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Centre
de
photographie
contemporaine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Point de vues
et images d'Arles:
quand Arles se peopolise


Éditorial de notre envoyé spécial en Arles Nicolas Lebowitsky


Les méfaits d’une certaine politique culturelle gouvernementale commencent à faire ressentir leurs effets jusqu’aux Rencontres d’Arles 2008, qui on le constate depuis quelques années se peoplisent. C’est à déplorer ou à s’en vanter, dans tous les cas le gotha parisien répond présent au Rendez vous et cette année sous la houlette élégante de Christian Lacroix.
Cette dernière, telle la crête imposante de cette poule icône qui trône magnifiquement sur le théâtre antique et sur les flyers des vitrines, permet sans doute de renouveler le public en l’ouvrant sur d’autres horizons.

Cette édition 2008 confirme la tendance des Rencontres à se transformer en grande manifestation populaire, conjugué au pari réussi de réitérer sa volonté d’ élitisme, chère à Hebel et Barré. Elitisme de surface et non de l’esprit, image oblige !

Un photographe place du Forum souffle à l’oreille du quidam qui veut l’entendre, qu’à ce train là on peut craindre -ou se prendre à rêver- de voir Jean Marie Bigard devenir un des prochains commissaires ou bien encore Carla Bruni qui ajouterait une touche gracieuse à ce défilé… Toujours est il que les petites dérives et les écarts intellectuels s’accumulent subrepticement, tout en n’entamant jamais, bien au contraire, le succès énorme qui préside encore à cette édition.

Cette année le programme dépliant était payant, ainsi que la plupart des entrées pendant que les gradins du théâtre antique étaient complets, ce qui ne se produit pas systémiquement. On y parle plus anglais, que français et les étrangers toujours plus nombreux se pressent à tous les bureaux, conférences et cafés et hôtels du Forum. Ce dernier plein comme un oeuf respire la joie du farniente avant que les belles dames ne se déversent dans les soirées très chics ou smarts où le divertissement prend le pas sur toute autre considération.

Assistons médusé, à un « Mano a mano » du style « qui veut gagner des millions », entre Paolo Reversi et Peter Lindbergh échanges de propos courtois snobs, vides comme ces mannequins, exhibés sur le papier glacé ou la toile vibrante des projections, le tout digne des meilleurs cafés parisiens. Où il est de rigueur de trouver « ça » sublime ! « C’est votre dernier mot Paolo? , c’est mon dernier mot Peter… mais où est donc passé Foucault ? » Chacun a le rêve qu’il peut et l’enfermement d’Arles est bien délicieux. Constaté que prix en awards en dollars trébuchant ont la part de plus en plus belle, la compétition étant du nec plus ultra, prenant le pas sur la profondeur de réflexion des oeuvres, car les Rencontres sont une belle entreprise soumise aux lois du marché.
Heureusement il y’a Richard Avedon, malheureusement bien mort, pour relever le niveau, du fond de sa tombe et de son incontournable et intemporel acide travail sur Mr et Mme Confort. Car c’est le confort qui prime aujourd’hui sur la nécessité, comme l’argent sur l’intelligence…
Ne pas jeter la pierre pour autant à Christian Lacroix, charmant commissaire et compagnon arlésien, qui habille tout à la fois les officiels et les sans grades et qui a su conservé à son commissariat cette stature de rigueur, qui rend déjà pour certains cette édition inoubliable…
L’ensemble des manifestations a indéniablement de la tenue, comme cette photographie vestimentaire et de collection enluminée de savantes expositions thématiques qui attestent à leur façon, l’évolution des moeurs, des costumes et de la photographie de mode à Espace Van Gogh, au Cloître St Trophime, ou aux rétrospectives de Gouvion St Cyr à Montmajour.
Aujourd’hui la photographie vernaculaire prend le pas sur la photographie créative, lui volant ses prérogatives pour lui substituer le pouvoir de la vision sociologique ; de la même façon que le projet
économico-culturel écrase de plus en plus la création gratuite de l’artiste qui doit se soumettre au réel dominant, plutôt que de le démettre dans des formes nouvelles et subversives, comme il l’a pratiqué pendant des siècles. Et nous passerons et oublierons immediatly tout le fatras de la photographie pathos- expressionniste avec ses flous et ses bougés dérisoires, à force de se détourner de ce qu’elle ne veut plus voir, qui a envahi cimaises et écrans de soirée.

On se rappellera d’une des plus belles expositions (refusées) : « Work in progress » des étudiants d’Ecoles d’art, qui nous rassurent sur les possibilités futures des jeunes photographes, des images des
marins d’Exodus au Méjan, des Hyiènes , qui font fureur autant dans les salons que dans la poussière d’Afrique du sud de Pieter Hugo, des métros plastiques de Ethan Levitas (honneur à la découvreuse E .Biondi ) sans oublier Stéphanie Schneider, Angela Strassheim et son clin d'oeil hollywoodien soutenu la nostalgie émouvante de Jerry Schatzberg.

De même on est interrogé par les portraits de Pierre Gonnard qui cherchent à retrouver l'empreinte du clair obscur des peintres de la Renaissance et par la touchante quête identitaire de Samuel Fosso, comme par le dépouillement des images des écolières d'Anatolie de Vanessa Winship. Beaucoup de beaux souvenirs à cultiver, de bijoux à chérir dans le souk arlésien sur fond de belles parures qui traversent éphémères les cimaises.