-

Centre
de
photographie
contemporaine

© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan
© Léa Eouzan


Léa Eouzan


Exposition "histoire(s) contemporaine(s)" en 2009



Avec sa série photographique intitulée « Histoire(s) contemporaine(s) », Léa Eouzan aborde une réflexion sur la Shoah autour des notions telles que la mémoire et sa conservation, le musée et son traitement. Si le point de départ de son travail est la visite de camps de concentration en Pologne, sa recherche s’est étendue à ceux présents sur le sol français, qu’ils soient désormais abandonnés, oubliés voire même transformés. Comme l’indique Léa Eouzan, « il ne s’agit pas ici de documenter Monowitz, Chelmek, Jawiszowitz, ou Rivesaltes, de même que dans l’ensemble du projet engagé il y a maintenant deux ans, de présenter un travail de commémoration. Mais plutôt de comprendre les enjeux de ces lieux dans le champ visuel contemporain. Tenter de saisir les manipulations de l’Histoire et sa consommation ».



HISTOIRE(S) CONTEMPORAINE(S)...

"Il y a deux ans, j’ai entamé une réflexion sur la Shoah, m’interrogeant tout d’abord sur la façon de traiter un sujet si délicat. Très vite s’est alors posée la question de sa « légitimité ». Pourquoi vouloir travailler sur cette tragique période de l’Histoire mondiale, alors qu’aucune intimité ne m’y liait ? À cette question, j’ai souvent répondu que cette époque avait marqué le destin du monde et l’avait orienté vers un avenir autre, dont je faisais maintenant partie.
Au XXIè siècle, allait s’opérer la spectacularisation de ces lieux de mémoire.
Consommer Auschwitz, métonymie de la Shoah, pervertissait, à mes yeux, tous les autres génocides.
Arno Gisinger évoque la passation de la mémoire communicative (celle des survivants) vers une mémoire culturelle, et la nécessité de créer des « réservoirs de mémoire » (catalogue Mémoire des Camps, Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis 1933-1999 ).
À la charnière de cette passation, j'ai donc voulu comprendre comment l'Histoire de la Shoah allait être transmise aux générations futures.
Un premier voyage a mis en évidence les dangers de cette passation entre mémoire communicative et mémoire culturelle : “Auschwitz rentre dans la culture” (Clément Chéroux). Il pointe le phénomène de "muséïfication" de ces lieux symboliques. Auschwitz est maintenant un musée. Le visiteur d’Auschwitz est-il un touriste ordinaire ? Que voit-il réellement ? Comment
traduire l’indicible ?
Lorsque George Perec interroge Morris Merow, dans les Récits d’Ellis Island, un immigré qui a transité par Ellis Island avant de pouvoir devenir citoyen américain, celui-ci, emprunt au malaise, ajoute: “ (...) si l’endroit était un peu rénové, je ne me sentirai peut-être pas aussi triste. Cet endroit est tellement triste aujourd’hui...”
À six kilomètres du Musée d’Auschwitz, se trouve le camp d’Auschwitz III-Monowitz. Un "sous-camp" qui exploitait les prisonniers comme main-d’oeuvre, sur les lieux des centres industriels allemands, du groupe IG Farben. L’usine de la Buna fut construite pendant la guerre. C’est là, dans le camp d’en face, que fut interné Primo Levi.
Que reste-t-il aujourd’hui de ce camp de concentration ? Quelques tours d’observation, des bunkers au bord d’une route. Toute l’étendue du camp est renversée pour accueillir les nouvelles entreprises. La Buna Werke est toujours là. Ses alentours se modernisent. Les panneaux indiquent la direction duMusée d’Auschwitz."

Léa Eouzan