnaît. Il n’y a pas d’identité sans « l’autre », mais c’est en fonction de lui que se révèle l’unique, ce qui le différentie de l’autre. Le paradoxe de l’identité est de revendiquer son unicité et d’être reconnu comme telle, en comparaison avec ce qui n’est pas l’identité.

À partir de cette reconnaissance, se fait l’identification. L’identité relève donc de l’individualisme, on parle d’ailleurs d’identité de tel ou tel individu. L’ordre civil s‘est emparé de cette notion pour différentier le particulier du collectif en tenant compte de son nom et de facteurs physiques repérables : poids, groupe sanguin, empreinte, grandeur et maintenant de l’ADN. La photographie dès son origine a joué un rôle considérable dans la spécification de l’identité, on a photographié les repris de justice et pendant la Commune de Paris on s’est servi de clichés pour reconnaître les fauteurs de trouble.
`Aujourd’hui la photo d’identité est rentrée dans les mœurs, la carte d’identité devenant la pièce officielle, certifiée par l’image de l’individu.

Questions posées sur l’identité individuelle : Identité et l’identité collective : Identités
Question de l’identité individuelle le photographe interroge sa pratique de la photographie documentaire.
Question de l’identité psychologique, qui suis-je? mes origines, mon patrimoine personnel, sociologique et artistique (mes influences)
Questions de l’identité collective : la nation, mes origines culturelles, sociales.
Tous ces questionnements autour de l’identité seront principalement orientées vers les identités européennes.

Notes pour un Commissariat :

1

Il est paradoxal d’interroger les identités européennes au travers d’acteurs qui en sont la négation même dans le champ de leurs activités. Mais à chercher à échapper à l’identité collective, l’artiste la constitue aux yeux de l’histoire.

Le commissariat de Lyon septembre de la photographie 08 résidera plutôt dans l’idée d’interroger ces identités européennes potentielles, chaque créateur à travers sa propre démarche tentant d’inscrire ces possibles identités multiples et circonscrites dans la géographie et l’histoire.

Et le choix des créateurs s’est fait dans cet esprit de présenter leurs tentatives de description des identités européennes potentielles à travers la sociologie, l’histoire, l’urbanisme, la géographie et les paysages, et les différents groupements et ethnies sociaux des nations. Ces problématiques soulevant la question de leur propre identité esthétique et du positionnement de leurs regards dans les formes employées.

Une priorité a été donnée à l’approche documentaire qui tend vers « l’objet extérieur » plus que vers la démarche subjective et auto centrée. De même ont été laissées de côté les recherches formelles et purement plastiques ou conceptuelles sans lien avec la quête d’identités.
Le but étant d'éveiller un double questionnement chez le grand public (au vu du succès populaire des précédentes manifestations), sur la notion d'identité européenne abordée par le pluriel et sur le questionnement de l'art et de la photographie comme moyen de flirter avec le réel.

2

Soit nous partions d'un bilan et d'un constat de l'état de la photographie contemporaine et des questions qu'elle soulève? Se pose-t-elle encore la question de son identité? ou bien celui ci s'est-il normalisé depuis les années 80 en intégrant le statut d'art plasticien à part entière et en revendiquant la capacité de « weltanschaaung » au même titre que les autres disciplines artistiques (l'après Beuyce l'arte povera , le pop art : lettres stanislas Amand) ;
Soit nous abordions le problème de et des identités dans son ensemble en essayant à la suite de trouver des œuvres qui illustrent ces problématiques. Cette seconde option plus aléatoire a pourtant été retenue de par son ouverture plus grande du monde de l'art aux problèmes sociétals de notre époque ;
Soit nous passions en revue en faisant un état des lieux de la photographie contemporaine, les travaux des photographes. Mais sur quels critères? C'est en général les C.V des artistes qui sont garants de l'intérêt de l'œuvre, le cachet des expositions faisant foi. Mais cette option a le désavantage de risquer d'ignorer de travaux restés en dehors des chemins battus et de privilégier la lettre sur le contenu. Cependant il faut en tenir compte ne serait-ce que par ses critères de sélection multiples basés sur l'actualité (ce qui est dans l'air) qui amène par fois à la surface des formes nouvelles, tout en se méfiant de la standardisation qu'elle engendre.
Il convenait donc de dresser un plan préalable qui avait le mérite d'ouvrir sur une approche pédagogique des publics et de le coupler avec des rencontres d'artistes ayant une actualité sur la scène européenne; l'ensemble tentant de retracer un tableau non exhaustif, mais conséquent de la thématique « identités ».

