-

Centre
de
photographie
contemporaine

© Elinor Carucci
© Elinor Carucci
© Elinor Carucci
© Elinor Carucci
© Elinor Carucci
© Elinor Carucci


Elinor Carucci


Exposition "My children" en 2010
En Résonance avec la Biennale d'Art Contemporain de Lyon.



Pour sa première exposition personnelle en France, Elinor Carucci, photographe américaine d’origine israëlienne, propose avec « My Children » de pénétrer dans l’intimité de sa vie privée.
Véritable work in progress depuis 2004, cette série photographique est principalement composée de portraits de ses enfants et d’elle : vision du corps souvent fragmentée, fascination pour le détail de la peau, obsession de ces « petits riens » de la vie qui font l’essence même de son oeuvre…
De ses premiers mois de grossesse jusqu’aux instants captés de l’enfance de ses jumeaux, Elinor Carucci nous livre une approche à la fois sensuelle et charnelle sur les relations mèreenfant que l’on sait si particulières. Et si ce travail nous renvoie inévitablement à notre propre expérience, parfois de manière dérangeante, il n’empêche que l’artiste réussit sans aucun voyeurisme à parler de soi-même, tout en parlant du monde.



La photographie qui n’a pas été - Par Elinor Carucci
J’ai commencé à photographier ma famille à l’âge de quinze ans. Je pouvais toujours interroger, parler ou débattre avec mes sujets. Les personnes que je photographiais étaient des adultes. Ils étaient conscients des conséquences qu’implique une telle exposition.
Ils pouvaient choisir la manière dont ils voulaient ou pas être photographiés, quelles photographies pouvaient être montrées et lesquelles ne le seraient pas, et dans une certaine
mesure, comment ils souhaitaient être photographiés.

Tout a changé lorsque j’ai donné naissance à des jumeaux ; un garçon, Eden, et une fille, Emmanuelle, le 19 Août 2004. Je me trouvais face à de nouveaux challenges en tant que photographe, et en tant qu’être humain, dans tous les aspects de ma vie.
Devenir mère signifiait que de nombreuses photographies ne seraient pas prises. Je devais choisir entre la photographie et la maternité, et quand je choisissais la photographie, chacune d’elle devenait une seconde de culpabilité, une seconde où je les négligeais, une seconde où je pensais à la lumière, à la composition, à l’exposition et pas à eux. Et même si ce n’était que pour un 125ème de seconde, pendant ces 125ème de seconde là, je n’étais pas pas disponible.

Mais il n’y avait aucun autre moyen de prendre ces images des enfants, et celles de moi les maternant ; je ne pouvais pas me dédoubler. Je n’avais jamais ressenti à tel point de si intenses émotions, l’amour, la colère, la connection physique, si sensuelle presque sexuelle en un sens, et je devais photographier ces instants, les enfants grandissaient si vite, ces moments qui ne seraient bientôt plus et qui avaient lieu chaque jour sous mes yeux, échappant à mon appareil photo, et qu’il fallait que je fixe comme je l’avais toujours fait : il fallait que je prenne des photos.

Ainsi la photographe a déclaré la guerre à la mère.
Et dans cette bataille quotidienne, la mère qui est en moi gagne le plus souvent. Elle n’est pas seulement plus forte que la photographe, elle a également évolué de son côté.
De fait, beaucoup, beaucoup de photographies ne sont pas prises, parce que je dois porter, caliner, embrasser, nourrir, essuyer, soulever, écouter, cuisiner, ranger, crier, gronder, habiller, déshabiller, protéger et consoler, consoler, consoler.