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Roselyne Titaud

Dans chacune de ces photographies il est question d’intemporalité, plus encore je préfèrerais parler de coagulation du temps, d’un temps qui devient propre à lui-même à partir du moment où je le photographie. Les sujets choisis ne sont pas relatifs à l’instant il parlent plutôt de quelque choses qui c’est arrêté pas seulement par le dispositifs photographique mais dans la réalité elle-même. Je ne substitue pas le temps provoqué par la photo au temps réel. Le temps est déjà dans cet état d’attente quand je le saisit, même si le fait de le saisir ne dure qu’un instant.

Les lumières que j’utilise sont des lumières naturelles (je ne me sers jamais d’un flash) et la plupart sont blanches, elles donnent ainsi une sorte de continuité. Une lumière du soleil jaune et une lumière dont on sait qu’elle ne va pas durer, une lumière blanche est beaucoup plus longue, elle s’étend et n’est pas le fruit du hasard.

Mes thèmes sont, bien que très différents, une façon de regarder ce que nous ne regardons plus vraiment, les choses banales sans être quotidiennes (comme les broussailles, la mer, des objets sans importances, ou plus simplement la lumière), ils ne comporte pas de dimension objective sociale ou politique. Ils sont en quelque sorte un constat subjectif des choses qui se passe autours de moi.

 

Pour exprimer ma démarche artistique je commencerais pas souligner qu’à ce jour mon travail est en train de naître. Il s’organise peu à peu, trouve ses marques, ses influences.

Mes préoccupations sont multiples mais intrinsèquement liées : elles tournent autour de la vie, la vie simplement. Mes images (photographies couleurs)* sont proches de celles du reportage photographique toutefois sans la dureté qui le caractérise. Bien que préoccupée par un soucis d’objectivité, mes images par leur côté qui peut paraître intime ou privé obligent le spectateur à rentrer dans le milieu que je photographie, il doit accepter d’en faire partie ne serait-ce qu’un instant. Elles donnent généreusement une subjectivité humaine par un détail, un objet connu, reconnu…à ce titre elles traitent d’une sorte d’universalité, d’une sorte de passé commun propre à un certain milieu. La vie que je photographie n’a rien d’extraordinaire et c’est de cet ordinaire que naissent mes clichés. Sans être dans la contemplation du quotidien, ce qui m’intéresse est tout ce qui peut composer la journée, les semaines, d’alimenter en fluide universel les choses trouvées dans mon environnement. Par cette démarche je me sens assez proche de la photographie contemporaine allemande

Mon intention n’est pas de dresser un constat social mais de regarder avec attention ce qui fait le monde. Parler de ce milieu particulier qui est le sien a été la démarche de Nan Goldin. Elle nous fait partager un monde qui nous est étranger. Mais n’y a-t-il rien de plus étranger que ce qui nous est vraiment proche ? Il n’existe aucune chose, si infime soit-elle qui ne mérite d’être regardée avec attention

Mon travail se déroule comme un cycle, dans le temps et dans l’espace, entre le privé et le public. Cette relation privé/public est au centre du déroulement de ma démarche. J’effectue sans cesse un va et vient entre les sphères privées, mais que ne le sont pas vraiment (cf. «intérieurs» photographies des salles à manger et « au couvent… » photographies des chambres de religieuses) et des sphères publiques qui elles sont désertes (zones industrielles, paysages…) Ces espaces sont jalonnés par des zones transitoires comme les hall d’immeubles et les couloirs. Ainsi dans le va et vient entre privé et public s’installe aussi le va et vient entre intérieur et extérieur.

Cette notion d’espace privé se remplace petit à petit par la notion de vie privée avec l’introduction du portrait. Cette vie privée que l’on peut aisément rapprocher de vie de famille, n’est importante que dans le sens où l’essentiel n’est pas qu’il s’agisse de ma famille mais d’une famille

Toutes mes images, si différentes peuvent-elles être, sont liées par l’idée que je me fais du temps et de la façon dont il s’écoule. Je me suis dégagée de cet instant décisif qui a longtemps obstrué notre façon de voir la photographie pour accéder à un temps long plus proche à mon avis de la réalité. Un temps si long qu’il ne s’écoule plus, ni dans la photo (on ne peut presque plus saisir un avant et un après) ni dans la vie. C’est une vie sans vie que je tente de décrire, une vie qui ne passe pas, faite d’immobilité entrecoupée de présence. La fixation du temps est en étroite relation avec le manque de dialogue et la, marque d’une absence.

Mon travail se présente comme un ensemble d’images, même si je travaille avec la série, je pense que chacune de mes photos peuvent être indépendantes. Je pense qu’on peut, mélanger toutes mes photos sans les dénaturer, sans leur faire dire autres choses que ce qu’elles ont en elles.

Roselyne Titaud, Mars 2005

*Mes images sont réalisées d’après négatifs couleur en moyen format avec un film 100 iso doux (réala, Fuji)