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Ymane Fakhir

Le travail photographique d’Ymane Fakhir consiste à documenter l’univers du féminin dans des territoires à la fois orientaux et occidentaux.
Dans ses photographies, elle montre des détails apparemment triviaux : son trousseau de jeune mariée, les rituels sociaux qui président à une cérémonie de mariage traditionnel, les mannequins qui occupent les vitrines du commerce mondialisé, le devenir « périphérique » du monde rural. Chaque détail, sur un mode métonymique, révèle les contradictions profondes qui irriguent sa culture d’origine.

/ "Le trousseau" / 2005-2007

Une malle, deux valises, des cartons, des sacs et des boîtes.
Vers l’âge de mes huit ans, ma mère s’est mise à acheter, commander, faire coudre et broder par des professionnelles tout ce qui lui paraissait nécessaire pour le trousseau de sa fille, la contribution matérielle de la future mariée au patrimoine de sa future famille.
D’année en année, je découvrais de nouveaux articles qui venaient s’ajouter aux anciens que ma mère sortait de leur emballage pour les aérer et éviter que les mites et autres nuisibles ne viennent les détériorer.
Pendant longtemps je n’ai pas trop su que penser de cet assemblage d’objets. Je voulais m’approprier à ma manière ce patrimoine de vingt années qui m’était destiné mais qui ne m’appartenait pas.
À partir de l’année 2005 et pendant chacun de mes séjours au Maroc, j’ai commencé à sortir les lourdes malles et valises des placards et des greniers, à les vider et à préparer les objets pour réaliser les prises de vue sur fond blanc.
Dès le début du projet, j’ai décidé de ne pas montrer les objets dans toute leur splendeur mais tout simplement comme s’il s’agissait d’œuvres à part entière, des sculptures et non pas des objets d’apparat. On découvre un amas de perles, des souliers, des fleurs, des superpositions de tissus non dépliés, des boîtes qui renferment, sans doute, des bijoux précieux. Je voulais les présenter « dans leur emballage d’origine. » Les photographies montrent ces objets liés au corps, panoplie de la parfaite petite mariée. Ce sont les objets d’un monde clos, d’un monde tourné vers l’intérieur et l’intime.
Je pose ainsi la question de la mémoire, du patrimoine, de la transmission de l’héritage posée par l’existence de cette collection d’objets. Doit-on accepter ce patrimoine culturel ou pas ? Peut-on le ranger de côté et l’oublier peu à peu ? J’ai finalement choisi de le montrer, mais partiellement, dévoilant le contenant plus que le contenu.

// "Le bouquet" / 2006-2007

Le deuxième volet intitulé « le bouquet » contient une série de photographies de fleurs réalisées spécialement pour les fêtes (mariage, naissance baptême) et de voitures décorées. Je photographie les bouquets dont la composition est surchargée, les feuilles de cactus sont peintes couleur argent, les rubans de satins viennent se poser sur le papier cellophane qui protège le bouquet. Pas de kitsch à l’occidentale ici, nous sommes dans l’esthétisme populaire, spontané et naïf des cultures orientales. Cette série comporte aussi des photographies de voitures décorées de satin et de fleur en l’honneur des mariées.

 

/// "Un ange passe"

Ces images sont le récit d’un mariage marocain. Cet univers de couleurs reflète un monde imaginaire où les invités deviennent acteurs. Tout est maquillage, séduction et théâtre. À chaque passage de l’épousée avec de nouvelles tenues, de nouveaux maquillages et accessoires où strass et paillettes sont à l’honneur, on cesse de manger, de boire, de discuter pour admirer et commenter le spectacle proposé.
La musique de l’orchestre accompagne les mariés. Ils sont acclamés, observés, scrutés tout au long du trajet qui les mène vers le canapé élevé sur un podium où ils seront exposés au regard de la très nombreuse assistance.
Ils sourient légèrement, hochent la tête pour dire bonjour tandis que des « negafats », accompagnatrices spécialisées en décorum nuptial, les guident dans leurs gestes, postures et positions, leur montrent comment ls doivent se tenir la main par exemple. Leurs moindres gestes sont dirigés et conseillés. Certes c’est l’événement le plus important de la vie de la jeune fille arabe. Élevée dans le culte du mariage comme apogée de l’existence et comme un acte essentiel. Le jour de ses noces, elle est à la fois reine et objet de mise en scène d'un spectacle familial.