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Centre
de
photographie
contemporaine

© Shai Kremer
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Shai Kremer


Exposition “Infected Landscape” dans le cadre des Rencontres 9PH 2012



Né en 1974 et élevé à Kibboutz Gaash (Israël), Shai Kremer a commencé son travail photographique en 1999, lorsqu’il était encore étudiant à Tel Aviv, et l’a poursuivi en obtenant son Master in Fine Arts à la School of Visual Art de New York. Depuis, il a réalisé des centaines de photographies de paysage qui ont pour cadre Israël et actuellement New York où il réside.

Dans ses photographies, il dresse un portrait métaphorique de la transformation du paysage israélien par des années, des décennies voir des siècles de passages successifs de civilisations.

Pour décrire la complexité des changements survenus dans le paysage Israélien, Shai Kremer préfère garder une certaine distance. Loin de montrer le territoire israélien par le même prisme que les journaux télévisés, le sujet est abordé de manière plus subtile. Il considère qu’il n’est pas nécessaire de choquer pour créer un impact. Il préfère inviter le spectateur à penser, à analyser et voit le paysage comme une plate-forme amenant à la discussion. Par ses photographies, Shai Kremer révèle comment chaque parcelle de terre est maintenant « infectée » par les traces et sédiments du conflit actuel. L’accumulation de ruines et de réminiscence de constructions militaires sont une partie importante de ce qui définit aujourd’hui le paysage israélien.

“Infected Landscape”, réalisée en Israël entre 1999 et 2008, est la première série de Shai Kremer, qui poursuit une recherche sur l’homme à travers le paysage. Il ne s’agit pas de paysage au sens littéral mais de paysage en tant que lieu chargé d’un sens en perpétuelle redéfinition. Ses vues explorent les différents aspects du paysage, naturel, culturel, social et politique, à travers une esthétique irréprochable. Elles ne sont cependant pas un éloge de l’espace. Elles révèlent les subtiles interactions de l’homme sur l’environnement et nous guide vers une nouvelle perception du théâtre de la guerre.
Une guerre discrète, dont les potentiels acteurs répètent les scènes dans des décors surréalistes reproduisant des lieux réels. C’est la partie troublante de ces photographies. La mise en scène intervient en amont de la prise de vue et n’est pas dirigée par le photographe. Ses images traitent pourtant le décor comme s’il s’agissait d’une scène méticuleusement construite et hypnotisent par leur proportion. Elles dégagent une beauté troublante, envoûtante et insaisissable. Shai Kremer exploite la capacité unique de la photographie pour jouer sur les frontières entre réalité et fiction, entre mémoire et présent.
Il ne rapporte pas des évidences, a la manière de ses confrères journalistes - même si quelques photographies de la série sont le fruit d’une commande du New York Times lors de la guerre de 2006 -, mais accumule des indices. Des éléments objectifs qui se dévoilent au spectateur qui pose un regard attentif sur ces tirages géants.
Dérangé par le manichéisme politique, il y oppose des doutes et formule des questions dans chaque image par la capture systématique de différents éléments polysémiques. D’où la récurrence des routes, à l’horizon incertain. Dans un contexte méditerranéen dominé par les clichés, cette série propose une alternative. Elle propose d’écrire une histoire dont nous sommes essentiellement les témoins et acteurs passifs. Chaque ruine, impact, architecture ou objet de la guerre transforme le paysage par touche plus ou moins visible, comme autant de traces mémorielles d’une histoire qui est pourtant ancrée dans le présent.

Texte de Laurence Cornet
Commissaire de l’exposition de Shai Kremer