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Centre
de
photographie
contemporaine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Dana Popa



"not Natascha / our father caeaucescu




Dana Popa (Roumanie , 1977) est une photographe documentaire qui travaille principalement en Europe de l’Est et au Royaume-Uni. Elle obtient sa maîtrise en photographie documentaire et en photojournalisme au London College of Communication en 2006.
Elle oriente son travail autour des questions sociales et contemporaines, avec une attention portée sur les droits de l’Homme.
Le travail de Dana Popa a été montré au Royaume-Uni lors d’expositions personnelles à Impressions Gallery et Photofusion London, ainsi que dans diverses expositions collectives dans plusieurs pays. Ses photographies font partie de collections permanentes dans différents musées, comme le Musée de l’ Elysée, Portland Art Museum, Kiyosato Museum of Photographic Arts.
Sa série « Not Natasha » a reçu de nombreux prix : Le Premier Prix au Concours organisé par le Centre de Santa Fe, le Prix Jerwood Photography, ainsi que le Prix du Jury aux Journées internationales du Journalisme au Japon. Cette série a été commandée par Autograph ABP à Londres et a été publiée sous forme de livre en 2009.
Dana Popa a également fait des résidences d’artistes, notamment Light Work à Syracuse aux États-Unis en 2011.
Son travail est régulièrement publié dans des revues spécialisées : Foam International Photography Magazine, Foto8, Next Level, Portfolio Magazine, British Journal of Photography, Vrij Nederland.


not Natasha
« Not Natasha » traite de l’esclavagisme sexuel subi par les femmes à travers une série photographique et des propos recueillis. Il s’agit d’une enquête sur une forme de violence généralisée faite contre les femmes.
Le trafic sexuel est devenu le commerce illégal le plus rentable en Europe depuis l’effondrement de l’Union soviétique. La République de Moldavie est devenue le principal fournisseur d’esclaves sexuels pour tout le continent avec jusqu’à 10 % de la population féminine vendue à des fins de prostitution.
J’ai pris connaissance de cette réalité auprès de femmes ayant survécu à ce trafic et qui ont réussi à retourner dans leur pays d’origine. J’ai voulu voir et comprendre comment elles ont réussi à vivre avec ces traumatismes dans un monde qui ne connaît rien à leur sujet ; comment peuvent-elles vivre avec l’angoisse que leur mère ou leur mari puissent prendre connaissance de tout ceci pour finir par les rejeter. Ce projet retrace leurs histoires lorsqu’elles ont été violées, maltraitées et brutalement battues.
Des connaissances, des amis proches, des parents ou des copains vendent une fille pour 200, 500 et jusqu’à 2000 livres. Une fois arrivées dans le pays de destination, les femmes se voient confisquer leurs passeports pour être par la suite obligées de travailler comme prostituée. Elles ne seront libres qu’après avoir payé cette dette, mais elles seront revendues à un autre proxénète les empêchant ainsi de rembourser leur dette. C’est un véritable cercle vicieux qui génère beaucoup d’argent, permettant ainsi de pérenniser ce commerce illégal tout en gardant les filles en captivité.
Échapper à ces trafiquants n’est pas simple quand certains de leurs clients sont des agents de police. Être en situation d’illégalité est parfois plus dangereux que de vivre dans une maison close. Ainsi leurs visas sont renouvelés même si elles sont gardées en captivité.
J’ai rencontré dix-sept femmes qui ont été victimes de la traite sexuelle. Certaines d’entre elles sont très fragiles, d’autres sont très fortes, mais toutes essaient de laisser derrière elles un passé non désiré. Je leur ai expliqué en détail les raisons de mon travail. Je devais être à la fois discrète et protectrice. Ces femmes sont toujours victimes de problèmes émotionnels très forts. Afin de préserver leur identité, tous les noms ont été modifiés.
Pour comprendre l’impact plus large de ce commerce lucratif et illégal, je suis allée sur les lieux d’origines de ces femmes disparues depuis des années. Personne ne sait rien d’elles; elles ont disparu après avoir accepté un emploi à l’étranger et ne reviennent jamais. J’ai alors travaillé sur l’idée de la perte et de l’absence pour faire de mes photographies un document sur la douleur et la nostalgie de la disparue, mais aussi sur la preuve de l’existence de ces femmes.
Dans ce travail j’ai également voulu montrer les dommages psychologiques, les douleurs étouffées, les dommages externes, les identités féminines déchirées, le vide… Mais aussi la dignité humaine et l’espoir.
Natasha est le surnom donné aux prostituées originaires d’Europe de l’Est. Les victimes de ce trafic détestent ce surnom.


Our Father Ceausescu
Our Father Ceausescu est la reconstruction audacieuse du présent à travers un passé devenu ‘imaginaire’. Il s’agit d’une enquête sur la réalité vécue par ma propre patrie en étudiant la nouvelle génération plus proche du capitalisme que du communisme. J’explore l’intimité de cette jeunesse à travers son quotidien opposé aux souvenirs fugaces d’un passé révolu qui pourtant les imprègne ainsi que les paysages de mon pays.
Durant plus de deux ans, j’ai rencontré de jeunes roumains pour voir à quoi ressemblent leurs vies de nos jours. Pouvoir se connecter au monde avec Internet, avoir un accès aux dernières news, pouvoir voyager n’importe où en Europe, avoir la possibilité de conduire des voitures à 20 ans et étudier à l’étranger, les éloignent des dures réalités passées avec les longues files d’attente pour le lait, les rationnements alimentaires et les approvisionnements limités d’essence. Ils ne peuvent pas imaginer ce qu’étaient les disparitions de personnes, les 75 prisons politiques, les camps de travail, la censure quotidienne et les interdictions de voyager à l’étranger. Cette nouvelle génération n’a aucun souvenir du communisme de l’époque.
Je sentais que mon interprétation visuelle avait besoin de références concrètes pour comprendre cette époque passée. Ces références je les ai trouvé à travers des photographies da famille et de jeunes prises avant 1989, mais aussi à travers des fragments de mémoire sociale et des conversations que j’ai pu entendre dans les espaces publics, évoquant principalement la «fuite vers l’ouest».
Cette série parle de la façon dont cette jeunesse recherche son identité, une nouvelle génération qui navigue entre le passé et le présent. Comment se construire une image cohérente à partir de fragments de la mémoire commune et l’inspiration actuelle donnée par l’Ouest et comment cette synthèse apparemment contradictoires donne à cette jeunesse un sentiment d’entre-deux.


Dana Popa