On parvint rapidement aux constats que les artistes travaillaient en général dans trois axes :
- l'identité individuelle qui concerne la subjectivité et l'environnement immédiat du créateur qui concerne sa famille, lui-même, le tout constituant un autoportrait porteur d’intérêt existentiel et psychologique.
(Paula Muhr, Dita Pepe, Klavidj Sluban, Paola Salerno, Jérôme Soret)

- l'identité collective retraçant plus un portrait objectif ou tendant vers lui à travers un regard créatif de groupements, sociétés ou problèmes sociologiques (architecture, histoire, ...).
(Mark Curan, Nathalie Mohadjer, Rip Hopkins, Christian Buffa, Eric Roux Fontaine, Monique Deregibus, Stanislas Amand, Leo Fabrizio, Vesselina Nikolaeva.)

- L'identité du médium photographique qui retrace une réflexion sur le médium lui même et son implication dans le réel.
(Katerina Djrijkova, Krassimir Terzieff, Emmanuel Berry, Iosif Kiraly, Pavel Smejkal)

Ces trois axes de création tournait autour de thématiques qu'il nous semblait important d'évoquer :

Le repli identitaire : Christian Buffa, Eric Roux Fontaine
Le patrimoine mémoire (les guerres) : Nathalie Mohadjer, Pavel Smejkal
L’adolescence : Vesselina Nikolaeva
La question existentielle : Paula Muhr,
L’évolution sociologique : Mark Curan
L’identité au quotidien : Martin Kollar
Urbanisme et architectures : Angel Marcos, Vincenzo Castella, Monique Deregibus

Questions d’identité(s)
A travers ce mot transitent au moins les trois sempiternelles questions qui la conjuguent dans le temps : Qui-sommes nous? D’où venons-nous? Où allons-nous?
Questions sans réponses définitives qui illustrent bien ce concept tiroir et qu'il nous faut appliquer de surcroit, dans notre contexte, à la création photographique. Car tout ce qui vient au monde du langage revendique une identité afin se démarquer du réel muet ou invisible. Et justement la photographie joue depuis son origine sur ce clavier de « l'effet réel », du visible retranscrit et figé, de cette illusion d'éternisation, qui n'est au fond qu'un miroir déformé de l'immense mystère qui recouvre le monde qui nous entoure, nous inclut et nous porte.
L'image latente, puis fixée et imprimée et donc visible depuis Niepce nargue notre appréhension de la réalité, en la faisant passer pour une évidence alors qu'elle n'est au mieux qu'un reflet trompeur.
Très tôt la photographie a d'ailleurs poursuivi ce leurre d'archiver la carte identitaire de l'individu en lui tirant le portrait, afin de le reconnaitre dans sa spécificité et de le replacer dans le contexte du groupement social auquel il appartenait.
Aussi à la question Qui sommes-nous? Peut-on répondre : des individus distincts mais faisant partie d'une communauté inclusive. Distincts par leur trait physique et leur patrimoine de mémoire aussi bien que génétique et commun par ce qui les relie à une collectivité avec ses fonctionnements politiques et moraux consécutifs à une période historique donnée.
Les notions d'identité collective et d'identité individuelle s'interpénètrent sans cesse pour constituer l'expérience existentielle d'une société globale et de ses membres autonomes.
Mais la réalité individuelle est toujours première par rapport à la réalité sociétale, car c'est à partir d'elle et de sa prise de conscience que se fonde et évolue une collectivité qui en retour lui impose des codes. Ce patrimoine identitaire est réuni et conservé dans cette archive que constitue la connaissance retranscrite dans l'Histoire toujours relayée par celles des individus.
Histoire ou histoires qui semblent vouloir être la réponse dérisoire car simplement humaine à la deuxième question « d'où venons-nous ? ».
L'identité ne se suffit donc jamais d'être appréhendée au présent, comme en témoigne l'image photographique qui par sa pérennité apparente relate toujours l'absence de ce qui est montré, confrontant la conscience présente, au temps passé.
« Lyon Septembre de la photographie 2008 » en choisissant cette délicate notion d'identité déclinée à partir de l'identité unique et des identités multiples comme thématique de sa cinquième édition a surtout voulu poser des questionnements sur l'homme et la société européenne d'aujourd'hui. Et ceci dans ce monde en mutation, et à travers le médium photographique qui est une façon de le penser, (bien que non exclusivement sur le plan conceptuel). Si le cerveau humain est constitué extérieurement d'une couche nommée néo cortex qui rationnalise la réalité à travers le langage, il s'appuie sur les expériences antérieures du vieux cerveau limbique hérité des premiers batraciens, qui recèle toute la riche dimension émotionnelle de l'expérience humaine. Cette expérience affective principalement retranscrite par la vision, couplée à la réflexion intellectuelle, débouche sur une vraie intelligence des choses que revendique une certaine photographie créative.

