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Centre
de
photographie
contemporaine

© P.David
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Pierre David


exposition "Nuancier" au bleu du ciel en 2011



La pièce Nuancier a été crée au musée d’Art moderne de Salvador de Bahia pour l’exposition que le MAM a consacré au travail de Pierre David ; exposition dans le cadre de l’année de la France au Brésil 2009.

Quarante hommes travaillant au MAM ont prêté leurs couleurs de peau au jeu de la pose et de l’échantillonnage. Le résultat est une série de photographies réunies sur le modèle classique des nuanciers de peinture. Nuancier est conçu comme un outils au service de la décoration. À chaque couleur de peau est associée une référence numérique correspondant à la formule chimique de la carnation.

La réalisation de cette œuvre a été par essence in-situ, puisqu’elle prend comme modèles les employés du Musée D’Art Moderne : gardien, personnel d’entretien, jardinier, régisseur général, médiateur, chef du personnel, chauffeur… Durant le temps de l’exposition à Salvador de Bahia, le public les croisaient à la fois dans les couloirs et dans l’œuvre, une présence qui renouvelait chaque jour le caractère performatif de la pièce.

Nuancier fait partie d’un travail commencé depuis plusieurs années. À travers un ensemble de déclinaisons, Pierre David réfléchit aux critères de choix des modèles et à leur place dans la production de l’œuvre. Dans la série Les Rescapés (présentée en 2007), c’est l’histoire personnelle des modèles qui était en jeu. Pour Dormir, c’est leur âge qui entrait en compte.
Pour le projet Nuancier, Pierre David prend le parti d’instrumentaliser le corps en ne
s’intéressant qu’à la couleur de la peau de ses sujets.Avec ce dernier volet, Pierre David marque une nouvelle page du chapitre qui se joue à plein d’une confusion volontaire entre art et art décoratif, en détournant les codes de ce dernier pour produire des œuvres interrogeant
notre société.

La population de Bahia est ouvertement multiraciale. Là-bas comme en France, la couleur de la peau est souvent un marqueur social important. Ramener l’intérêt porté à un individu à sa seule couleur pose d’une façon immédiate la question du racisme « j’aime ou je n’aime pas votre couleur », cette question est-elle anodine ? Et comment les histoires, celle de l’esclavagisme au brésil et de la colonisation en France ont-elles répondu à cette question ?

Sous couvert d’un simple nuancier, cette pièce soulève aussi d’autres interrogations : que veut dire avoir un numéro sur sa peau ? Sur quels critères peut-on choisir une couleur dans ce nuancier : parce qu’on aime la teinte, parce qu’on est sensible au grain de la peau, parce qu’on aime le modèle ? En les exposant, l’artiste les rend visibles, alternant subjectivité et objectivité,
forme et contenu. Il superpose l’expression individuelle et l’expression collective, refusant l’anonymat contemporain, dans une tentative de nous faire connaître l’autre, et donc nous-mêmes.