« L'identité n'est pas un héritage, mais une création.
Elle nous crée, et nous la créons constamment.
Nous la connaîtrons demain.
Notre identité est plurielle, diverse.
Aujourd'hui, je suis absent, demain je serai présent. »
Mahmoud Darwich,
in Le Monde du 13/02/2006
Le questionnement sur la notion d'“identité(s)“ se résume bien dans la formule shakespearienne “To be or not to be“, de même qu'elle peut se conjuguer avec la triple interrogation de Gauguin : “D'où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous? “. L'être humain est un être socialisé ; aussi, sa quête de lui-même s'appréhende-t-elle dans une dialectique entre son identité personnelle et son identité collective, incarnée pour l‘artiste dans un support d'expression tel que le médium photographique.
Dès sa découverte, l'image photographique a conforté l'illusion due à son corpus défendant d'être la garantie de la reconnaissance visible de cette identité par le portrait personnel ou de groupe, et par le paysage urbain et naturaliste. (On peut ainsi penser aux travaux d'Annet Van Der Voort, d‘Olivier Chabanis et de Dong Fangchen qui ont revisité chacun à leur manière le portrait identitaire, la première dans sa dimension sociale, le second dans sa dimension personnelle et psychologique, et le troisième sur le plan du médium).Depuis, la photographie s'interroge sur elle-même, remettant en question sa fonction documentaire pour revendiquer un statut créatif à part entière qui lui permette d'intégrer la sphère muséale et le marché de l'art. (Cf. les travaux de Jésus Alberto Benitez et de Katerina Drzkova face à leur questionnement sur “ce qui regarde“ les formes visibles externes) ; et dans le même temps, elle nous questionne tous, en nous renvoyant cette image de soi. Images au quotidien multipliées par les compacts numériques et les portables, qui sont censées attester de la réalité de notre vécu ( le certificat de réalité article du bleuduciel.net) réduit à être collé en surface sur nos albums narcissiques de famille, tous rentrés dans une identité commune. Sur un autre plan, la volonté de se comparer à autrui, afin de se modeler sur des standards de communication et de physique, a envahi nos vies scandées par nos écrans et nos journaux. Le renforcement infantile de la notion de “starisation“ qui touche tous les domaines de la vie publique comme un opium du peuple, a fait que l'on peut tout aussi bien devenir star de la boulangerie, du porno ou des musées internationaux de l'Art Contemporain.
A ce propos, ne parle-t-on pas de “contrôler et de soigner son image“, ou de remodeler son look ? N'assiste-t-on pas à une confortation de l'extériorité de surface: le masque social au détriment de l'intériorité vécue.
L'approche du “portrait“, présentée à Lyon Septembre de la photographie dans l'exposition du Musée de Lausanne “Faire faces“, souligne ce phénomène d'effacement de la ressemblance intérieure, dont Bacon était l'initiateur avant-gardiste. On assiste donc à la disparition de la personnalité psychologique au profit de l'individualité anonyme, portraituré par un chef de file comme Thomas Ruff, (et de ses suivants tels Charles Fréger et Annet van Der Voort, présents dans “Identités). L'image s'est emparée de “l'être“, réduit au substrat matériel, comme Narcisse s'est identifié à son reflet fallacieux, peu à peu confondu avec l'image sage et standardisée du consommateur consciencieux. L'argent fait le reste en envahissant les codes de diffusion, qui ont ensuite engendré ce droit à l'image, ultime pirouette dérisoire de l'animal humain en quête d'une identité stable. Cette confusion est redevable à l'ambiguïté savamment entretenue de cette photographie, qui dès son origine mythologique dans l'empreinte supposée du Christ sur son supposé linceul, a voulu croire de façon animiste, que le réel était complètement présent dans le cliché photographique, en oubliant qu'il n'en était qu'une représentation formelle (présentation en second). Et cette vérité simple refait surface, au moment même où se développent les technologies numériques qui permettent de transformer et de réinventer à son aise les composants sémiotiques visuels pour créer de l'image virtuelle. Images virtuelles qui conservent leur semblant de réalité intacte, malgré leur extraction hors de tout contexte historique ou temporel qui entremêle des espaces et des temps différents rejoignant l'univers quantique et le questionnement shakespearien de demain “to be or not to be virtual“.
(Cf. les portraits en surimpression d'Eva Lauterlein, de Jiri David, ainsi que ceux colorés de Tibor Kalman)
L'image, miroir sociétal /
Dans la dernière exposition du musée de l'Elysée nommée “Controverses“, qui a fait grand bruit, c’est-à-dire en termes techniques: noyer les ombres comme le font certains détails d’image numérique agrandie, l'on prend conscience de la dimension universelle de l'image photographique, pensée comme miroir sociétal, et cela depuis sa découverte au début du dix-neuvième siècle.
L'identité collective, en se mirant dans le bain révélateur de son reflet, acquiert un recul et une distanciation qui permettent de réfléchir sur l'évolution de la société, et de réfléchir visuellement ces reflets que sont les mœurs et son éthique, attestant ainsi de la valeur humaniste de la photographie, et surtout de sa liaison incontournable, mais ambivalente avec le réel.
Car même si cette liaison orageuse relève d‘un reflet, d'un effet ou d'une illusion optique, elle garde sa valeur de certificat de réalité, tout comme l'identité collective en marche dans l'histoire, et continue à fasciner malgré sa profusion.
(cf : le certificat de réalité www.lebleuduciel.net).
