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Centre
de
photographie
contemporaine

© Bertrand Stofleth
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Bertrand Stofleth


Exposition "La dynamique des paysages" au Bleu du ciel en 2008
bleu du ciel hors les murs 2009 "L'évocation documentaire" Oyonax et Genève



Né en 1978, diplômé de l’ENSP d’Arles en 2002. Vit et travaille à Lyon

La dynamique des paysages

La photographie est par sa nature un médium efficace pour documenter l'état du monde et son évolution. En imposant un point de vue fixe et unique, elle a le pouvoir de synthétiser en son cadre une multitude d'informations tout en produisant une représentation formelle et sensible du monde. Entre art et document. L'observatoire photographique du paysage s'inscrit dans la longue tradition de la commande photographique, commencée dès 1851 par la Mission Héliographique. Cette tradition s'est poursuivie par la commande de la Farm Security Administration (FSA) entre 1935 et 1942 qui documenta la vie rurale des Etats-Unis touchés par la Grande Dépression, en France entre 1983 et 1988 la DATAR permit à des photographes de créer de nouvelles représentations du territoire.
Dans le principe de l'observatoire, le photographe écoute certes les doléances du commanditaire (géographique, sociologique, patrimoniale, technique...) mais il reste un artiste et envisage donc ces paysages en terme esthétique au regard de ses engagements artistiques personnels. C'est là que se situe toute la difficulté et l'intérêt d'un observatoire : la traduction de problématiques techniques en images.
Dans la commande, mais encore plus dans le cadre d'un observatoire, il s'agit donc de produire un objet esthétique capable à la fois de prendre sa place en tant qu'oeuvre d'art, mais surtout de faire sens dans d'autres domaines (historique, sociologique, géographique...). Le but étant que l'ensemble des acteurs du paysage (du technicien d'aménagement au touriste, de l'élu à l'habitant, de l'agriculteur à l'industriel), puissent lire ces images et y réfléchir.
Nous avons abordé le territoire du PNR des monts d'Ardèche avec cette mission, produire une oeuvre autant pédagogique qu'esthétique.
A l'heure de la construction de l'itinéraire, nous avions comme bagage notre disponibilité et nos influences. En premier lieu, une influence américaine des paysagistes coloristes des années 70 et leur amour des paysages animés et des espaces vernaculaires. Puis une influence paysagiste "à la française" dans la volonté de faire paysage de tout, mais surtout des entre- deux, non-lieux et autres tiers paysages. Et enfin, une influence des artistes du Land Art qui après être intervenu directement sur le paysage le photographiaient. Les documents produits devenaient alors oeuvre à part entière.
Notre démarche a été, au delà du relevé topographique, d’établir un état des lieux du PNR des Monts d'Ardèche reconduit de saison en saison, d’année en année. Nous avons cherché nos points de vues par une démarche systématique (en arpentant un maximum de routes et chemins du Parc), aléatoire et empirique (le choix des lieux à arpenter par l’un ou l’autre se décidait le jour même en fonction des expériences de la veille).
Nous nous sommes alors attaché à rendre compte de la diversité et de la richesse des paysages et à les ériger en sculpture ou installation réalisées par la main de l’homme, la nature ou celle plus diffuse de l’écoulement du temps. Nous avons peu à peu pris la mesure de l'épaisseur des paysages comme s'il s’agissait de couches de sédiments superposés.
Les multiples temporalités rencontrées à travers les paysages parcourus nous ont conduit à faire une sorte d'archéologie prospective du paysage.
De lieux supposés à forts potentiels de mouvements à d’autres vraisemblablement figés, nous avons cherché à décliner à travers nos photographies, et leurs reconductions à venir, les différentes potentialités d’un même paysage.
Envisager une telle perception, ce n'est ni plus ni moins que proposer une vision originale d'un paysage qui serait un objet esthétique, une sculpture, une intention en devenir perpétuel. C'est un jeu intellectuel qui débouche sur une vision dynamique du paysage.


Bertrand Stofleth, Geoffroy Mathieu