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Centre
de
photographie
contemporaine

©Tom WOOD
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Tom Wood



exposition "Men and Women" au bleu du ciel en 2011, en résonnance avec la biennale d'art contemporain de lyon



Né en 1951 en Irlande, vit et travaille au Pays de Galles.
Tom Wood est un photographe contemporain qui a travaillé dans la nord de l’Angleterre, en particulier à Merseyside où il s’est installé de 1978 à 2001. Son travail a été montré dans plusieurs expositions et a été publié dans huit ouvrages. Depuis 1996 et son exposition au International Centre of Photography de New-York, ses photographies ont un réel succès et sont exposées partout en Europe. De la même manière que Martin Paar ou Paul Graham, Wood représente la première génération de la photographie couleur britannique et est souvent nommé comme étant une influence pour les jeunes générations de photographes.


"De la vie"

Tom Wood photographie de la vie. C’est un photographe des gens : étrangers, amis, famille ; ces gens de tout âge dont il capture l’image individuellement, par paire ou en petits groupes, en les faisant poser ou pas. Son oeuvre est très influencée par les photographies de famille, il lui arrive même parfois d’extraire certaines photos issues de ses albums afin de les publier ou exposer aux côtés des siennes. Bien que nombre de ses photos soient prises avec un Leica 35 mm, Wood utilise également le moyen et le grand format ainsi que le panoramique. Il travaille indifféremment en couleur et en noir et blanc. Ses photographies sont intimes tout en conservant la distance non intrusive du gentleman. Les photographies de Wood ne sont pas forcément conditionnées par un projet ou par une commande. Quand Wood expose ou publie ses photos, il le fait de façon non chronologique en passant d’une décennie à une autre, comme des images et non des documents.
Les photographies de Wood sont directement tirées du monde qui l’entoure. Le gallois est particulièrement fasciné par la façon dont l’appareil photo transforme la réalité en images fixes et comment celles-ci fonctionnent en tant qu’objets photographiques. Il a conscience du danger des habitudes et sait que la photographie ne supporte pas la routine et la répétition. Il reste toujours ouvert au changement d’angle, aux changements susceptibles de rompre la monotonie. La photo est un médium “mortel” qui peut tuer la vie. Paradoxalement, c’est ce médium qu’il choisit afin de la célébrer et « préserver la vie par l’acte de vivre » comme disait Henri Cartier-Bresson. Et c’est ce que Wood atteint dans la plupart de ses photographies.

Dans une de ses photos où l’on voit un groupe de jeunes hommes près d’un pub en route vers un match de football (il y a aussi une femme parmi eux mais elle est à peine visible, occultée par le groupe), le rythme est donné par la gestuelle des personnages — pointant du doigt, se touchant la bouche, tenant des tickets — et également par la façon dont ils sont saisis, leurs regards qui, sans jamais se croiser, fuient l’objectif. Au-dessus de cette scène, s’érige un panneau publicitaire qui montre l’image d’un maillot de football sur le point de disparaître. À la fois une subtile réitération d’un moment fixé par le photographe et un rappel de l’omniprésence des images publicitaires éphémères qui envahissent désormais les rues.

Il y a un certain pathos et une dimension comique dans ce portrait de trois vieilles dames marchant en ligne au beau milieu d’un sol jonché de détritus provenant de l’activité débordante d’un marché aux puces. La dame du milieu a la tête penchée et semble regarder l’intérieur de la corbeille qu’elle tient et qu’elle vient probablement d’acquérir. Nous ne savons pas exactement ce que cette corbeille contient et la blague semble reposer sur le fait que nous supposons que celle-ci est vide et que dans ce moment de réflexion existentielle elle pourrait aussi bien contempler son propre sort.

Des images et photographies apparaissent souvent dans les photos de Wood ; en toile de fond ou en relation avec les gens qu’il photographie. Sur ce cliché pris à travers la vitrine d’un barbier, il y a une interaction entre les deux clients de profil qui attendent leur tour et l’énorme poster de Steve McQueen nous faisant face. Sur cette autre photo, on voit des ouvriers du port de Birkenhead (ville près de Liverpool) à la pause déjeuner, allongés sur des bancs surplombés par des murs abondamment tapissés de posters de femmes aux seins nus. C’est autant un espace de détente que de fantasme dans lequel ces hommes sont montrés absorbés par la lecture de leurs journaux ou magazines dont une partie du contenu résonne au-dessus de leurs têtes. Sur une autre photo des docks, Wood met en évidence les découpages d’images érotiques de femmes, vestiges frappants d’un lieu de vie, de travail. La photographie de Wood découle de la vie et des situations réelles, mais reconnaît néanmoins le paysage visuel créé par les autres images photographiques qui s’offrent à lui et qui tentent d’attirer notre attention afin d’influencer notre manière de voir.

Les portraits de face, récurrents dans son travail, évoquent une temporalité différente de ceux qui figent un geste évanescent. Ils introduisent quelque chose de monumental, de méditatif et réfléchi. De telles qualités caractérisent le portrait du modèle vivant, de la jeune fille vendant des cigarettes ou de la vieille femme dans un café avec son tablier vert, son rouge à lèvres vif et ses yeux verts regardant fixement l’appareil photo qui se retrouve alors captivé par l’intensité de son être. Il y a une présence et une force inouïe dans ce genre de portraits. À l’inverse, les portraits de groupe invitent à un regard comparatif, à la recherche de différences et de ressemblances. Ils nous conduisent à mesurer la dynamique sociale qui se joue entre les personnages. Le regard devient aussi le sujet dans un certain nombre d’images : La femme âgée dans une boutique se regardant dans un miroir à main alors qu’elle essaye un nouveau chapeau ou l’échange entre deux filles sur le ferry-boat de Mersey, toutes deux baignées dans une lumière dorée.

L’oeuvre de Wood montre un monde toujours plein et débordant. Elle donne le sentiment d’un potentiel infini dans la beauté de la vie que nous rencontrons encore et encore dans ces images remarquables et inoubliables par leur naturel désarmant, leur simplicité et leur efficacité.

extrait du texte From life, Mark Durden, 2011”