Les pouvoirs en place ont vite compris l'importance de sa force d'évocation, et ont su utiliser habilement son ambiguïté, par des manipulations de l'image, dans le sens de leur intérêt (on fait disparaître comme par enchantement de l'image la figure de d'un révolutionnaire gênant auprès d'un Staline tout puissant.)
Cependant, même la manipulation a ses limites, et lorsqu’on dévoile au grand jour les photographies floues des chambres à gaz, elles attestent contre tous les mensonges des négationnistes, que le génocide Juif a bien existé. Car la valeur de témoignage de la vision, même potentiellement trafiquée et révélée sous nos yeux, a permis de nous faire prendre conscience de l'horreur de la guerre et des massacres, en participant à l'amélioration du genre humain. Ainsi malgré le mensonge de sa virtualité structurelle, la photographie a valeur d'illusion réaliste.
Là, se fondent à la fois sa grandeur et sa misère puisqu’elle n‘a pas d'implication active et directe sur le réel : elle est juste trace documentaire d'une absence certifiée de “ce qui a -sans doute- été“.
Le dispositif identité(s) /
Partant du point de vue que la photographie est une façon de penser le réel par elle-même, l'on s'est approché du dispositif “identité(s)“ par une double entrée : celle d'une réflexion philosophique menée parallèlement à sa matérialisation dans des œuvres photographiques qui ne se résumeraient pas à des reportages actuels mais seraient porteurs d'une vision subjective plus créative.
C'est-à-dire, d'un côté la volonté de conceptualisation (que l'espace géopolitique, qui est le nôtre, nous permet d'aborder), et de l'autre, la prise en compte des productions d'artistes venant de territoires et de cultures apparemment différentes. Il était nécessaire que ces dernières n'illustrent pas le discours mais l'accompagnent afin de poser plus des questionnements, avec le sens de la découverte qui en découle, que de délivrer des réponses.
Loisible à chacun de laisser émerger les constats qui conviennent dans leur esprit...
Pistes identitaires /
Donner juste quelques pistes dans ce jeu scandé par une approche Godardienne : “Je joue, tu joues à la photographie contemporaine...“ (Luchezar Boyadjiev, Krassimir Terziev et Olivier Metzger, trois photographes d'horizons différents et engagés dans des approches diverses, mettent en abîme leur pratique avec un recul critique).
Vite faire comprendre que “To be“ se réfère à un inné présent en chaque individu qui, à partir d'une histoire en route, la convertit dans son vécu dualiste. (pensons aux jumelles troublantes de Tereza Vlckova) avec l'environnement géographique et sociopolitique, en un acquis personnel constitutif de sa propre identité ; identité dont la mission est d'accomplir dans un devenir temporel les capacités héritées. (Paula Muhr recrée son album de famille contemporain tout en suggérant l'histoire intime de chacun qui, bien que sortie de l'environnement collectif, transforme une vision singulière en une vision universelle).
En construction constante au rythme du ballet planétaire, l'identité s'organise donc graduellement dans le néocortex, (zone du cerveau qui fait appel à la conceptualisation) telle une mémoire fondatrice. Cette dernière est inséparable de l'histoire personnelle, comme l'image l'est du support argentique ou numérique, et comme telle ne peut se passer de mots. (Stanislas Amand surmonte le paradoxe en faisant coexister indissociablement images et mots). Les mots de l'image, comme les phonèmes de la langue, sont objets de lisibilité.
Se poser la question de l'identité sur le plan photographique engendre une mise à plat sur la surface de l'image. Le cliché est imprimé dans une figure géométrique carrée ou rectangulaire, nous rappelant à cet ordre apparent qu'il se décode et procède en tant que tel par signes visibles. (Iosif Kiraly pose le problème à plat en reconstruisant et déconstruisant l'image, et juxtapose ses souvenirs par bouts de scotch interposés).
Comme la langue parlée, l'image se lit avec les yeux à travers des équivalences phonémiques qui constituent une sémiotique visuelle. Elles sont au nombre de trois : couleurs, lignes et masses qui s'articulent ultérieurement dans la composition esthétique de l'image finale. (cf : Les modalités de la langue photographique, www.lebleuduciel.net.)
Identités européennes /
L'identité personnelle de chaque concitoyen s'inscrit dans un ensemble plus vaste, qui se confond dans notre cas avec la région Rhône-Alpes, insérée elle-même dans le territoire français, partie du territoire européen. (En cela, le groupe “Vivent et travaillent en R.R.A“ composé de Jésus Alberto Benitez, Olivier Chabanis, Stéphane Diremszian, et Fangchen Dong, atteste de la richesse de créativité présente en un lieu dit et à un moment donné d'histoire, recréant ainsi un territoire d'art de toutes pièces qui permet de s'éloigner des archétypes traditionnels souvent obsolètes d'une tradition ou propre à un style régional).
L'émergence renouvelée d'une identité européenne depuis le traité de Rome, issue principalement d'une culture judéo-chrétienne, produit simultanément et paradoxalement un repli identitaire qui est consécutif à la peur de perdre cette identité rassurante des traditions du passé. (Voir la postface de Iosif Kiraly, et la question des replis identitaires dans l'imaginaire de Christian Buffa et d'Eric Roux Fontaine).L'Europe, comme d'autres territoires, n'échappe pas au phénomène inconscient et médiatique de la “mondialisation“ (relayée principalement par l'image creuse télévisuelle) qui se révèle être en fait l'ultime refuge à un super capitalisme aujourd'hui complètement emballé et aux abois, car ne répondant plus aux exigences d'un authentique développement durable pour une société déjà en route, quoique' à venir.