Photographie contemporaine ?

Cette photographie appelée non abusivement contemporaine car cultivant l'ambition de retranscrire la teneur identitaire d'une époque à travers l'expérimentation de nouvelles formes, se présente comme une lucarne, un passage qui comme celui de Charon, ouvre sur la pluralité des connaissances par son adéquation structurale avec le réel.
Si l'artiste peintre est plus introverti et confronté à une expérience intérieure des signes formels, le photographe tout en revendiquant un statut différent d'artiste créateur se doit de par l'exigence obligée de son médium de regarder autour de lui et de rendre compte de ce qui se passe dans le monde visible sans tomber dans l'illusion de l'objectivité (apparentée au photojournalisme), son regard étant toujours influencé par sa structure subjective.
Le photographe pense le monde extérieur à travers son expérience personnelle et en rend compte dans une œuvre qui fait se rejoindre l'archive à vocation documentaire et la sensibilité personnelle à vocation artistique.
En ce sens on peut parler d'une mission que Walker Evans ou Tina Modotti apparentaient à une forme d'honnêteté intellectuelle et que nous avons qualifié de « devoir du photographe ». Le devoir de rendre compte d'une réalité que nous savons instable au delà du premier instantané de l'œil, le fameux « certificat de réalité » qui continue à faire que des milliards de photographies se prennent chaque jour de par le monde pour attester de sa présence au monde, sur la papier ou sur l'écran numérique.
La photographie fait figure de preuve d'identité, car on ne peut pas photographier ce qui ne se voit pas et qui pour autant n'existe pas, l'invisible posant la troisième et ultime question : « où allons-nous? »
La photographie de demain doit aider à ne pas cultiver le réflexe identitaire de repli sur soi à travers des certitudes de vérité inébranlables. L'ouverture sur l'autre se présente comme une métaphore de l'ouverture du diaphragme de l'objectif photographique, nous intimant de travailler à pleine ouverture sans œillères ou préjugés quelconques, C'est en cela que réside la merveilleuse honnêteté de la photographie documentaire créative qu'illustrent à leur manière les quarante photographes de Lyon septembre de la photographie 2008.
Ne pas se replier sur ses certitudes et des horizons bornés aux vérités des anciens classiques, ne signifie pas que l'on refuse de l'héritage des anciens, mais que l'on ne veut pas se sentir écrasé ou contraint par lui. Les grands ainés que révèrent souvent maladroitement les descendants, ouvrent le chemin de la créativité personnelle mais ne doivent pas se constituer en modèle éternel qui conduit à l'académisme ou se substituer à l'être créatif naissant de chacun, mais lui permettre au contraire d'éclore dans l'exercice de la liberté, qui est reconnaissance et acceptation des contraintes. L'héritage concerne uniquement le matériel et les outils de base comme en témoigne le rôle de l'école qui est de former et de guider.

Les sociétés différentes qu'elles que soient leurs modèles culturels n'échappent pas à la mondialisation, l'art en fait autant. Cela peut constituer un enrichissement comme un appauvrissement.
Appauvrissement : si le modèle se starise ou se standardise pour se conformer à des modèles rentables économiquement ou prévisibles excluant la vraie nouveauté.
Enrichissement : car provoquant un désenclavement de l'étouffoir régionaliste (les voyages forment la jeunesse) et entrainant échanges, ouverture et métissages culturels.(qui malheureusement s'assimile souvent à un impérialisme culturel)

La mondialisation :

Avantages : désenclaver des solitudes terroirs productrices de repli sur soi même et sur des traditions sclérosées (en art : le style d'école conduisant à l'académisme) qui empêchent la créativité la confondant avec la répétition folklorique.
Inconvénients : Ce phénomène engendrant une ouverture sur d'autres horizons et sur d'autres langues tout en produisant le paradoxe d'une langue internationale (l'anglais, l'image médiatique, etc...) et d'une standardisation des comportements et des façons de penser.
Aujourd'hui les citoyens inquiets se raccrochent à l'idée, non plus de nation, mais de région et la mondialisation, qui entraine la régionalisation à cause dune perte identitaire supposée. Le rêve de devenir citoyen du monde se heurte aux peurs millénaires de la dissolution.

