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Centre
de
photographie
contemporaine

© Mathieu Pernot
© Mathieu Pernot
© Mathieu Pernot
© Mathieu Pernot


Mathieu Pernot


Exposition "Panotique"/"Les hurleurs" en 2005



“Ma pratique photographique fait face au réel et s’inscrit dans des contextes sociaux et historiques particuliers. Elle est engagée auprès de ce qui risque de disparaître et tente, par une forme documentaire, d’en sauver une ultime apparence.
L’image photographique est un dernier cri. Elle constate son impuissance à sauver les choses et énonce la fragilité du monde dont elle fixe l’image”.
Mathieu Pernot - Propos recueillis par Martha Gili pour “Fragilités” - septembre 2003 (extrait)



MATHIEU PERNOT par Christian Caujolle

Mathieu Pernot poursuit, avec calme, rigueur et détermination son exploration à la fois de la mémoire, de la société et de la photographie.
Mémoire lézardée de la ville transformée avec une violence qui ne peut que durement toucher les habitants que l’on ne voit jamais : des barres d’immeubles des années soixante et soixante-dix s’écroulent, dérisoires dans des “Implosions” dont le noir et blanc accompagne leur transformation en nuage de poussière. Ou bien, en couleurs, des intérieurs d’appartements voués à la démolition dans le “Barrio Chino” de Barcelone radicalement “assaini”. Traces de vies, mémoire portée par les seuls objets abandonnés dans une fuite non voulue. Et, à l’extérieur, à partir toujours du même point de vue, la chronique dans le temps de la destruction et de la transformation de l’espace urbain.

Il y a de la cohérence entre une société qui conçoit les lieux carcéraux pour voir sans être vu et la conception tour à tour “hygiénique” et décorative de l’espace public : des cours, des couloirs, des portes de cellules, des grilles, pour un “Panoptique” explorant l’organisation de la prison après une lecture sérieuse du “Surveiller et Punir” de Michel Foucault. Les deux se rencontrent quand les “Hurleurs”, en couleurs, tentent de communiquer à partir de l’extérieur de la prison avec des membres de leur famille incarcérés.

Tout cela, sans aucun effet de style, sans aucun bavardage, sans image inutile, dans le choix d’axes directs qui revendiquent le style documentaire le plus pur et le plus contemporain. En évitant de se laisser aller à des modalités tapageuses de la dénonciation, en s’en tenant au
constat de ce qui fut, Mathieu Pernot dresse un réquisitoire terrible et exemplaire.
Ce faisant, il affirme l’efficacité, aujourd’hui, d’une photographie acceptée d’abord comme document et désigne implicitement les dérives séduisantes et finalement vaines de certaines approches contemporaines. Chez lui, avant la photographie, il y a toujours une analyse précise,
une pensée à l’oeuvre et qu’il met en pratique pour la rendre lisible.

Dans la Grèce antique politikos s’appliquait à tout ce qui concernait la vie de la cité. C’est en ce sens - et en incluant la question de la fonction des images à l’analyse globale - que la photographie de Mathieu Pernot est, vraiment, politique.