Heinrich MUHLE est né à Kassel en 1961. A fait des études de désign / arts appliqués à Vienne : « Universität für Angewandte Kunst"
Vit et travaille à Berlin dans une agence de design.
A publié à compte d’auteur plusieurs ouvrages de poésie et a commencé la photographie en 2005. “Sissi Freud in Vienna” est son premier travail abouti. Le second « Between two ages » en collaboration avec S.Coe en cours.
Heinrich MUHLE est aussi contre bassiste..






























Projet « Between two ages »
Croisé Sabine C. dans un Musée Viennois devant une toile de Egon Schiele. Tous deux bardés d’appareils. A peine le temps d’ enclencher nos obturateurs avec nos visages glacés par le froid très vif cette année là (2008) et un dialogue au café Pruckl , où nous décidons de se revoir, plus tard. Tous deux mariés. Tous deux de culture germanique. Moi ayant fait mes études à Vienne. Elle à Londres, professeur de l’art. Moi designer dans Berlin. Tous deux passionnés de photographie et désireux de réaliser des expositions.
Et ces vingt ans qui nous séparent et la font rire. Moi le pygmalion à l’exception dans la pratique photographique, où nous avons débuté la même année ! Décidé de nous construire un projet croisé et commun « Between two ages ».
Deux regards de photographes rapprochés, l’un sur l’autre, l’un en noir et blanc pour marquer la distance, l’autre en couleur. D’une femme sur un homme, d’un homme sur une femme. Tous les deux se retrouvant à Vienne loin leur vie quotidienne, sur ce passé romantique, accompagné par les Marches de Strauss et de Radetsky. Tous deux baignés par la littérature Rilke, Kafka, Roth et et Zweig. Moi qui lui a parlé de Freud et de ma psychanalyse avortée, devant la maison du maître, obstruée par des « lapsus visio ». Elle avec son Bonnet blanc, et ce couteau sur l’affiche qui tranche dans le désir.
Diary : Sissi Freud in Vienna (Texte et photgraphies de Heinrich Mühle)
Traduction du texte en français par Sabine Koestler (sabine_koestler@yahoo.de)
Arrivé sur les lieux
Prêt à tout te donner
Dans ce West Bahnoff
Où s’égarent la neige et les trams
Je somnolais dans la chambre d’hôtel
Sous les mitraillements de ton oeil.
Je me donne,
Mange moi.


Blanc bonnet
Comme sorti du puits de ta traduction.
Mes traces de pas sur la neige vierge
Ce manteau de mes sentiments interdits
Toi, si douce
Passant sous la tonnelle
En hommage furtif
A Klimt.

L’amour naît dans un regard
Je t’ai observée
D’en haut
Senti le tien qui m’absorbait longuement,
monter en douceur
Dans cet instant
De réflexion (conjuguée)
Avec tes mains posées à la hussarde
hardiment sur tes hanches
comme un modèle de Egon Schiele
des années vingt.

Ton regard est si bleu
Comme un azur alpin
D’ailleurs très loin
Elisabeth
Du temps des impératrices au teint d’agathe
A la peau qui rougit d’émotion
Quand ton regard se voile
De l’intérieur.

Ce silence léger
Et intense
Quand tu me regardes
Camouflée derrière ta machine
Tes doigts fins
L’agrippant maladroitement
Comme les serres de l’aigle autrichien
Quand tu te redresses
Jusqu’au bout des ongles.

« Reflections beetween two
Golden ages »
Tu a trouvé « golden » de trop !
Cette pomme de tes joues
Que j’aimerais croquer
et ravir de baisers…
La différence d’âge ?
L’amour s’en charge
Dans l’instant
Et la dilue
Dans la présence
Du partage de nos âmes.

La femme jeune
et belle
Mûre ou tendre
Tient l’homme par la main
Dans le dédale
Des avenues viennoises
Comme cette patisserie Freudienne
Lapsus visio
Qui les font sourire
(Sigmund lui aussi interdit d’entrée par une fourgonnette de transport
amoureux)


Schiele le jeune peintre
Fou et martyr
Apollinaire
Le poète errant de la nuit, tous deux étendus
Sur leur lit de la mort espagnole.
Eternels survivants épargnés de la souillure du temps
Les traits de la jeunesse abandonnés
Sur leur rictus mortuaire,
Comme si la mort lâchait son pouvoir
De destruction et que les deux jeunes gens s’envolaient
Libres et légers.
Croisé Roth en lettres Offset
Sur un poids lourd en transit vers cette marche de Radestky
D’un empire interminable et dérisoire
Qui n‘en peut plus d’être franchie !
Nous deux affranchis
Avançons les traits figés par la brise glacée
Dans le grand jardin du Kaiser doré
Palais en réparation
Au gré de nos pas incertains
Et de cet amour pour toi Sissi
Princesse qui titube dans le froid à l’entrée du château
Où résonne le « stop »
soudain baignée comme une icône
d’une lumière intemporelle et sublime.

« Vienne la nuit
Romantique et noire
Sonne l’heure
Dure du départ
Je demeure
Seul dans ce bar
Un dernier cliché dans la gueule
Seul
Toi évanouie dans l’alcool.

Moi qui ne sais pas danser
Je t’aurais enlevé Sabine
Dans une valse d’opéra
Où toutes les télévisions du pays
Chantent le people et ma joie d’être
Près de toi.
Et ma mélancolie anticipe
l’abandon qui pèse déjà
comme un poids qui n’en finit pas d’agoniser
sur cet empire du couple
aux sens blessés.
Et tu la réanimes Sissi
Cette « love story board »
Cette flamme du
« silence on aime »
qui n’a besoin pour tourner
comme va le monde des sentiments
Que du souffle chaud de nos respirations
Dans ce froid glacé de Vienne
Et qui scintille dans le viseur
Des deux voyeurs.
(à ce vocable je te dis préferer celui d’observer)
Mais Sissi
De joie !
« Freude » soudain
l’a rattrapée !