Dans l'exemple qui nous occupe des « identités européennes » où se fait l'Europe se défait cette même idée de l'Europe engendrant le repli identitaire sur la région et son fameux terroir de tradition, de dialecte.
« Etre ou ne pas être » la fameuse question toujours à l'ordre du jour ou « être » est souvent assimilé à « avoir » : avoir une croyance, avoir une culture, avoir des traditions, avoir des opinions... Tout pour échapper au « ne pas être » assimilé au « néant » qui est en fait le vrai chemin vers l'être véritable, c'est à dire spirituel.
Etre dans l'instant et dans le présent, sans rechercher l'« avoir » qui s'inscrit dans le mouvement du temps passé/ avenir, autre que la conscience de sa présence au monde, tel est le vrai projet de la notion de mondialisation envisagée sous l'angle philosophique.
Mais l'être humain, en l'état actuel, ne semble pas prêt sur le plan psychologique à accéder à ce libre lâcher prise de l'identité.
Car l'identité commune incarnée dans une langue écrite et certifiante : je suis français, marié, catholique, hétérosexuel de rhésus négatif produit la différence et le rejet et la négation de l'autre : qui n'est pas français – mais sans papiers- célibataire ou pis polygame, musulman, homosexuel ou de rhésus positif. La différence est inscrite dans l'inconscient humain comme la négation de l'identité et induit cette gangrène qu'est le racisme.
Ce racisme, c'est comme le mythe de la photographie qui retranscrit fidèlement littéralement la réalité, ils relèvent tous deux de l'illusion mentale.
Les recherches scientifiques ont démontré que le concept de race n'était pas fondé et que seul le code génétique pouvait revendiquer une identité, dans ce cas d'espèce : humaine, tout le reste étant d'origine culturelle et donc psychique.
« Psyché quand tu nous tiens !!!! » L'être humain s'acharne à oublier cette vérité simple et ontologique que le réel est appréhendé à travers l'écran psychique incarné par l'outil cerveau.
La mondialisation métaphysique c'est de reconnaître que nous sommes tous égaux, non pas devant Dieu, mais devant l'espèce humaine et que fort de cette prise de conscience, nous en expérimentions enfin, les capacités insoupçonnées de « l'être au monde ».

Le mythe de la nouveauté :

Le mythe de la nouveauté en art comme ailleurs cache souvent une incapacité à sortir des rails pour faire son chemin personnel. Se conformant aux modes ou aux écoles, le style devient d'école et proclame la mort de l'artiste penseur et créateur solitaire; d'aucun lui préfère même le costume du chef d'entreprise rentable, ce qui permet de banaliser et de diriger son plan de carrière et donc l'emprise des commissaires mondiaux de l'art (ainsi seraient balisés et banalisés les chemins de la création). Ecrire l'histoire et y laisser un nom est ce qui motive la plupart d'entre nous, commissaires, directeurs, conservateurs, critiques, galeristes ou universitaires. Tout le monde veut sa part de création, pensant servir ainsi l'intérêt général, mais en enfantant, à son corps défendant toujours plus de muséologie que de vie intense.
Mais l'histoire c'est ce qui reste quand les historiens ont été oubliés, et elle se fait toujours à l'insu de ceux qui veulent la circonscrire littéralement échappant à la main mise idéologique, et se constituant ultérieurement à travers le nouveau regard d'autres historiens, sous tendus par d'autres époques.
Ainsi même sur le plan de l'histoire de l'art, son identité future nous échappe. La dernière Biennale 2007 de Lyon a tenté des repérages sur la décennie à venir qui n'a pas encore de nom, avec ou sans succès ce sera à l'histoire de le dire...
Où allons nous où va l'art? Où va la photographie dans cette dissémination généralisée des sens? Paradoxalement la mondialisation des langages, qui a fait sauté des barrières de l'ignorance appauvrit les cultures, lui substituant une vision unique et sectaire. Si le style est d'époque, se mondialisant autant que faire se peut plus pour des raisons de marché et de réseaux économiques que des questions posées dans les biennales d'art contemporain, le mystère reste l'apanage de la pratique individuelle de l'artiste et ce dernier prend racine dans un terroir culturel, dont il doit s'extraire dans son développement ultérieur, pour faire jaillir sa substantifique moelle.
C'est cette peur de perdre l’histoire : son histoire qui produit le repli identitaire. On se raccroche aux vérités mortes du passé; scellées dans des traditions qui ne sont plus adaptées. La peur du changement, du mouvement, la peur de ce qui est, car le monde tourne et bouge sans cesse dans l'univers, lui substitue l'illusion rassurante d'une identité éternelle et immuable à l’image de ce(s) Dieu(x) inventé(s) et Chrétiens et Musulmans inventent les paradis, que les intellectuels des siècles suivants transforment plus pragmatiquement en paradigme.