Ce chemin phénoménal de mondialisation s'apparente pour beaucoup à la négation angoissante du “Not to be“ (ne pas être) Shakespearien, illustrant parfaitement cette peur de l'homme moderne de perdre un “avoir existentiel“, intrinsèque à notre mémoire, qui lui interdirait la chance d'accéder à une dimension universelle et spirituelle présente en chaque être humain.
Cet “avoir existentiel“ est scellé dans une langue écrite et normative présentant des catégories telles que : français, marié, catholique, hétéro sexuel de rhésus négatif. Ce sont ces catégories qui produisent la différence, le rejet ou la négation de l'autre, renvoyant à ce qui n'est pas : français – mais sans papiers-, célibataire ou pis polygame, musulman, homosexuel ou de rhésus positif.
Et cette spiritualité s'est peu à peu laïcisée, devenant le véritable enjeu du concept de “mondialisation“, que Malraux avait intuitivement prophétisé dans sa formule “que le vingt et unième siècle serait spirituel ou ne serait pas“. (cf La participation mystique proche de l'esprit animiste ou totémique dans les photographies des sosies d’Eric Roux-Fontaine et de Christian Buffa illustrant la fuite hors du monde).
Existe-t-il une identité européenne photographique reconnaissable? Sûrement pas que l'on puisse voir... bien que des particularités soient attachées à chaque territoire culturel. On pense notamment à la frontalité de la photographie allemande qui se veut différente de la sensibilité ironique britannique, ou de la conceptualité disséminée française et de l'esthétisme flamboyant italien. Mais toutes ces différences se fondent peu à peu, dans une universalité esthétique grâce à un croisement des enseignements dédiés à la photographie contemporaine. (En témoignent les jeunes photographes de “reGénération“ réunis par le Musée de l'Elysée dont Katerina Drzkova et Léo Fabrizio sont les représentants à Lyon).
Ainsi seules des identités européennes distinctes, mais de facture semblable, se croisent et s'entremêlent dans leur interrogation documentaire sous la houlette d'une direction artistique orientée mais non-s.
La mondialisation /
Avantages : Faire vaciller les sentiments d’isolement et de solitude, producteurs dans certains terroirs de repli sur soi-même et de traditions sclérosées (comme le style d’école en art) qui empêchent toute créativité en la confondant avec la répétition académique.
(Cf. le travail de Paula Muhr sur l'autoportrait, celui de Krassimir Terziev et ses figurants, ainsi que celui de Iosif Kiraly et ses Roms exportés)
Inconvénients : engendrer une ouverture sur d'autres horizons et sur d'autres langages tout en produisant paradoxalement une langue ou un code international (l'anglais, l'image médiatique, les costumes, l'urbanisme, etc.), ainsi qu’une standardisation des comportements et des façons de penser. (Les travaux de Monique Deregibus à Odessa, Marseille et Sarajevo ; les étudiants de « School nr. 7 » de Vesselina Nikolaeva; les ouvriers de l'image de « Breathing Factory » de Mark Curran incarnent cette question de la mondialisation).
Aujourd'hui une majorité de citoyens inquiets des classes moyennes et populaires se raccrochent à l'idée réactionnelle, non plus de nation, mais de région.
Là où se fait la jeune Europe se défait l'idée de la vieille Europe de l’entre-deux guerres, entraînant de ce fait le repli identitaire avec son lot fameux de terroirs, de traditions, et de dialectes.
(C’est le cas avec la série des bonnets d’Olga Chernycheva, et des personnages pittoresques de la série « God please help to get uo at the morning » de Dana Kapralova).
Lamondialisation devient le creuset d'une régionalisation de l'esprit à cause d'une perte identitaire supposée, ou pire, d'un nationalisme exacerbé et dangereux.
Le rêve de devenir citoyen du monde se heurte aux peurs millénaires de la dissolution identitaire. (Cf. les anachronismes d'Andrej Balco et de Martin Kollar).
Et le capitalisme aux abois joue sur cette ambiguïté afin d'introduire le trouble dans ce jeu cynique des puissants au pouvoir, en se costumant de cet idéal généreux.
(Les photographies de Jiri David, portraits d’hommes politiques qui pleurent « pour de faux », en sont l’exemple même).
Le projet souterrain du capitalisme est en fait d'écraser toute velléité d'humanisme au profit de plus-values sans cesse décuplées, faisant de la vie économique et de son pendant (le capital) l'unique idéal et mode de vie possible pour des millions de travailleurs asservis : la seule identité people oblige! Et mondialement correcte!
Identités photographiques /
A la question “D'où venons nous?“, nous sommes tentés de nous référer à un passé collectif, ainsi qu‘à l'origine de l'homme et de la terre sur laquelle nous vivons, jusqu'aux origines de la photographie naissante dans la fécule de pomme de terre d'un inventeur curieux. (Ne pas oublier la mémoire patrimoniale européenne dans ses aspects douloureux : la Shoah, qu'ont traité avec humour et recul Pavel Maria Smejkal, et avec discrétion et pudeur Emmanuel Berry ; ou le souvenir douloureux du génocide arménien dans les cahiers de famille de Stéphane Diremszian, au moment où la Turquie revendique sa place dans la communauté européenne. De même, les relents du monstre sans cesse renaissant du racisme et de l'exclusion sont visibles chez Nathalie Mohadjer, traçant un témoignage sensible dans un camp de réfugiés après Sebrenitza).
