L’être humain depuis toujours cherche à appréhender le mystère du « réel, l’écriture est en quelque sorte consubstantielle à sa nature. Les écritures se sont complexifiées au rythme de l’histoire, parmi elles la photographie, apparue tardivement, a immédiatement installé une complexité inhérente à son mode de représentation : identifiant la réalité et l’écriture de lumière, dans ses « a priori », engendrant la confusion du « réel identifié » avec l’illusion de réalité là où il n’y a « qu’image » produite, et non décalque immédiat.
La photographie a juxtaposé dès l’origine, une écriture visuelle à une écriture préexistante. La ville est de celles-ci, avec son langage architectural distribué à travers les époques par une syntaxe spatiale, que l’on peut traverser aussi bien avec son enveloppe corporelle , que par l’abstraction mentale du souvenir et de la mémoire gelées dans l’image. La photographie gravant cette image latente la transformant ensuite en mémoire autonome, substituant à une réalité urbanistique cette autre réalité à deux dimensions du photographique.
On parcourt une ville pour comprendre ses signes, comme on déchiffre ceux des pages d’un livre ou l’espace d’une photographie. Cette lecture certains photographes lui confèrent d’autres signifiés, d’autres référents.
Ajoutons à cela, que chaque photographe n’agit et n ‘interrompt l’ordre du réel que dans le champ de sa propre histoire, inscrivant son propre langage sur le plan de sa métaphysique. Cette « ville » n’existe que dans le « mental » et l’image de ses habitants, sans cesse en mutation à l’aune des décennies. Elle produit mille milliards de confrontations signifiantes, ici l’œuvre d’une quarantaine de photographes d’horizons multiples a été réuni afin de proposer un kaléidoscope de la comète Européenne.
« L’esprit des villes » s’est élaboré, d’abord sur l’idée de cet ensemble de mots spontanément apparus, aussi naturellement, qu’un enfant grandit selon sa propre nécessité, et qu’une métaphore associe l’ensemble urbain à une vertu féminine. Le projet s’est alors développé anarchiquement à l’instar des cités européennes depuis le moyen âge, du centre vers les périphéries, finissant par créer une mégapole de trente lieux et galeries d’exposition.
Cette direction artistique s’identifiant au rôle de l’architecte, a consisté à recevoir, puis à organiser un programme où les œuvres suivant une sélection ont dessiné un esprit : celui que l’on retrouve à posteriori dans les villes. L’accumulation conduisant à la répétition, finissant dans le choix obligé d’une unité retrouvée à partir de ces strates…Cette direction [urban]- artistique donc, a la volonté de montrer aux publics un choix large, dense et donc chaotique de tout ce que produit comme images, la ville aujourd’hui.
Avec l’espérance que les spectateurs s’y perdent afin eux-mêmes d’y découvrir leur propre parcours créatif.
Gilles Verneret, directeur artistique.
