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Centre
de
photographie
contemporaine

© Claude Nori
© Claude Nori
© Claude Nori
© Claude Nori
© Claude Nori
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© Claude Nori


Claude Nori


Exposition "L’été italien" dans le cadre de Lyon septembre de la photographie 2011 "Dopo la dolce vita"
Exposition "Les couleurs du bonheur" au bleu du ciel en 2003



1963, année faste pour la chanson italienne avec Sapore di mare, Una rotonda sul mare, Stessa spiaggia, stesso mare ; titres devenus cultes, avec leur mélange de spleen et de douce légèreté, que probablement faisaient déjà rêver Claude Nori, né quatorze ans plus tôt à Toulouse, dans une famille d’émigrés italiens . Leurs refrains, « per quest'anno non cambiare, stessa spiaggia, stesso mare ... », « ... sapore di mare che hai sulla pelle, che hai sulle labbra quando esci dall'acqua e ti vieni a sdraiare ... », semblent être la bande son idéale des images de Nori qui, quelques années plus tard, devait photographier, été après été, les bords de mer en Italie, de la Riviera ligure à la Costiera amalfitaine, sans oublier l’immanquable côte adriatique.
Les lungomare, les plages, les terrasses et les dancings en plein air, « una rotonda sul mare, il nostro disco che suona, vedo gli amici ballare, ma tu non sei qui con me ... », les établissements balnéaires avec les rangées de cabines, les parasols et les chaises longues sur les plages passées au râteau par les maîtres nageurs au petit matin, les pédalos, les bikinis espiègles ou les maillots noirs une pièce, les glaces à l'italienne…
Rien ne semble manquer à cet inventaire de clichés estivaux. Des photos de Nori se libèrent même l'odeur de l'ambra solare, indice olfactif des étés au bord de la Méditerranée, et la musique des tubes, diffusés en boucle de bar en bar par les juke box, aussi importante que le beau temps pour la réussite des vacances et pour en raviver l'illusion bien après l’été.
Ses photos, qu'on ne se lasse pas de regarder, ont ce même pouvoir de nous replonger dans l’atmosphère et dans la douce nostalgie des villégiatures, même en plein hiver.

Derrière le charme et la poésie immédiate de ses images, on perçoit la complexité de Claude Nori, en équilibre entre deux pays et deux cultures, entre les souvenirs heureux et la recherche permanente de ce bonheur, et de son background, mix d'une réelle culture cinématographique et photographique et d’attirance pour les mythologies populaires et ses expressions vernaculaires.

Pionnier d'aventures photographiques exigeantes au début des années 70, d'abord à Toulouse, puis à Paris, avec la création de Contrejour, à la fois un journal, une galerie et une maison d’édition, Nori publiera rapidement des auteurs tels qu’Edouard Boubat, Bernard Plossu, Mimmo Jodice, Guy Le Querrec, Jeanloup Sieff et des livres aussi déterminants qu’Autres Amériques de Sebastiao. Salgado ou Telex Persan de Gilles Peress. Nori est aussi le seul photographe français à avoir participé, en compagnie de Mimmo Jodice, Gabriele Basilico, Olivo Barbieri, Mario Cresci, entre autres, à Viaggio in Italia, le projet visionnaire de Luigi Ghirri et l’une des premières campagnes photographiques subjectives sur le territoire.
Depuis, au fil de son parcours de « photographe troubadour », comme il aime à se définir, entre recherche photographique et autobiographie, il raconte le monde autour de lui, les bonheurs des rencontres éphémères ou de l'univers familier, autant qu'il se raconte, avec une écriture originale, sensible et assez sentimentale.

Mais finalement, au-delà des jeux de séduction entre le photographe, là dans le rôle de l'éternel adolescent, et ceux qui jouent devant son objectif, au-delà d'une certaine joyeuse légèreté et d'une atmosphère de flirt omniprésentes, affleurent les inquiétudes de l'âge adolescent et de la fin de l'été. Les jeux de regards innocents, mais pas trop, les abandons parfois retenus, trahissent l'assurance affichée et les rôles empruntés.
Les miroirs souvent présents, comme dans la photo de Bruce Davidson à Coney Island, rappellent l'âge où le regard des autres ne suffit plus à rassurer et l'on s’interroge sans arrêt sur son image.
Et une nostalgie de cet âge si proche de l'enfance et d'une présupposée insouciance affleure.
De ses photos, riches de références, émerge en filigrane l'influence du cinéma italien, des noirs et blancs des films néoréalistes aux tensions des films d'Antonioni, dont on croit reconnaître la silhouette des héroïnes énigmatiques et les gestes de Monica Vitti ; ou l'écho des romans de Françoise Sagan, avec des filles pressées de grandir, l'ombre des pinèdes et l’éclat des voitures décapotables.
Puis, tel un hommage à Luigi Ghirri, l'ami et le complice de tant de voyages photographiques, cette image du terrain de basket sur la plage, où une jeune fille semble danser devant le ballon, s'impose comme une synthèse parfaite de l'été et le reflet de cette utilisation intelligente de la couleur dont Ghirri a été le maître.

Laura Serani