///Chaque photographe possède son territoire intime, qu'il capture dans la boite noire de son esprit, puis projette sur une surface plane à deux dimensions. L'homme photographe a pour nature d'être solitaire et la photographie pour essence d'être silencieuse. Cette petite musique des silences est propre au visionnaire, qui porte son regard étranger sur le monde environnant, y délimitant comme le mammifère, sa trace de lumière, avec persévérance et circonspection. De pauses en vues prisonnières, s'y fait jour son patrimoine photographique, transformant le faiseur d'images en auteur, quand son imago intérieure a super- posé ses visions, à celles infinies du Réel.
Les photographies se font alors muettes, éternisées dans le bromure d'argent, elles font jonction avec l'œil du double : spectateur révélé, révélateur d'univers enfouis, qui délivre paradoxalement l'artiste de sa solitude. L'œuvre perdure, échappe au démiurge et le remplissant de paix et d'insatisfaction mêlées, le pousse vers d'autres miroirs à saisir avec grâce ou préméditation. Est-il besoin d'ajouter que la bonne photographie est lecture de l'inconscient ? Témoin ces photographes pèlerins des territoires des silences. Qu'ils ouvrent leurs objectifs sur des paysages, nus ou peri-urbains, des visages intimes ou étrangers, nuits des autoroutes allant nulle part, ou plages désertes, monuments défiant la lumière, c'est de leur sensibilité particulière dont ils nous entretiennent. A nous… et vous, de voir, à travers ces séries qu'ils présentent sur fond de Bleu du ciel. |
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