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Centre
de
photographie
contemporaine

© J.Guinand
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Julien Guinand


Exposition "Images en résidence" au bleu du ciel en 2012
Exposition "Paysages Interstitiels" en 2005



Six images / cinq éléments

Dans la philosophie taoïste il y’a cinq éléments dont l’ordonnancement et la combinaison déclenchent mouvement et création du dynamisme de la vie qui engendre à leur tour destruction et métamorphose de la stagnation et de l’inertie mortelles du monde muet.
C’est ce propos qu’évoquent les six images de Julien Guinand, derrière l’approche apparente du paysage péri urbain, qui laisse cependant de côté l’aspect sociologique de la description.
Il se dégage d’elles une grande simplicité sous tendue par le soin particulier, quasi terrien et obstiné apporté aux compositions et au choix des lumières. L’ensemble qui a été réalisé en hiver s’inscrit plus dans l’inertie et la déconstruction, voire de la décomposition que dans le dynamisme créatif jaillissant du printemps. Il s’en dégage une nostalgie en repos, une quiétude triste empreinte d’ inquiétudes latentes, présentes dans ces cieux plombés et sombres qui souveraines encadrent les photographies
Les anciens disaient que le métal tranche le bois, le bois puise dans la terre, la terre absorbe l’eau, l’eau éteint le feu, qui fait fondre le métal . On pourrait presque appliquer primitivement cette grille symbolique aux images de Julien Guinand, si elle n’était pas surannée ou trop éloignée des exigences du travail photographique dans le cadre limitatif et englobant d’une résidence d’artistes.
Julien Guinand n’a pas recherché l’analyse ou la description clinique d’un territoire quelconque ou délimité, mais a prélevé consciencieusement ses images comme on couche les fleurs séchés dans l’herbier, faisant le constat posé de l’envahissement des campagnes péri urbaines par l’industrialisation croissante et souvent anarchique de la ville rapprochée. De ces lieux autrefois champêtres et romantiques, comme les berges du Rhône avec ses lônes alanguis et ténébreux , ces champs agricoles austères et laborieux issus du travail des hommes où l’on trouve encore un cheval broutant sur fond de fumées d’usine, de ces lieux il a dressé ce portrait minutieux qui réveille notre sens de l’harmonie paysagère; pris fait et cause pour cette approche du nouveau paysage, nous introduisant dans cette confrontation entre nature et culture, agriculture et industrie. Cette dernière sert ici de second plan, de toile de fond à cette visitation appliquée de « l’élémental », qui semble beaucoup plus attirer et concerner son oeil.
Un bouquet de feuillage insignifiant et sublimé par le doux modelé d’un contre jour crépusculaire, sans échelle discernable, autre que l’attention portée sur ces brindilles peut être d’achillée qui attendent leur devin obscures et nobles dans leur décharnement, ouvre la série. Une remorque d’acier manufacturée et dérisoire, utilitaire abandonnée où le bois des sapins tranchés comme à la gorge, repose entassé avec la légèreté d’un matelas de feuilles, la clôt.
Et le regard qui se retire discrètement de la vision fait place au silence qui nous garantit de l’oubli de ses plantes feuillues. Le tout baigné dans une atmosphère de grisaille post-industrielle propre d’ailleurs aux pollutions multiples des cheminées rêveuses et de l’esprit questionneur.