Du 6 janvier au 5 février 2005
_Julien GUINAND / Tatiana MILENKOVIC // Marie BARONNET
"Paysages Interstitiels"
/Julien GUINAND




courtesy galerie Le Réverbère
Dans les photos de Julien Guinand, les personnages (les paysages aussi d'une certaine manière) sont absents à eux-mêmes, retirés momentanément à leur environnement et occupations, glissés dans une faille du temps. Ils ne rêvent ni ne méditent, non, ils sont juste un peu absents, un peu ailleurs. À deux pas, l'eau et le temps poursuivent, sans eux, leur cours inexorable et monotone. Guinand saisit de brefs temps morts, le hors champ du temps, les silences de la pensée et du désir, des bribes d'inconscient. La chronophotographie montrait des parcelles de mouvement invisibles à l'œil nu, Guinand montre des parcelles d'immobilité invisibles même à celui qui les vit. Bonheur de la photographie quand elle se fait la trace des petites énigmes disséminées parmi la réalité nue.
Jean Emmanuel Denave, 2005
/Tatiana MILENKOVIC




Il y a au Québec en moyenne cinq habitants au km². En dehors de Montréal (qui comprend la moitié de la population totale) et de Québec, les grandes agglomération sont rares. La civilisation s’est concentrée sur les rives du Saint Laurent, le fleuve facilitant les échanges. Ces images ont été réalisées sur la côte nord du Saint Laurent à l’extrémité est de celle ci, dans la région appelée Côte Nord. Les trois cent derniers kilomètres de la route qui relie les rares villages jusqu’à Natashquan (village cul de sac de cette unique route) ont été construits il y a moins de dix ans. Mais la sensation d’isolement n’en est pas moins présente. Il règne un calme absolu dans ces paysages immaculés, déserts d’humains, dérangés uniquement par le son continu du vent. La trace de l’homme y est rare. Elle est un mélange poignant d’humilité et de désir de modernisation. Perdues dans ce désert blanc, les maisons sont les mêmes que celles de la banlieue de Montréal ; témoignage de la tentative avortée de peupler ces régions au climat extrême. Seuls quelques hommes s’accrochent à ce coin oublié du monde. Pour nous habitués des métropoles au mouvement constant et au changement perpétuel, il est difficile de comprendre leurs motivations.
Le secret de ce lieu est tout simplement la beauté. Où que l’on porte son regard, tout nous renvoie à nous mêmes. Il y a dans ces paysages dépouillés, immuables, une simple sensation d’être au monde, d’être là, qui est le trésor des habitants de la Côte Nord, dont les ancêtres, pionniers de ces régions hostiles, furent poussés là par le désir de vivre en autarcie. Mes images sont empreintes de ce que j’ai trouvé là bas : le vide. Le vide et la froideur sont exacerbés par une lumière oblique qui rend monumentale et solennelle chaque forme. J’ai posé sur ce décor un regard frontal et descriptif sans tenter de le sublimer car il possède une vertu de fond, la simplicité. Malgré une architecture sans finesse, empêtrée dans un enchevêtrement de fils électriques, il y a une beauté intrinsèque. La beauté est constitutive de ce lieu, sans elle il n’y aurait plus d’hommes depuis longtemps.
/Marie Baronnet







De la vie, de l'intime.
L'univers de Marie Baronnet gravite autour de cette intimité, cette parenthèse intérieure où s'inscrit l'identité, où s'imprègne l'existence. Une intimité révélée par le contexte, l'environnement. Environnement de l'être, périphérie de soi.
Ce qui encadre définit. Ce qui est défini encadre. C'est dans cette interaction que la photographe développe son sujet. Avec un goût prononcé pour le poétique (poétique du lieu, poétique de l'instant), elle consacre l'individu. Elle relève sa présence, elle dévoile son état, elle polarise sa trace.
Une présence, un état, une trace. De l'errance sous forme de prose.
(...)
En révélant le précaire, le transitoire, le construit dans le non construit comme signe d'existence, cette série évoque une grande humanité. L'homme, entité fragile et éphémère, persiste à être, persiste à découvrir sa trace comme un fait naturel. Les clichés de Marie Baronnet souligne cela.
L'homme, sa marque, son empreinte, toujours.
Frank RICHARD
