-

Centre
de
photographie
contemporaine

© F.Morandini
© F.Morandini


Francis Morandini


exposition "Images en résidence" au bleu du ciel en 2012




Le récit sous jacent

Francis Morandini a désiré détourner la question du paysage en passant par la métaphore poétique et critique et en ce sens, il s’est mis littéralement en marche, dans une promenade au cœur de ce territoire entre modernité industrielle et nature marquée par les strates du temps : « j’ai cherché une synthèse entre ces deux registres et tenté d’interroger les différentes perceptions que l’image propose du réel. En effet, la photographie est un outil parfait pour simplifier l’expérience du réel».

La poésie à la suite d’Isidore Ducasse et de Francis Ponge ne relève donc plus d’une rêverie romantique, mais d’une science en action qui cherche à mettre à jour les ressorts de la création dans un support donné. Et son mystère provient souvent d’un lâcher prise, d’un non contrôle du créateur, qui laisse naitre cette grande émotion faite de pensée et de sensibilité.

Les images de Morandini ont à voir avec l’eau, ce qui n’est pas étranger à sa volonté poétique. L’eau est porteuse de rêves, des projections de la psyché sur le miroir de son apparence, comme narcisse où se repaît l’image photographique. Elle qui a souvent ce rôle de représentation qu’elle fait de son double : le réel prélevé dans un rectangle argentique. Et le poème fut-il visuel, veut se refermer sur lui-même garder son secret, échapper à l’analyse discursive ou descriptive. Et l’eau recèle de l’inconscient dans sa mémoire enfouie dans les profondeurs, qui rejoint l’idée que la poésie se décrypte, possède sa propre structure interne révélatrice de nos motifs et désirs souterrains, d’agir et de photographier. Se déroule alors un récit sous-jacent au regard, mais pas moins réel que ces paysages apparents :

Une péniche échouée près d’un improbable tronçon ferroviaire nous entraîne vers une cave envahie par les herbes où une raison de cuve hors d’usage, semble attendre la renaissance. L’image suivante présente une souche d’arbre gémellique surplombant le fleuve, comme un appel à la dérive. Ce Rhône pour une fois lascif où des eaux dormantes recouvertes d’algues brillent sous le soleil, porteurs des germes de la vie retrouvée qui nous introduisent aux troncs coupés. Ces derniers posés paraissent contemplatifs à travers les strates de la sève fixées sous forme d’oeil noueux. Ces troncs serviront ensuite aux murs d’une façade de bois symbole de la reconstruction, et de l’univers désormais en activité de la ferme au sol boueux, où s’élève un promontoire à quatre pieds, confirmant la solidité de l’ensemble. Nous sommes contrairement à l’approche de Julien Guinand dans la phase d’engendrement de la nature, comme une suite cinématographique, qui s’achève par la dernière image où la destruction incontournable s’en suivra : débris de caravane aux montants de métal se décomposant sur un tas d’ordure témoin du cycle de la vie.