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Centre
de
photographie
contemporaine

© Stanislas Amand
© Stanislas Amand
© Stanislas Amand
© Stanislas Amand


Stanislas Amand



Exposition au bleu du ciel en 2006 ("lettres à une galerie, vidéostill")
Exposition au Rectangle dans le cadre de Lyon septembre de la photographie 2008 "Identités"



Chez Amand, on ne peut pas séparer l’homme de l’artiste, le premier étant l’inspirateur et le père nourricier du second. Non que son œuvre soit narcissique, puisqu’elle s’abreuve à de nombreuses études extra photographiques, mais qu’elle rejoue ce lien en direct avec la vie de l’intéressé, et qu’elle le place dans un jeu interactif permanent.
Venant des frontières de l’urbanisme, sa curiosité naturelle ne s’y est pourtant pas arrêtée; après avoir réaliser des images constat de son rapport aux surfaces vitrées prédominantes dans les ensembles modernes, il s’en est extrait ultérieurement et plutôt thématiquement, en même temps que de cette laideur de ces zones périurbaines qu’il abhorre.
Ce qui semble constituer aujourd’hui l’originalité première de sa démarche est cette diversité du regard posé sur les choses, comme ce caméléon auquel il n’a pas manqué de faire référence, comme celui qui s’adapte aux couleurs du milieu ambiant. Mais s’il s’y adapte ce n’est pas pour disparaître ou se fondre dans la banalité environnante, mais pour en comprendre la trame intérieure et nous la renvoyer dans ses images miroirs, le nom d’une de ses séries.
Stanislas Amand est un curieux précis, un touche-à-tout minimaliste qui paradoxalement apporte beaucoup de soin et de rigueur à ses réflexions qui non contentes d’êtres livrés en kit image le sont désormais dans des lettres qu’il adresse régulièrement sous forme de billet dans la lignée de Sévigné, à cette galeriste qu’il ne s’est pas encore résolu à rejoindre. Car Amand est un oiseau qui ne se pose dans aucun nid d’école, ni d’esthétique quelconque. La liberté est son mot clef. Elle lui laisse toute latitude pour n’en faire qu’à sa tête à travers le viseur impoli et minuscule, tant qu’il n’éveille pas le soupçon, de sa petite caméra numérique qui prolonge sa main, et comme l’on dit bon œil. Il produit ainsi du métrage instantané et pixellisé, brouillon futur qu’il actualisera sous forme de boomerang, quand il l’aura bien digéré et que ces notes perdues dans l’instant deviendront oeuvre accomplie, prose optique comme les petits poèmes du même nom de Baudelaire, qu’il nommera sous forme d’habiles captures d’écran.
La poésie est donc croisée à chaque angle, témoin sa dernière recherche sur « la Mounine » de Ponge, captée par la diagonale du fou voyant qui diffère de la frontalité rationnelle en permettant la ligne de fuite et de rêve. Comme les miroirs de ses incessants sautillements de la prunelle, il ne manque plus qu’un stabilisateur de cœur pour que Stanislas Amand transperce radicalement le voile du réel et de l’illusion, pratiqué majoritairement par ses contemporains, de son acuité intellectuelle innée, mais pour cela il ne s’enhardit que modérément, préférant l’humour à la harangue.
A toute fin inutile, il endosse en bout de course et de pellicule le rôle de trublion polyvalent en jouant tous les rôles même improvisés de ses interlocuteurs imaginés, le mimétisme visuel faisant partie de sa panoplie de fabrique sans s’embarrasser de la scission entre la fiction et le rêve, seul comptant l’éveil productif !

Gilles Verneret