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Véronique Verdier
 

C’est en 1997, au cours de mes études artistiques à l’université, que j’ai commencé à explorer les possibilités de la photographie, sous l’angle de l’invention, des nouvelles façons de l’utiliser et des possibilités multiples de donner à voir une réalité qui n’est pas seulement rendue différente par le médium mais surtout une réalité différente en elle-même. Je m’y consacre pleinement depuis 2001 et expose régulièrement mon travail en France. C’est parce qu’enregistrer une réalité connue et reconnaissable ne me satisfait pas complètement que j’ai orienté mes recherches dans le sens du travail que je présente ici. : donner à voir ce qui n’a jamais été vu et qui, pourtant a été photographié. La recherche autour de ce paradoxe m’intéresse particulièrement.

La photographie se passe ici des contingences de quelque événement extérieur. Le sujet est fabriqué de toutes pièces et n’a de réalité qu’éphémère, pour et par le temps de la prise de vue. La séance terminée, le référent est définitivement perdu. Les images obtenues en sont les uniques traces.

Il fait souvent nuit lorsque je commence à travailler, il faut qu’il fasse nuit ou bien c’est la chambre noire qui me sert de studio, étrange renversement. L’obscurité est requise, sans elle pas d’apparition de ces créatures. Pas d’éclairage d’appoint, elles n’en ont pas besoin pour être vues. Elles surgissent de l’ombre, luminescentes, et cela suffit à sensibiliser le film.
Le travail de création est long, nombreux allers retours entre la manipulation des objets et la visée de l’appareil, il faut prendre du recul, l’objectif est un ?il unique. Quand la scène est prête, je déclenche, une prise de vue suffit. Puis tout est à recommencer pour qu’apparaisse encore une fois quelque chose de nouveau. L’image est toujours surprenante, ce qui a été perçu a été altéré par la prise de vue et par les opérations qui s’ensuivent. Opérations simples de développement argentique. A chaque négatif correspond un tirage direct, pas de manipulation, pas d’intermédiaire numérique, pas de retouche.

L’embryonnaire a besoin d’obscurité pour se développer, avant d’atteindre sa forme viable et voir le jour. Cette étape vitale est toujours interne et hors de vue.

 

Les Rencontres de Véronique Verdier.

«L’art n’est pas seulement un vestige du sens, il est aussi une de nos rares expérimentations du non-sens».

Le dernier mot du réalisme serait le réalisme photographique, là plus qu’ailleurs la différence entre ce qui se voit et sa reproduction serait abolie...
Le fréquent rappel de la relation entre monstre et montrer ( du latin monstrare ), ne mentionne pas l’origine lointaine du mot.
Les monstres donnent à penser, s’ils nous médusent c’est pour nous plonger dans une intense réflexion.
Au XVéme, au XVIéme, les  grotesques dans les marges des peintures sérieuses, où se donne libre cours la fantaisie du peintre ( c’est comme cela qu’on veut les percevoir alors ) déploient un catalogue de formes d’apparence étrange, où le scabreux et le scatologique font bon ménage avec les inventions formelles les plus cocasses.
Au Moyen-Age on trouve le pendant littéraire qui selon des principes équivalents à ceux qui président aux assemblages des grotesques donnent (pardonnez l’anachronisme) les premiers cut-up, coq-à-l’âne, assemblage de phrases sans queue ni tête: les fatrasies.

Qu’est-ce donc qu’un monstre? Qu’est-ce qu’un monstre représenté? Que représente le monstre? Qu’est-ce qu’une représentation?
Il y a des monstres, qui passé la première surprise nous apparaissent pour ce qu’ils sont.
Le principe qui les régit, assemblage de formes issues des règnes végétal, animal et humain, quelquefois mêlés d’objets, est assez tôt identifié. Leur agencement dans l’espace ornemental s’organise souvent - comme s’il s’agissait de conjurer l’inquiétude qu’ils font naître - autour de principes bien établis et reconnaissables: ceux de la frise, répétition alternance, symétrie.
Dans les fatrasies aussi, malgré l’incohérente apparence du propos, sont conservés les rythmes, le nombre de pieds des vers, la rime finale.

Les monstres qu’on a voulu voir comme des représentations du mal, du péché ne seraient-ils pas... vertueux, à confirmer des structures pour s’en être un instant écartéset revenir si vite au familier et à la règle?
Le fortuit, l’accidentel, le hasard, l’insensé ne sont peut-être pas de ce monde.
Même l’hétéroclite a un ordre.
Aussi des monstres, qui résistent à tout classement, où dont on ne repère pas immédiatement ce qui les ordonne, nous attirent dés lors bien davantage que ceux qui nous rassurent.