Tu n’apprécies que « l’argent de nos mémoires »
Celui scellé à la surface de l’image
Au toucher lisse comme ta peau,
Sur laquelle glisse
Nos instants rares,
Ponctués des claquements rauques et noirs
De nos obturateurs
Des sentiments.

Le souvenir s’affiche mortifère
Dans les rictus gris saisis
par la peinture de famille de Gerhardt Richter
Tu l’as contemplée
Lentement, muette
Belle comme la petite fille ( une seconde entrevue)
Qui repassait en revue
Le temps qui a fait d’elle cette femme.
A la pointe du visage
Sous la fine pellicule qui recouvre l’image
L’argentique s’implante dans l’âme
Comme un avenir défunt.
Ton sourire pur, lumineux
dévide cette nostalgie que tu chéris
De la peur de la voir dépérir
Extraites de ces larmes
Qui sont les miennes
Et endommagent ma mémoire.

Tu épelles « der mond »
Comme le monde
Comme la femme en toi prisonnière,
Comme le mystère de la beauté
Qui enfante la beauté
Si éloignés des enfants morts nés de
L’art nouveau né .

Sissi
Que j’imagine « disparue »
Dans le Musée d’Albertina
Avec ce Proust viennois
Et ces madeleines gravées dans le rêve de l’écriture.
Accoudée devant l’histoire,
Sabine retrouvée
Prépare un « au revoir »
Solitaire au milieu de ces façades vaniteuses et moroses.
Et sa petite tête sous son chapeau
Délicate comme un Verlaine
Dodeline doucement
Au gré de son être.

Croisé l’Arcane « du chariot »
Sur la grande place dèsuette
Surplombé d’un St Etienne de pacotille
Et j’ai noté
« Saturne est passé par là ! »
qui a ravi ma jeunesse
Du moins l’ai-je pressenti,
Dans ton absence sous entendue,
avec ce couteau publicitaire, sanglant, phallique qui tranche
dans nos vies impossibles.
Le beau Danube bleu
Etait vert, triste et gris
Ce midi où même le Kaiser sous cape
Entonnait une chanson traditionnelle française
«… elle avait un joli nom mon guide…Sabine… »
Elle dépliait son plan déchiré par le vent et laissait échapper des larmes
Que je voulais d’amour…
qui n’étaient que de glace
traces d’émotion imperméables de ce froid indéfinissable de la relation
Sur ces jolies joues rosées et frigorifiées
Et la maison de Freud restait introuvable,
Fantasmes incertains de nos allées et avenues de marbre blanc.
Cantina Mediterannée Bahnhoff
Nous ne pouvons pas expliquer, ni comprendre l’amour tant il est fugitif.
Sur la télévision de la cantina passe le résumé filmé de l’open bal de l’Opéra de Vienne avec tous les « people « autrichiens d’aujourd’hui en robe et costumes de gala.
Il ne se supporte pas dans le quotidien.
L’amour est intensité extra ordinarité. (loin du vulgaire)
Fugace silencieux.
Il a peu de rapports avec l’acte sexuel qui en est pourtant l’aboutissement
Mais qui peut se réaliser sans lui (dixit Platon).
L’amour même sans l’étreinte est charnel.
Freud a tort quand il affirme que l’amour est avant tout sexuel. (lu quelque part…)
C’est à Vienne même qu’il est contredit. « lapsus Visio »
L’amour est rencontre des âmes. Il se nourrit d’une forme d’électricité … magnétique qui unit les deux protagonistes.
Sur un grand miroir, il y’a dix neuf ballons rose bonbon, en forme de coeur.
J’ai le mien serré. Comme ce café noyé dans le lait maternel…
Le coeur ne se nourrit ni de bière, ni de saucisse et Sissi n’est plus là.
L’amour est unique mais reste l’exact opposé de la jalousie, à laquelle on l’associe communément à tort.
Il n’ y a pas d’appartenance dans l’amour. (reste en partance)
J’écris ces mièvreries comme ces ballons flottant sur le miroir.
Des clichés comme ceux que l’on a pris avec Sissi.
L’amour est devenu « cliché ».
Peut être les hommes l’ont-ils oublié ?
Laissé sur le bas côté des autoroutes…

Peut être pas , ils s’en réclament sans cesse avec des mitraillettes…
Peut être que ces jeunes gens qui s’embrassent goulûment dans l’escalator le
vivent vraiment ?
Je le crois.
On vide de sens, tous les mots forts , on les déforme.
AMOUR VERITE MORT ESPRIT LIBERTE … Tous obsolètes et ramenés à
l’état sandwichs des halls de gare…
Tout devient d’une banalité effrayante.
« L’important c’est d’aimer » a filmé le cinéste franco -polonais Zulawski
avec Romy l’autrichienne, qui a joué Sissi , et à qui Sabine ressemble. Une
espèce de rudesse paysanne. Une odeur de chalet.
La même transparence que chez Schneider, le même éclat, sans doute moins
intense aux yeux de la masse. Chaque star du ciel illumine l’espace qu’elle
peut !…Mais les stars s’éteignent un jour, mortes en puissance. Marilyn
comme Romy mortes d’absolue solitude…
Et l’amour ne se décrypte pas sur du papier glacé et des souvenirs
imaginaires.

Le temps est glacé, j’ai photographié Sissi avec son bonnet blanc et ne suis
jamais parvenu à sonder le mystère de son être, ce qui ne m’importait
guère… Au fond.