Il nous faut penser la photographie comme lucarne ouvrant sur un champ de vision qui ressemble étrangement au réel, sans s'y identifier, et comme un reflet de miroir qui nous permet de nous contempler au passé en nous confrontant à l'absence du sujet ; champ qui devrait se parer de la réflexion visionnaire.
Cette lucarne, comme la caverne de Platon, s'affiche comme un merveilleux outil identitaire. Et personne ne s'y est trompe en revendiquant aujourd'hui, ce précieux droit à l'image“. (L'accord des modèles est de rigueur, participation active des modèles à leurs portraits avec Annet Van Der Voort et Olivier Chabanis qui dévisagent l'être, comme le fait aussi en superpositions de strates identitaires Fangchen Dong).La question “Qui sommes nous?“ poursuit ce raisonnement dans l'actualité, nous renvoyant à des réflexions et à des interprétations qui devraient remettre en question nos préjugés : la photographie comme interrogation fondamentale? L'œil se réveille. (C’est le cas avec le regard acéré et critique de Léo Fabrizio et d'Olivier Metzger sur les anachronismes et les dérives architecturales de notre temps, et avec l'humour ravageur de Martin Parr dans “Boring“ qui, montré en dehors de son contexte, devient tout sauf ennuyeux).Enfin, la question “Où allons nous?“ pose le problème de cette identité sans cesse en construction dans le devenir de l'histoire. L'image photographique peut alors se transformer en un symbole de prise de conscience pour une conception saine de l'avenir, dans un authentique développement durable lié à une autre croissance. (Les masques-miroirs de demain de Barbora Balkova)
La nouvelle photographie humaniste /
Tout le monde est friand de nouveauté, quand les choses ne font que tourner cycliquement et revenir sur elles-mêmes dans une spirale galactique. La photographie n'échappe pas au mouvement et doit se sortir de l'ornière qui ferait d'elle et du temps une trajectoire linéaire.
La photographie française humaniste de l'après-guerre, incarnée par Henri Cartier- Bresson, Robert Doisneau et Edouard Boubat entre autres, a bouclé une boucle à la fin des années quatre vingt-dix, Raymond Depardon en étant la meilleure illustration. (Ce dernier est présent dans “Identité(s) 08“ avec sa ballade “Road movie“ dans les villes d'Europe, et ses clins d'œil à la fois percutants et ironiques)
Ce courant humaniste s'était constitué autour d'une grande curiosité généreuse, partagée par une génération de photographes toujours prête à illustrer le phénomène humain, abordé à la fois sous l'angle de l'actualité et de l'émotion, en privilégiant des images esthétiques de grande qualité le plus souvent en noir et blanc, chargées d'anecdotes et de signifiants “punctum“. (Ce “punctum“ que l'on retrouve dans la majorité des photographes de “Identité(s) 08“ est clairement identifié chez Martin Kollar et Dana Kapralova)
La photographie dite contemporaine qui a succédé à ce courant humaniste, lasse de répéter les anciens, s'est ouverte sur la couleur, lui substituant la quête du moment anodin ou en abîme, à la recherche de ce qui se voit entre les interstices du moment fort et de l'anecdote instantanée. Elle recense plus qu'elle ne décrit de manière naturaliste ces moments vides appelant à la distanciation et à la réflexion, instants suspendus pas encore nés, effleurant des questionnements... (Paola Salerno et son retour au pays napolitain, Klavdij Sluban sur les traces de son enfance entre Lubijiana et Trieste).
Ce nouvel humanisme, sous l'impulsion de critiques comme Michel Poivert, s'est renforcé par une réflexion au croisement de disciplines variées comme les sciences humaines, la philosophie, l’ethnologie, etc. : l'interdisciplinarité est entrée dans le champ de l'art. (Et la photographie s'est entichée d'architecture (Angel Marcos, Balthasar Burkhard), d'urbanisme (Vincenzo Castella), de sociologie (Mark Curran), de psychologie (Dita Pepe), d'anthropologie (Leo Fabrizo), d'histoire de l'art (Stanislas Amand).
Mais si l'on y regarde de plus près, il n’y a rien de bien nouveau sous le ciel photographique quand on revisite rétrospectivement les travaux de Lewis Hine ou de Dorothea Lange, comme si la nécessité de progrès devait sans cesse réinventer des formes nouvelles qui n'en ont que le nom, et se résument à la surface. (Pensons aux soldats d'Irak que Suzanne Opton a photographiés couchés doucement sur la joue.)
On s'empare à cette fin des pères de la photographie tel que Walker Evans pour les installer dans des panthéons artistiques, ou bien on revisite leurs oeuvres reconnaissant paradoxalement que tout avait déjà été balisé dès lors, mais avec humilité... (C’est le cas avec les portraits espagnols intemporels de Virxilio Vieitez et son couple d'enfants communiants).“Je pense que la véritable fonction de l'artiste est sociale - et non pas thérapeutique, ni décorative, ni symbolique. L'art fait réfléchir, pose des questions et renvoie aussi, plus simplement, à ce que l'on est et à la société au sein de laquelle on vit.“
Jean-Louis Maubant, fondateur de l’IAC de Villeurbanne.L'art d'obédience individualiste et source d'émotion esthétique est en passe de devenir sociétal et conceptuel, pour ce qui concerne la photographie et l'on doit s'en réjouir plus que de s'en affecter; sous condition que l'homme garde une place centrale dans cette démarche vers laquelle devrait converger toute création artistique.
