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Le travail de Hans Van Der Meer s’inscrit parfaitement dans le cadre de notre société « tout sport » et on ne peut s’empêcher de se souvenir de ces années soixante, où le football était rangé en queue d’information à la dernière page des sports. Epoque ancienne en noir et blanc, où l’on écoutait les matchs en direct sur des transistors grésillants. Europe1, 1961 : un fameux « France brésil 5-1 » avec Yvon Douis aux mythiques chaussettes baissées sur les mollets, qui se jouait de la défense brésilienne, pendant que Kopa préparait son départ : heureux temps de la jeunesse de toute une génération !

Le football a depuis, envahi les « Unes » de l’info mondialisée qui continue son travail de sape de désinformation… Excusez du peu, dans l’exemple qui nous concerne : avec les exploits de l’Olympique Lyonnais, relayé par un maire supporter de toutes les victoires du champion de France, qui passent avant l’Irak et le Tsunami ! Qui ou que peut-on blâmer à cet égard ? …les journalistes ! Suiveurs des rêves puérils de milliards d’enfants en quête de divertissement différé, ou des penchants désenchantés de leurs lecteurs-auditeurs ? Alors que tout le monde s’entend, politiques et industriels, hommes de tous bords et de toute classe, pour assister béat, aux exploits télévisuels de 24 milliardaires, qui se livrent une lutte sans merci, sur une pelouse physico-médiatique. Démons lucratifs et mystiques comme douze apôtres relayés par un Jésus arbitral qui se fait siffler au penalty manqué, d’un retour de l’histoire de la Rome antique revisitée avec ses gladiateurs d’Euros vêtus …

Lyon, jadis inconnue d’Europe, depuis le titre du championnat, s’y fait connaître et reconnaître économiquement, non pas grâce à ses galeries d’art, n’en déplaise aux acteurs culturels, mais bien par les hollas de ses supporters enthousiastes et de ce passeport du ballon rond. Mais qu’importe pour lui, pourvu qu’on ait l’ivresse ; et qu’elle saisisse aussi le « Bleu du ciel » premiers aficionados des coups francs liftés de Juninho mais aussi des tirs photographiques du « Football » de Hans Van Der Meer avec le soutien du F.N.AC de Paris. Cultivant l’espoir minime de participer à ce grand élan sportif régional, qui en terme de quantité de spectateurs potentiels, n’égalera que celle de ses petits matchs de banlieue ou de campagne que nous décrit avec beaucoup de talent le photographe hollandais. Ce nouveau Van Gogh de la pellicule argentique a enregistré méticuleusement au fil des rencontres des championnats régionaux de Provence, tous les dribbles et corners des Dupont et Durand de ces stades désertés, mais adossés contre la belle lumière du sud aux champs de campagne ou aux églises des villages. Sa qualité d’acuité de regard porté, entraînant une réflexion sociologique sur ces véritables acteurs de terrain, tous habités par la gestuelle ou les rictus de la rage de gagner, du fameux « goal » qui fait avaler toutes les désillusions de la vie quotidienne de province. On comprend à travers eux, fort de la distance de l’objectif et de l’humour du voyeur, qu’à toutes les échelles de la société humaine le footballeur reste un loup pour l’homme, c’est à dire un mammifère entre les mammifères qui défend son territoire, ponctué de coups de sifflets, avec pour seule spécificité d’espèce : le sens du jeu et le respect des règles.Et quand Dupont marque c’est la même joie que lorsque Gouvou ou Zidane marquent, la même joie que dans les jeux vidéo et dans toutes les imaginations d’éternels enfants joueurs. Le même enjeu même si le gain et la notoriété en sont absents, ainsi que les supporters. Ces photographies nous font aimer le Football pour ce qu’il est : un jeu joyeux ! Et la photographie encore plus comme un miroir fidèle du réel, qui n’est pas le privilège de beaucoup d’arts.

Gilles Verneret / mars 2005