L’inquiétant a sa vertu aussi, il met en question ce que l’on croyait bien établi.
... la photographie serait une trace de quelque chose qui existe bel et bien. C’est à cela qu’on voudrait la réduire lorsqu’elle est employée aux fins des discours qui ont besoin de preuve.

Les monstres photographiés de Véronique Verdier n’existent pas en réalité. Ils n’en sont que plus présents à nos yeux. Révélés, ilsnous retiennent durablement.
Phasmes qui se cherchent un corps, dès qu’ils rencontrent un obstacle, ils l’épousent. En résultent des confusions de matière, des anamorphoses, des perturbations, des manques.
Le laboratoire s’en tient aux rudiments. Agrandir, révéler, laver, fixer. Tout étant déjà sur le négatif. Une prise de vue. Un négatif. A l’exclusion de tout autre procédé.
C’est ce qui est remarquable et qu’il faut souligner.

Véronique Verdier est patiente. Elle sait attendre. Des semaines passent, des mois avant que l’appareil ne sorte de sa sacoche. Avant que ne se délivre ce qui naît du silence.
Tout se fait en amont ou plus exactement encore rien ne se fait. Aucun labeur apparent. Une profonde insouciance semble-t-il et s’il y a une maturation rien n’en transparaît au quotidien.  
Puis, c’est le moment. De nuit, en général. Quelque dispositif à mettre en place, comme pour une représentation. Rien de complexe. Le hasard participe. Telle ou telle chose ramenée d’une promenade. Pendant le travail, un élément imprévu peut être réintroduit comme dynamique.

Les choses se font sans retard. Ce qui est à terme est là.

Les planches contact en témoignent. Une pellicule. Douze prises de vues, douze photos, quasiment aucun déchet.

Etranges photographies très réalistes de ce qui n’existe pas.

Ainsi les images du rêve.

Etrange photographie qui fixe cela.

 

Hervé André . 4 mars 2003 .

Note: La citation en exergue est extraite des «Ecrits sur l’art et pensées détachées» page 69,tome II, de Jean-Marie Pontévia. William Blake & Co éditions.

Biographie :

Née en1974 à Clermont-Ferrand.

Etudes:

2002 • D.E.A. Lettres et Arts (spécialisation photographie), Université de Provence / Aix-en-Provence
1999 • Maîtrise en Arts Plastiques (Photographie) - Université de Provence - Aix-en-Provence - France
1997 • Licence en Arts Plastiques - Université de Provence - Aix-en-Provence - France
1996 • D.E.U.G  en Arts Plastiques - Université de Provence - Aix-en-Provence - France
1994 • B.T.S. Design Industriel - La Martinière Terreaux - Lyon - France
1992 • Baccalauret F12 (Arts Appliqués) - Lycée Raymond Loewy - La Souterraine - France

Expositions:

-Janvier 2006 : Exposition collective - Jenkins Johnson Gallery - San Francisco - USA (www.jenkinsjohnsongallery.com)
-Novembre/décembre 2005 : Jenkins Johnson Gallery - New-York - USA
-Octobre 2005 : Exposition personnelle - Festival Nicéphore - Clermont-Ferrand - France
-Juin 2004 : Exposition personnelle - Espace Vitamine - Marseille - France
-Avril 2004 : Exposition personnelle - Alienor Bureau de création. Marseille - France
-Décembre 2003 : Exposition collective - «Contemplation» - Lew Allen Gallery - Santa Fe - USA
-Mai 2003 : Exposition personnelle - Galeries Le Bleu du Ciel et Le Cercle Optique - Lyon - France
-Mars 2003 : Exposition personnelle - Henri penderie atelier/galerie - Marseille - France
-Avril-Mai 2002 : Exposition collective - «Images du corps» - Espace Peiresc  - Toulon - France
-Novembre 2001 : Exposition personnelle - Théâtre de La Minoterie - Marseille - France
-Avril 2001 : Exposition collective - l’Atelier/Galerie - Aix-en-Provence - France
-Mai 2000 : Exposition personnelle - Brasserie de la Mairie - Aix-en-Provence - France
-Avril l999 : Exposition personnelle - Brasserie de la Mairie - Aix-en-Provence - France