Ce qui fait donc le lien entre ces deux époques engagées différemment dans une vision humaniste, est cette volonté, aujourd'hui pas assez affirmée, de transmission de valeurs, où l'être humain conserverait la fonction d’être le lieu et la finalité de l’art; les tenants de “l'art pour l'art“ étant ainsi renvoyés aux institutions muséales, académismes, collections et marchés privés.
Cette nouvelle photographie humaniste, ainsi renommée, dont les scènes françaises, américaines et allemandes représentent les meilleurs fleurons, doit conserver cette fonction d'éveilleur de conscience au service de tous, et donc d'approche pédagogique et de philosophique de la vie. C'est à cette condition qu'elle continuera à bouleverser les formes, qui régissent toute relation humaine.
Towards the (w)est /
Lyon Septembre de la photographie 08 se devait de contextualiser cette notion d’identité dans le cadre européen qui est le sien, en allant à la rencontre d’artistes venus de la scène culturelle d'Europe, afin de présenter un état des lieux non-exhaustif, mais ouvert à l’approche documentaire et créative actuelle.
Le commissariat a révélé à travers ses choix, cette réminiscence oubliée qu’elle soit sociale ou artistique, que les flux migratoires se déplacent souvent d’Est en Ouest, le modèle américain restant ce moteur vivace et mythique dans l’esprit des créateurs, autant sur le plan de la production formelle que celui de la diffusion marchande. (Eric Roux Fontaine décrit nostalgiquement un Elvis ressuscité de la rive Est de l'Irlande et penché vers l'Amérique mythologique).
Le commissariat a aussi reconnu cette volonté d’élargissement et de renouvellement dans les œuvres des pratiquants (re)venants de l’Est, riche d’interactions et d’échanges futurs entre créateurs d’images. (A la pointe de recherche multimédias dans le domaine de l' image au croisement des réalités sociales les travaux édifiants des bulgares Stefan Nikolaev, Pravdoliub Ivanov, Luchezar Boyadjiev, et Kamen Stoyanov).
La photographie, avec ses moyens propres, a tenté de nous raconter l’histoire de cette recherche des racines tout au long du XXème siècle, et a rendu compte des bouleversements à travers les deux dernières guerres.
Depuis la chute du mur de Berlin et à l’aube de cette ère nouvelle, la photographie des dernières décennies, certainement redevable des faits historiques à l’Est, renouvelle aujourd'hui le traitement des formes contemporaines, créant de ce fait un élan vers l’Ouest. Et cela pendant que l'Europe réunifiée à vingt sept gomme désormais cette fracture Est/Ouest par une politique d’élargissement et d’apaisement concertée, fondée sur une vision sociale, économique et culturelle.
Riche d’interactions et d’échanges futurs, la photographie documentaire créative est en passe de constituer un nouveau patrimoine à travers les échanges fructueux de tous ces créateurs de la jeune Europe, et à sa manière, Lyon, terre de confluences, y contribuera.
Questions of photographic identities ?
“Identity is not an inheritance, but a creation.
It creates us, and we create it continuously.
We will know it tomorrow.
Our identity is plural, diverse.
Today, I am absent, tomorrow I will be present.”Mahmoud Darwich,
in Le Monde 13/02/2006
The questioning of the notion of “identity(ies)” is summarised in the Shakespearian “To be or not to be,” and we can also conjugate it in Gauguin's triple question: “Where to we come from? Who are we? Where are we going?”The human is a socialised being; therefore his quest for himself is taken up in a dialectic between his personal and collective identities, incarnated for the artist in a means of expression such as the photographic medium. Since its discovery, the photographic image has reinforced the illusion due to its corpus defending it as the guarantee of the visible recognition of identity by a personal or group portrait, and by the urban or natural landscape. (One can therefore think of the works of Annet Van Der Voort, Olivier Chabanis and Dong Fangchen who have each revisited in their own way the identity portrait, the first in its social dimension, the second in its personal and psychological dimension, and third in terms of the medium.)Since then, photography has questioned itself, calling into question its documentary function to claim a fully-fledged creative status enabling it to integrate into the gallery sphere and the art market. (See the works of Jesus Alberto Benitez and Katerina Drzkova in regards of their questioning of "what looks at" the external visible forms). And at the same time, it has questioned us all, by reflecting this self-image. Daily images multiplied by compact digital cameras and mobile phones are supposed to attest to the reality of our lives (the certificate of reality article by bleuduciel.net) reduced to be glued to the surface of our narcissistic family albums, all returned to a common identity. On another level, the desire to compare ourselves to others, in order to shape ourselves to the physical and communication standards, has invaded our lives scanned by our screens and newspapers. The infantile strengthening of the concept of "starisation" which affects all spheres of public life as an opium of the people, made possible the fact that we can just as well become a star of the bakery, porn or international contemporary art museums.In this regard, do we not talk about "monitoring and treating his image", or reshaping his look? Do we not attend a reinforcing of the exteriority of surface: the social mask at the expense of lived interiority.The approach to "portraiture" presented in Lyon Septembre de la Photographie in the exhibition of the Museum of Lausanne “Faire faces“ (“To faces”) underlines this phenomenon of erasure of the inner resemblance, of which Bacon was the avant-garde initiator. We therefore witness the disappearance of psychological personality to the advantage of anonymous individuality, portrayed by a leader like Thomas Ruff, (and his followers such as Charles Fréger and Annet van Der Voort present in “Identity(ies)”). The image captured "the being", reduced to the material substrate, as Narcissus identified himself to his false reflection, little by little confused with the wise and standardised image of the conscientious consumer. Money did the rest by invading diffusion codes, which then created image rights, ultimate derisory pirouette of the human animal in search of a stable identity. This confusion is liable for the cleverly maintained ambiguity of photography, which, from its mythological origins in the supposed footprints of Christ on his supposed shroud, wilfully believed in an animist way, that the real was completely present in the photographic image, forgetting that it was just a formal representation of it (second presentation). And this simple truth surfaced again (as digital technologies that can easily transform and reinvent visual semiotic components to create virtual image are being developed). Virtual images that retain their semblance of intact reality, despite their extraction beyond any historical or time context that inter-mixes different spaces and times joining the quantum universe and questioning tomorrow's Shakespearian "to be or not to be virtual."
