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Centre
de
photographie
contemporaine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Eric Dessert


Exposition "Les premiers bruits du soleil, image du Japon" en 2002 et "Guizhou province chinoise"en 2007



"Guizhou, province chinoise"
Il y a cinq éléments dans la métaphysique chinoise que l’on retrouve toujours fidèlement servis par le travail d’Eric Dessert. Dans son oeuvre, la recherche de la tradition ne s’apparente pas pour autant à un quelconque sentiment de nostalgie pour un paradis perdu, bien qu’elle puisse y faire penser. Lui même est un être nostalgique. Il ne cherche pas à s'en défendre, bien au contraire. Elle agirait plutôt comme le moteur de tous les instants de sa vie. La présence singulière de ces cinq éléments: l'eau, le feu, la terre, le bois et le métal constitue la matière brute, la source originelle dans laquelle il puise depuis toujours les signes intemporels de sa vision du monde. En rien il ne peut être question ici de savoir si ses photographies et la manière de les produire s'inscrivent dans un courant historique, moderne ou contemporain. Lui même défend l'idée qu'une photographie, forcément contemporaine de son temps, l’est par nature et en est indissociable pour peu que son auteur soit sincère. Pour lui, la vrai question est de savoir pourquoi et non pas comment et quand.

Bien que la pensée analogique soit très hermétique à l’esprit occidental, nous observons que l’élément dominant chez Eric Dessert est le bois associé au printemps. Sans doute cela n'est-il pas indifférent au fait qu’il soit lui-même né à cette période de l’année. Végétal façonné par la main de l’homme, nous croisons le bois au détour de ses images de constructions paysannes : fermes anciennes, architectures simples, charpentes sculptées, outils des champ, plats et écuelles, embarcations. La terre et l’eau sont aussi souvent représentées ainsi que le métal dans des outils tranchants. Ces éléments retranscrits scrupuleusement par sa chambre photographique en bois font référence au cycle des saisons et au passage du temps avec ses alternances d’énergies Yin et Yang. Il ressort de leur vision une paix, une harmonie naturelle où les chinois aiment ressentir la présence du tao.

Le tao est éternel et ne dépend ni des modes, ni des époques, ni des tendances. Il est l’essence mystérieuse et indéfinissable de la vie. C’est ce qui fascine Eric Dessert à travers sa quête de réalités en voie de transformation ou de disparition. Disparition apparente car le tao se transforme sans cesse et prend toutes les formes des cycles de l’histoire.
Eric Dessert s’est rendu dans la province reculée du Ghizou qui semble être au cœur d' une civilisation intangible* Cette province parait bien dérisoire et anachronique au regard de Pékin où Sanghaï en pleine effervescence. Et pourtant, c’est elle qui rappelle la vraie Chine. Celle de l’empire du milieu, de la sagesse de Lao Tseu et du Yi King dont l’humanité a plus que jamais soif. Ses photographies en Noir et blanc le sont comme aux origines Niepcénnes. Sa palette est riche de tonalités qui sont le fruit d'un processus lent et très élaboré en atelier. Il ne faut jamais se fier à la banalité du tao. Pas un souffle du vent tumultueux que disperse la ville ne vient troubler cet autre ordre du monde qu'il perçoit; où tout semble respirer le calme, la volupté tranquille et séculaire.
Prenez quelques baguettes d’achillée. Jetez les dans le ciel, au rythme des méridiens de l’âme et savourez avec modération, les photographies de la Chine intérieure. Vous recouvrerez non pas un dépaysement mais le recentrement.

Gilles Verneret

* dans la France centraliste et logique la province appelle la notion d’arriération, quand dans la Chine elle réveille la magie de la découverte.



"Les premiers bruits du soleil, image du Japon"

Le monde nous précède, et il nous précède comme donné. Je dis cela en ces termes aujourd'hui, mais c'est bien le sentiment que j'avais lors des si fréquentes promenades de l'enfance, où qu'elles m'aient conduit. Le plus souvent quelqu'un les guidait, qui me transmettait le monde comme un aliment, et le plus savoureux qui nous soit donné. Il fallait seulement aimer ces moments et toutes ces choses profuses (parfois heureuses, parfois plus tristes) ; il suffisait d'attendre et d'accorder son temps face à son temps là à soi. Je faisais l'expérience des lumières, des matières. Certains matins, il me semblait que tous les sens étaient éveillés par ce qui s'éveillait au jour, qu'ils étaient requis avec une intensité singulière et même confondante - au point que je me dis aujourd'hui que leur affolement n'était que le signe d'un autre sens, que je voudrais appeler le sens du donné, le goût de mesurer patiemment son immensité. C'est ainsi que je suis devenu photographe