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Centre
de
photographie
contemporaine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Jeffrey Wolin


Exposition “Pigeon hill - then and now” du 21 novembre 2013 - 25 janvier 2014


Exposition dans le cadre du festival lyon septembre de la photographie édition 2010 "US today after"



Le travail de Jeffrey Wolin a débuté en 1992, et s'est constitué en premier lieu de photographies et d'enregistrements sonores des vétérans américains de la Guerre du Vietnam qu'il a rencontré. Mais c'est en 2003 que l'artiste a réellement relancé son projet qu'il avait mis de côté quelques années, après l'annonce par G.W Bush de l'envoi de troupes américaines en Irak.
Wolin a souhaité étendre son projet en photographiant les vétérans de « L'Armée de la République du Vietnam » qui avaient combattu pour le gouvernement du Sud du Vietnam, et qui se sont enfuis plus tard aux Etats-Unis. Beaucoup de ces anciens alliés ont été capturés par la NVA et ont été envoyés dans des camps de rééducation après la guerre. Wolin a voyagé deux fois au Vietnam pour photographier et interviewer cette fois les vétérans de l'Armée Nord-vietnamienne impliqués dans la « Guerre américaine » (appelée ainsi au Vietnam). Les visages et les histoires qu'il a enregistré révèlent des visions différentes de la guerre. Certains vétérans étaient sur le front des mêmes batailles et décrivent leurs expériences en des termes disparates et parfois contradictoires. Mais les visages et les voix des vétérans Vietnamiens (des deux côtés) ont cependant été peu vus et peu entendus. En mettant en parallèle les portraits et les histoires des vétérans Américains, et ceux des vétérans Vietnamiens, ce travail permet de mieux appréhender la guerre et ses effets sur l'ensemble des soldats quels qu'ils soient.



“Pigeon hill - then and now”


Indiana, Etats-Unis, 1991 2013

Les portraits de Pigeon Hill par Jeffrey Wolin se présentent comme un fascinant survol visuel au dessus du temps symbolisé par le sous titre de la série " then and now".
« Then » cet adverbe que l’on peut traduire par « alors » ou bien « à cette époque, et en ce temps là » peut l’être aussi par « ensuite », qui induit la notion « de ce qui vient après »* ; ce présent que Jeffrey Wolin intitule simplement « Now », qui fait suite au passé, et dont découle toujours un avenir**. Vingt années séparent approximativement ces deux périodes de prises de vues et divise ce travail en deux corpus d’images montrées côte à côte, tout en revoyant dos à dos leur signifié : passé et présent : then and now.

Tous ces portraits ont été pris dans le quartier Pigeon Hill*** de Bloomington - Indiana, dont la réputation de dangerosité a été et reste avérée avec son lot de criminalité, de réseaux de stupéfiants et de pauvreté récurrente. De 1987 à 1991, le photographe avec l'aide d'une bourse Guggenheim est allé photographier les habitants de ce quartier, chargeant ses photographies d’une résonance affective immédiate, d'où s’exhale une émotion particulière. Le choix du noir et blanc finit ou commence d’ajouter au malaise qui fait qu'un doute subsiste à la première vision, devant ces portraits doubles, renforçant ce tableau pourtant homogénéisé grâce à l'allure de documents anciens, comme surgis du passé, et extradés de la modernité, dont ces protagonistes font encore partie, étant toujours vivants.

En effet, au début de 2011 Jeffrey Wolin alerté par un article du journal local de Bloomington relatant le décès d'une personne rencontrée vingt ans plus tôt, a poussé sa curiosité jusqu'à retourner sur les lieux du crime photographique, afin d'y retrouver ses anciennes connaissances. Puis dans la suite de sa démarche des Vétérans du Vietnam, il a élaboré un projet artistique à dimension anthropologique et poétique, tout habité par ce sentiment visionnaire unique, d’évidence sur l’influence que possède le milieu social et environnemental sur le devenir de l’être humain; sans oublier cette impression de familiarité presque tactile au contact de ces histoires simples, touchantes ou tragiques car humaines, trop humaines.

Jeffrey Wolin non content de nous exposer les ravages de ce temps objectif sur l'image corporelle, comme dans la célèbre série de Nicholas Nixon « the Brown sisters », développe simultanément une volonté d’édification d’un récit de vie ; une sorte d’album de famille sur-ligné de chacun de ses sujets, pour lesquels il intègre dans la texture même de l’image, des phrases écrites à la main ; notations biographiques qui relatent des épisodes, souvenirs ou états d’âme de leurs vécus. Ces images légendées instituent une continuité psychologique dans ce qui n’était peut être que des moments disparates et discontinus, sans lien autre que l'identité sociale de ces individus. Donner du sens à la vie, à leur vie, constituer une mémoire signifiante à la fois pour ces personnes elles-mêmes, afin de faire perdurer leurs témoignages en les confrontant à leur propre histoire, et pour un public susceptible d’approfondir d’autres réalités, tel est le projet abouti de "Pigeon Hill" présenté pour la première fois en France.

L'opérateur témoin n’a donc jamais été indifférent aux souffrances anonymes de ses modèles, à qui il a renvoyé un miroir identitaire reconstitué ou revisité dans le récit et donc une dignité affirmée, ou acceptée : ce fameux amor fati. Et ces images quoique apparemment banales, du fait de leur contexte social, deviennent édifiantes comme le souligne simplement Jean Louis Poitevin : « Il n’est pas besoin d’être un grand devin pour savoir que ces personnes n’avaient que peu de chance d’échapper au destin que promet toute société à ceux qui sont nés pauvres. »

Mais le temps abstrait des horloges n’est pas celui du temps psychologique, ni pour les personnes photographiées saisies dans ces instants choisis et privilégiés, ni pour le regard du spectateur avec sa sensibilité perméable, heurtée, ou interrogée par les expressions muettes de ces visages devenus signifiants. Et à cause de cette confrontation par delà cet écart de temps, ce survol instantané vingt ans après, permet de recréer mentalement un récit psychique universel dans un continuum de vie.


* qui se situait dans la période de la fin des années quatre vingt entre : 1987 à 1991
** figuré dans ce travail par la deuxième décade des années deux mille : 2011 à 2013
*** On notera l’ironie de la dénomination : « la colline des pigeons » qui fait métaphoriquement référence à ces habitants qui ont été les dindons de la farce sociale entendez défavorisés par leur naissance dans ce quartier défavorisé.