(See the superimposed portraits of Eva Lauterlein, Jiri David, and colourful ones of Tibor Kalman)
The image, societal mirror /
The recent exhibition in the musée de l'Elysée, called “Controverses“ (“Controversies”), caused a stir, that is in technical terms: drowning the shadows as some details of a magnified digital image do, one becomes aware of the universal dimension of the photographic image, thought of as a societal mirror, and that since its discovery in the early nineteenth century. The collective identity, looking at itself in the revealing bath of its reflection, acquires hindsight and a detachment that allow us to think of the evolution of society, and to visually reflect these glints that are morals and their ethics, therefore certifying the humanistic value of photography, and especially its inevitable but ambivalent liaison with reality. Because even if that stormy link results from a reflection, an effect or an optical illusion, it keeps its value as a certificate of reality, just as the collective identity marching through history does, and continues to fascinate despite its profusion.(see: the certificate of reality www.lebleuduciel.net).The powers that be quickly understood the importance of its power to evoke, and were able to skilfully use its ambiguity, through manipulation of the image, in line with their interests (the figure of an embarrassing revolutionary beside an almighty Stalin disappears from the image as if by magic.)However, even manipulation has its limits, and when we unveil in the light of day blurred photographs of gas chambers, they attest against all the lies of Holocaust deniers, that the Jewish genocide has existed. Because the testimony value of vision, even potentially tampered with and revealed before our eyes, has helped to make us realise the horror of war and massacres, participating in the improvement of mankind. Thus despite the falsehood of its structural virtuality, photography is tantamount to realistic illusion.
Both its grandeur and its misery are based there because it did not have any active and direct involvement in reality : it is just a documentary evidence of a certified lack of "what -without a doubt- has been".
The identity (ies) device /
Starting from the point of view that photography is a way of thinking reality by itself, we approached the "identity (ies)" device by a double entry: the one of a philosophical reflection carried out in parallel to its materialisation in photographic works that would not be limited to topical reportages but would be carrying a more creative subjective vision.
That is to say, on one hand the willingness of conceptualisation (that geopolitical space, which is ours, allows us to reach), and on the other hand the recognition of the productions by artists coming from apparently different territories and cultures. It was necessary that the latter does not illustrate speech but goes with it in order to ask more questions, with a sense of discovery that follows, rather than issue answers.
Open to everyone to let the suitable reports emerge in their mind ...
Identity leads /
To give just a few leads in this game chanted by a Godard approach: "I play, you play at contemporary photography ..." (Luchezar Boyadjiev, Krassimir Terziev and Olivier Metzger, three photographers from different backgrounds and engaged in various approaches bring their practice en abîme with critical hindsight).Let us quickly make it clear that "To be" refers to an innate present in each individual who, from a history en route, converts it in its dualistic true-life (think of the disturbing twins of Tereza Vlckova) with the geographical and socio-political environment, into a personal skill constituent of its own identity; identity whose mission is to accomplish in a temporal futur the inherited capabilities. (Paula Muhr recreates her contemporary family album while suggesting the intimate story of each who, although exited from the collective environment, transformed a singular vision into a universal vision).Under constant construction at the rhythm of the planetary ballet, identity is gradually organised in the neocortex, (the area of the brain that serves conceptualisation) like a founding memory. The latter is inseparable from personal history, as the image is from film or digital support, and as such cannot do without words. (Stanislas Amand overcomes the paradox by making images and words coexisting inextricably). Words of the image, just as speech sounds, are objects of readability. To raise the question of identity on the photographic plane engenders a flattening of the surface of the image. The image is printed in a geometric figure - a square or a rectangle, reminding us to this apparent order it decodes itself and proceedes as such with visible signs. (Iosif Kiraly flatly poses the problem by deconstructing and reconstructing the image, and juxtaposes his memories with interposed bits of adhesive tape).As in spoken language, the image is read with the eyes through phonemic equivalences which constitute visual semiotics. They are three: colours, lines and masses that later revolve in the aesthetic composition of the final image. (see: Terms of the photographic language, www.lebleuduciel.net.)
