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Centre
de
photographie
contemporaine

© Gilles Saussier
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Gilles Saussier


Exposition "Le tableau de chasse" au bleu du ciel en 2006
Exposition au Musée d'Art Contemporain dans le cadre de Lyon septembre de la photographie édition 2006 "La région humaine"



Gilles Saussier est né en 1965 à Suresnes, et réside aux Andelys dans l'Eure. Après cinq années passées à l'agence Gamma (1989-1994), il rompt avec le photojournalisme et commence à travailler à des projets expérimentaux qui entrecroisent les genres de la photographie documentaire, de l'art conceptuel et l'anthropologie visuelle.



"Le tableau de chasse"
"Il ne suffit pas d´être au coeur des grands événements et de les photographier pour écrire l´histoire. Dans « le tableau de chasse », je reviens sur mes images de la révolution roumaine, prises entre le 23 et le 26 décembre 1989 lorsque j´étais reporter à l´agence Gamma. Ces photographies- dont un instantané de soldats sous le feu, publié dans Time, Stern, Paris-Match - ont servi à commémorer l´histoire du World Press ou de l´agence Gamma. Permettent-elles pour autant de penser au présent l´histoire des événements de la révolution roumaine ? Je suis retourné l´an passé à Timisoara montrer mes photographies, avec l’aide du centre culturel français. Ces images, prises avec les premiers reporters étrangers, et ne concernant pas les journées décisives de l´insurrection entre le 16 et le 20, ont peu intéressé mes interlocuteurs roumains. Comme souvent, aucune photographie n´existe des événements historiques les plus tragiques. Ceci devrait inciter à plus de modestie, tous ceux qui se prétendent être nos peintres d´histoire et les dépositaires de notre mémoire visuelle collective.

A Timisoara, aucune photographie n´a établi la responsabilité de l'armée roumaine ni dans le meurtre de 146 civils, ni pour les blessures infligées à 400 autres personnes. On sait cependant que c'est l'armée qui a tiré sur la foule désarmée et non pas la Securitate. Or personne ne l'a vue ni ne l’a photographiée. Dans cette perspective, ma couverture de Stern est aussi ambiguë que les images du ‘vrai-faux’ charnier. Elle montre l’armée roumaine victime de tireurs, identifiés par les journaux comme appartenant à la Securitate. Pourtant ces soldats étaient probablement victimes de tirs croisés ou de diversion dont l’origine et le motif restent à identifier. Ainsi cette photo a dédouané l’armée de ses crimes envers les civils. Au lieu de témoigner de l’histoire roumaine, elle évoque avant tout mes critères d’image de l’époque et de ceux des medias qui l’ont publiée. Pour ces derniers, elle reste une ‘excellente image de news’. Pour tous ceux qui cherchent à penser la révolution roumaine, elle est une image dont il faut travailler l’actualité.

C´est ce travail que je propose en confrontant ces photographies à des nouvelles séries d’images sur lesquelles on voit des journalistes tirer au fusil lors d’un voyage de presse de la fédération de chasse de Timisoara ou bien des ouvrières de l’atelier de presse de l´usine Elba -où a été déclenchée la première grève de la révolution roumaine- auprès d´un des trophées que m’avait valu ma couverture des événements de 1989. La monumentalité des images symboles, affranchie le plus souvent des exigences minimum de contextualisation, fige la pensée et le questionnement de l´histoire. Ces séries proposent au contraire d´autres lectures et interrogent la manière dont l’héroïsme des reporters peut recouvrir celui des acteurs des événements eux-mêmes.

Gilles Saussier



"La région humaine"
L’exposition se compose de 20 portraits grand format (120 x 180), de trois tirages de matière en très grand format (180 x 270 et 150 x 225), de panneaux d'information et de cartographies situant les zones géographiques couvertes par le projet.

L'ensemble de l'exposition s'articule autour de séries de tirages de grand format présentant les visages, en plans très serrés, de doyens, parfois centenaires, ayant passé leurs vies entières dans ces franges inconnues du delta. Véritables survivants dans un pays où l'espérance de vie plafonne à 53 ans, ces aînés sont surtout les dépositaires d'une mémoire. D'autant plus précieuse que leur environnement est sans contours durables.

Les stigmates de ces visages offrent au visiteur une cartographie émotionnelle de ces franges. Ils livrent la boussole de visages, de noms, d'expériences : autant de points d'introductions à une réalité complexe et passionnante. Ainsi, les populations soumises aux calamités naturelles cessent d'être ces quantités purement statistiques dont les médias nous relatent sporadiquement les épreuves. Parce qu'ils nous requièrent d'abord en tant que visages, ces doyens nous ouvrent à la signifiance. Ils nous guident dans leur environnement, évoqué par des images éparses de paysages, d'objets, de matières.