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Centre
de
photographie
contemporaine

© Pascal Hausherr
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Pascal Hausherr


Exposition au Musée d'Art Contemporain dans le cadre de Lyon septembre de la photographie 2006 "La région humaine / Des corps dans la ville"



"Mon travail, exécuté en couleur au moyen format et à la chambre, a été ces dernières années consacré d’une part à l’autoportrait (Ce qui m’arrive, 1994, puis Jeux & Sagesse, 1995-1996, où apparaît peu à peu un personnage féminin), à la mise en scène de Marie-Hélène Clément, mon modèle exclusif (Les Incongruités, 1998 & 2000, A Nice Woman, 2001) et à une représentation emblématique du couple que je forme avec elle (Aimez-nous !, 1997, et Roman conjugal, 2000), d’autre part à des paysages que j’ai vite considérés comme des réminiscences du monde de l’enfance (Paysage français, 1998-1999, Suite Saint-Sulpice, 2004).

Avec la série Catastrophes (2002), j’ai ressenti que partout et à tout moment une catas-trophe était imminente. Je n’avais pas d’autre choix à ce moment-là que de conjurer ce vertige par un retour vif et critique dans les rues de Paris, occupé à repérer tout ce qui pouvait représenter de près ou de loin l’indice d’une menace.

Ce travail a induit la série Aïe, aïe, aïe ! (2003-2004), qui tente de cerner à la chambre photographique, comme on manierait un Leica en pleine rue, une dimension politique, un état des lieux de ce qu’on appelle les appareils idéologiques d’état.
Invité à séjourner et à exposer à Pékin dans le cadre du festival DIAF, Beijing (2005) représente pour moi à la fois le deuil d’une utopie politique réelle de gauche et dans le même temps les délices d’une pure préoccupation photographique.

Je travaille actuellement à De quoi demain, titre à l’énoncé duquel je réagis immanquablement de manière photographique, n’excluant rien, sans aucune idée pré-conçue. Il n’y a pas d’interrogation, mais certaines choses glanées ou grappillées. J’espère seulement saisir/salir les images en faisant un peu n’importe quoi avec une sensibilité de film élevée. C’est aussi une manière singulière de revisiter tous les genres de la photographie et de les assembler.

Pascal Hausherr



Beijing 2005 (à propos de Pékin)

Les passants étaient vraiment curieux de ma présence dans les rues de la ville lorsqu’ils me voyaient avec ma lourde chambre photographique installée sur le trépied. La lenteur du procédé semblait s’accorder avec le temps alangui des Pékinois.
J’habite à Paris un quartier où vivent un grand nombre de Chinois ; nous avons tellement d’images de la Chine que je n’étais guère dépaysé dans les rues de Pékin. Pourtant j’espérais y découvrir quelques traces de l’époque de Mao. Ce ne fut pas le cas. La surprise venait juste de cette lumière particulière, très douce sous un ciel voilé par la pollution, et de ma disponibilité totale à l’acte photographique (J’étais invité à photographier et à exposer dans le cadre du 2nd Dashanzi International Art Festival qui s’est tenu à Pékin en avril et mai 2005).
Donc, dans un premier temps, je voulais utiliser ma chambre photographique 4 x 5 inches, pour prendre mon temps et pour être absolument visible dans la rue (une foule de gens défilait sous le voile noir, étonnée de l’image inversée qui se formait sur le dépoli). Je voulais parler d’un monde naissant confronté à un passé qui disparaît.

Reste que ma préoccupation première en photographie est la photographie elle-même. Je pense réellement en termes photographiques ou comment remplir au maximum le cadre photographique, avec une bonne distribution des lignes de forces et des masses colorées, une sorte d’exactitude du point de vue et de précision photographique face à la complication de la réalité du monde et de son relief – lequel est envahi à ce point de doutes et de soupçons qu’on ne peut plus y adhérer. Je crois que la seule chose qu’on peut voir réellement c’est la surface plane d’une photographie, et c’est ce qui donne du champ à la pensée.

Ce que je photographie n’est au fond rien d’autre que l’image des rapports – d’accords et de désaccords - que j’entretiens avec le monde. C’est particulièrement sensible dans les photographies de Pékin. J’ai parfois l’impression que j’y atteins là une sorte de vérité, d’exactitude de mon être, de ma structure psychique, de mon tempérament. Je le constate par exemple dans l’imbrication complexe du réseau électrique de Pékin, comme autant de lignes qui conduisent le courant d’une forme à une autre, d’une masse à une autre. Je crois n’avoir jamais été aussi proche de cette poétique des phases (photographiques) que sont le négatif et le positif, - proche aussi du pur plaisir de photographier.

Pascal Hausherr