European identities /
The personal identity of each fellow-citizen is part of a broader ensemble which, in our case coinciding with the Rhône-Alpes region, inserted itself in the French territory, part of the European territory. (In this, the group "Live and work in RRA" featuring Jesus Alberto Benitez, Olivier Chabanis, Stéphane Diremszian and Fangchen Dong, attests to the wealth of creativity present in a named place at a given time in history, thus recreating from scratch a territory of art that allows to move away from traditional often obsoletes archetypes of a tradition or peculiar to a regional style). The renewed emergence of a European identity since the Treaty of Rome, resulting mainly from a Judeo-Christian culture, simultaneously and paradoxically produced an identity withdrawal which is due to fear of losing this reassuring identity of the traditions from the past. (See the afterword of Iosif Kiraly, and the question of identity withdrawals in the imagination of Christian Buffa and Eric Roux Fontaine). Europe, like other territories, is not immune to the unconscious and media-led phenomenon of "globalisation" (mainly relayed by the hollow television images), which proves to be the ultimate refuge for a super capitalism, today completely bolted and desperate, because it no longer meets the requirements of a genuine sustainable development for a society already under way, although to come. This phenomenal path of globalisation is akin, for many, to the frightening denial of the Shakespearian "Not to be", perfectly illustrating this modern man's fear of losing an "existential have", intrinsic to our memory, that would prohibit him the chance to reach an universal and spiritual dimension present in every human being. This "existential have" is sealed in a written and normative language with categories such as: French, married, Catholic, rhesus-negative heterosexual. These are the categories that produce difference, rejection or negation of the other, referring to what is not: French - but undocumented -, single or worse polygamous, Muslim, gay or rhesus-positive. And this spirituality has gradually secularised, becoming the real issue of the "globalisation" concept that Malraux had intuitively prophesied in his words "that the twenty-first century would be spiritual or would not be." (cf. The mystic participation not far from the animist or totemic spirit in the photographs of lookalikes by Eric Roux-Fontaine and Christian Buffa illustrating the escape out of the world).Is there a recognisable European photographic identity? Certainly not that we can see ... although specifics are attached to each cultural territory. One thinks of the head on attitude of German photography that wants to be different from the ironic British sensibility, or scattered French conceptuality and flamboyant Italian aesthetics. But all these differences gradually melt into an universal aesthetic through an intersection of lessons dedicated to contemporary photography. (As evidenced by the young photographers of "reGeneration" collected by the Musée de l'Elysée that Katerina Drzkova and Leo Fabrizio represent in Lyon).
Thus only separate European identities, but of a similar composition, intersecting and intertwining in their documentary questioning led by a directed but not artistic direction.
Globalisation /
Advantages: Shakes feelings of isolation and loneliness, that produce in some regions of selfwithdrawal and sclerotic traditions (like the style of art school) that inhibit all creativity by confusing it with academic repetition.
(See the work of Paula Muhr on self-portrait, that of Krassimir Terziev and his extras, as well as that of Iosif Kiraly and his exported Roumanians) Disadvantages: Generates an openness to new horizons and other languages while paradoxically producing an international language or code (English, media image, costumes, urban planning, etc.), as well as a standardisation of behaviours and ways of thinking. (The work of Monique Deregibus in Odessa, Marseille and Sarajevo; students of “School nr. 7” by Vesselina Nikolaeva; image workers in “Breathing Factory" by Mark Curran embody this issue of globalisation). Today, a majority of concerned citizens in the middle and popular classes cling to the reactive idea of nation, rather than region.
Where the young Europe is made the idea of old Europe of the inter-war years comes undone, thus resulting in the identity withdrawal with its share of famous lands, traditions and dialects.
(This is the case with the series of hats by Olga Chernycheva, and the colourful characters in the series "God please help to get up in the morning" by Dana Kapralova). Globalisation becomes the crucible of a mind regionalisation because of a supposed loss of identity, or worse, because of an exacerbated and dangerous nationalism.
The dream to become a citizen of the world faces the millenarian fears of the identity dissolution. (See the anachronisms of Andrej Balco and Kollar Martin). And desperate capitalism plays on this ambiguity in order to introduce trouble into this cynical game of the powerful in power, by disguising this generous ideal.
(Photographs by Jiri David, portraits of politicians who pretend to cry, are examples). The underground project of capitalism is in fact to crush any hint of humanism in favour of steadily soaring capital gains, making the economic life and its counterpart (the capital) the unique ideal and possible way of life for millions of bonded labourers: the only identity required by people! and globally correct!
