Le monde nous précède, et il nous précède comme donné. Je dis cela en ces termes aujourd'hui, mais c'est bien le sentiment que j'avais lors des si fréquentes promenades de l'enfance, où qu'elles m'aient conduit. Le plus souvent quelqu'un les guidait, qui me transmettait le monde comme un aliment, et le plus savoureux qui nous soit donné. Il fallait seulement aimer ces moments et toutes ces choses profuses (parfois heureuses, parfois plus tristes) ; il suffisait d'attendre et d'accorder son temps face à son temps là à soi. Je faisais l'expérience des lumières, des matières. Certains matins, il me semblait que tous les sens étaient éveillés par ce qui s'éveillait au jour, qu'ils étaient requis avec une intensité singulière et même confondante - au point que je me dis aujourd'hui que leur affolement n'était que le signe d'un autre sens, que je voudrais appeler le sens du donné, le goût de mesurer patiemment son immensité. C'est ainsi que je suis devenu photographe
BIOGRAPHIE |