L'identité philosophique ?

L'identité est ce par quoi l'on reconnait une chose et qu'on la différentie avec une autre : c'est une chaise, c'est un chien. Une chaise n'est pas un chien.
Elle fonde un système clos d'existence constatée, un être défini et limité qui se différentie de ce qu'il n'est pas. L'identité est liée au langage, mais le mot qui définit la chose n'est pas la chose, simplement un symbole oral et écrit et le réel qui est censé être identifié échappe à son appréhension dans le logos, peut être par le fait que nous en faisons partie. L'observateur induit en effet une césure avec l'observé qui se présente toujours comme muet. Il fait la tentative de s'extraire de ce qu'il observe, oubliant qu'il fait partie intégrante du phénomène d'observation, qui est défini par sa nature propre de sujet pensant et observant.

A la question soit disant fondamentale : qui suis-je? On doit surtout entendre qu'y suis-je? Y suis-je vraiment?
En voulant certifier mon être n'aboutissais-je pas à l'idée inverse du « non être »?
Qu'est ce qui prouve que je suis? Dieu pour Pascal, la pensée (cogitum) pour Descartes? De dérisoires placebos... Peut être la respiration (inspir/expir) qui a le mérite d'être inspiré! Le langage que j'utilise ne certifie que lui même et encore comme son dans l'espace ou encre sur du papier...
L'identité se manifeste donc par des caractères spécifiques qui reportés dans un ensemble systémique lui confère une spécificité. Spécificité que l'on peut replacée dans des ensembles englobants qui lui sont co-susbtantiels si tant est qu'ils soient réunis par un phénomène d'attirance des semblables : ainsi la culture européenne se reconnaît dans un espace géographique et historique commun, à travers une croyance commune : le christianisme.

L'identité photographique :

Besoin d'un support planéiforme s'extériorisant sous la forme rectangulaire ou carré, sur lequel vient se fixer une image soit argentique (pellicule d'argent), soit numérique (composants électroniques) soit autre.
Image en deux dimensions qui se lit au travers d'une sémantique visuelle, cette dernière s'orientant vers des signifiés au travers d'un esprit de composition des signes selon qu'elle est utilisée par tel ou tel opérateur.
Les trois signes visuels principaux :
1) Les couleurs 2) Les lignes 3) Les formes

Quelques replis identitaires :

La croyance : je suis celui qui croit, je crois en Jésus, en Dieu, en Mahomet, en Tao, en Krishna, ou en Bouddha et je veux que cela se sache et je veux que cela se voit, pour m'en persuader intimement et fonder ma révélation qui s'apparente le plus souvent à des rites répétitifs d'auto-suggestionnement Je brandis des textes sacrés ou institués comme tels, j'abhorre des symboles visibles sous forme de logos sacramentaux ou des costumes et me voilà identifié comme être religieux, même si ma vie trahit complètement cet état d'esprit et que je tue librement mon prochain tout en prétendant l'aimer.... Souvent le code et la lettre remplacent la vraie vie contemplative et il n'est pas besoin pour cela de se reclure dans un quelconque endroit clôt.

La nation, la race : En France nous avons un Ministère de l'identité Nationale qui dénote bien l'importance de cette question et le danger qu'elle recèle car en fait le pouvoir capitaliste derrière ses faux fuyants s'arroge tous les droits et pouvoirs. Les problèmes des Balkans et des anciennes républiques soviétiques illustrant aussi parfaitement le sens de la nation, dans l'esprit des européens. L'Europe devenant une sorte d'image du père qui regroupe les divers éléments d'une même famille.

La région, le terroir : Au moment où l'on s'ouvre sur l'Europe nait en même temps un repli régionaliste qui met en avant « chasse, pêche et tradition » et mêle tout un folklore passéiste pour échapper à la peur de l'avenir car c'est bien connu « c'était mieux avant! ». Bruxelles devient dans ce cas de figure le bouc émissaire sur qui se déverse toutes les rancœurs personnelles.

L'imaginaire, le phantasme : On peut aussi se réfugier dans l'imaginaire et adhérer à des groupements ésotériques (secte, associations) qui nous promettent des mondes meilleurs. Que l'on se sente plus viril en Harley Davidson, que l'on revienne à l'homme de Cro-Magnon, aux indiens d'Amérique avec son western de l'Ouest mythique, que l'on revive les guerres napoléoniennes en direct, la liste est longue des anxiolytiques spirituels, où l'on s'habille de mythes revisités à la sauce américaine. (Car la plupart du temps la mythologie se calque sur le rêve américain).

Gilles Verneret, juin 2008