Photographic identities /
To the question "Where do we come from?", we are tempted to refer to a collective past, and to he origin of man and the land on which we live, till the origins of the photography emerging in the potato starch of a curious inventor. (Do not forget the memory of European heritage in its painful aspects: the Holocaust, treated with humour and hindsight by Pavel Maria Smejkal, and with discretion and modesty by Emmanuel Berry ; or the painful memory of the Armenian genocide in Stéphane Diremszian's family documents, as Turkey claimed its place in the European community. Similarly, the lingering odours of the constantly reborn monster of racism and exclusion are visible in Nathalie Mohadjer, outlining a significant evidence in a refugee camp after Sebrenitza).We must think of photography as a skylight opening onto a field of vision that strangely resembles the real, without sharing its identify, and as a reflection in a mirror that allows us to contemplate the past by confronting the absence of the subject; a field that should adorn itself with visionary thinking. This skylight, like Plato's Cave, appears to be a wonderful identity tool. And nobody is making a mistake by claiming today this precious right to an image. (The agreement of models is de rigueur, active participation of models in their portraits with Annet Van Der Voort and Olivier Chabanis which stare at the being, as Fangchen Dong also does in the superstitions of identity strata). The question "Who are we?" continues this reasoning in the news, referring us to thoughts and interpretations that should question our prejudices: photography as fundamental interrogation? The eye wakes up. (This is the case with the sharp and critical eyes of Leo Fabrizio and Olivier Metzger on anachronisms and architectural excesses of our time, and with the devastating humour of Martin Parr in "Boring" which, showed outside its context, becomes anything but boring).Finally, the question "Where are we going?" poses the problem of this constantly under construction identity in the future of history. The photographic image can then transformed into a symbol of awareness for a healthy conception of the future, in a genuine sustainable development related to another growth. (The mirrors-masks of tomorrow by Barbora Balkova)
The new humanist photography /
Everyone is fond of novelty, when things turn only cyclically and turn back on themselves in a galactic spiral. The photograph is not immune to the movement and must get out of the rut that would make of it and time a linear trajectory. Post-war French humanist photography, embodied by Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau and Edouard Boubat among others, has closed a loop in the late nineties, Raymond Depardon being its best illustration. (The latter is present in "Identity (ies) 08" with his "road movie" stroll in the cities of Europe, and his winks both striking and ironic)This humanist current has formed around a generous curiosity, shared by a generation of photographers always ready to illustrate the human phenomenon, addressed both in terms of timeliness and emotion, focusing on images of high aesthetic quality most often in black and white, loaded with anecdotes and meaningful "punctum". (This "punctum" that can be found in most photographers of “Identity (ies) 08” is clearly identified in Martin Kollar and Dana Kapralova.) The so-called contemporary photography which succeeded this humanist current, tired of repeating the old ones, opened on colour, replacing it with the pursuit of trivial or en abîme moments, in search of what is seen between the interstices of marked time and the instantaneous anecdote. It identifies more than it naturalistically describes these empty moments calling for the detachment and reflection, suspended moments not yet born, grazing questions ... (Paola Salerno and his Neapolitan return, Klavdij Sluban in the footsteps of his childhood between Lubijiana and Trieste). This new humanism, spurred on by critics such as Michel Poivert, has been reinforced by a reflection at the intersection of various disciplines such as human sciences, philosophy, anthropology, and so on : interdisciplinarity has entered the field of art (and photography was infatuated with architecture (Angel Marcos, Balthasar Burkhard), urbanism (Vincenzo Castella), sociology (Mark Curran), psychology (Dita Pepe), anthropology (Leo Fabrizo), history of art (Stanislas Amand). But if you look closer there is nothing new under the photographic sky when we retrospectively revisit the works of Lewis Hine or Dorothea Lange, as if the need for progress should constantly reinvent new forms that keep only the name, and summarise the surface. (Think of the soldiers in Iraq that Suzanne Opton photographed gently lying on their cheeks.)
We seize at this end the fathers of photography such as Walker Evans to install them in artistic pantheons, or we revisit their works, paradoxically recognising that everything had already been tagged once, but with humility ... (This is the case with timeless Spanish portraits of Virxilio Vieitez and his pair of communicant children). "I think the real function of the artist is social - and not therapeutic or decorative or symbolic. Art makes us think, asks questions and refers, more simply, to what we are and to the society we live in."
Jean-Louis Maubant, founder of the IAC of Villeurbanne. The art of individualistic obedience and source of aesthetic emotion is becoming societal and conceptual, as regards photography and we must rejoice rather than sadden ; under the condition that man keeps a central role in this process towards which all artistic creation should converge. What connects these two different eras differently engaged in a humanist vision, is this will, not affirmed enough today, for transmission of values, where the human being would keep the art's function, place and purpose; incumbents of "art for art's sake" therefore being returned to museums, academicisms, collections and private markets.
This new humanist photography, renamed as such, of which the French, American and German scenes represent the crown jewels, must keep this function of conscience revitaliser in the service of all, and therefore of a pedagogical and philosophical approach to life. It is upon this condition that it will continue to disrupt forms, which govern any human relationship.
Towards the West/East
Lyon Septembre de la photographie 08 had to contextualise this notion of identity within its own European framework, going to meet artists from the cultural scene in Europe, in order to present a non-exhaustive report on the state of the scene, but a report open to today's documentary and creative approach.
The commissioner revealed through hi choices, this forgotten reminiscence whether social or artistic, that migrations often move from East to West, the American model remains this vivacious and mythical motor in the minds of creators, both on the formal production and the commercial diffusion. (Eric Roux Fontaine nostalgically described an Elvis risen from the Eastern shore of Ireland and bent toward the mythological America).
The commissioner also recognised this desire for expansion and renewal in the works of the practitioners coming (back) from the East, with a lot of future interactions and exchanges between creators of images. (At the edge of multimedia research in the field of images at the intersection of social realities, the edifying works of Bulgarian Stefan Nikolaev, Pravdoliub Ivanov, Luchezar Boyadjiev, and Kamen Stoyanov).
Photography, with its own means, tried to tell us the story of finding the roots throughout the twentieth century, and gave an account of changes through the last two wars.
Since the fall of the Berlin Wall and at the dawn of this new era, photography of recent decades, certainly indebted historical facts in the East, reiterated today the treatment of contemporary forms, thus creating an impulse towards the West. And this while the reunited Europe of twenty seven now erases this East/West division by an enlargement policy of appeasement and collaboration, based on a social, economic and cultural vision.
With a lot of interactions and future exchanges, creative documentary photography is on its way to build a new heritage through fruitful exchanges between all these creators of the young Europe, and in its own way, Lyon, land of confluences, will contribute to it.
