RETOUR

Bernard DEMENGE

"Quand j'examine une à une les photos de ma famille, quand je prélève quelques détails en les re-photographiant, je pratique une opération morbide, une sorte d'autopsie sur des corps figés. J'enquête, je cherche ce qui serait passé inaperçu, l'élément que le photographe n'aurait pas vu, l'erreur, la faille, l'image dans l'image (…).
Embusqué derrière le trou de mon appareil, je me repasse les photos une à une. Je suis en retrait du monde, l'oeil grand ouvert, scrutant un paysage désolé, peuplé de grains arides qui décomposent plutôt qu'ils ne composent des visages, des corps, des objets figés dans la gélatine…
Voyeur après coup, chercheur d'indices déçu, je porte un regard ambigu.
J'invente, j'affabule. Pour prélever une image à l'image, je retire de l'image autour d'un nouveau cadre que j'impose. Je n'ai pas à faire avec des vivants. Je choisis des décors, je profite de l'innocence de mes acteurs involontaires. Je manipule leurs expressions et j'insinue des menaces, des souffrances inexpliquées. Je démonte cette volonté de bonheur affiché si peu crédible (…).
Nées de la réalité, manipulables, "amoureuses de la déformation", les photographies sont d'une nature perverse. Avec elles nous sommes devenus des spectateurs désabusés du monde. L'abondance des images forme un spectacle réducteur, insipide et illusoire. Un écran saturé se constitue devant nos yeux, presque confortable. Il installe une fissure discrète, insidieuse et profonde, entre nous et notre réalité (…).
Nous sommes condamnés à vivre avec ce bégaiement visuel malsain qui génère une quantité pléthorique d'images. Je ne souhaite pas en créer de nouvelles. Je regarde celles qui sont à ma disposition, les plus domestiques. Je prends acte du rapport pervers qu'entretient toute photo avec la réalité. Je me sers de ce lien distendu, torturé, mais jamais rompu. Je ne découpe pas de scènes précises, de drames explicables. Je reste dans ce territoire favori de la photographie qu'est l'innommable."

Bernard Demenge





Bernard DEMENGE est né en 1959
Ouvrier dans l’industrie textile - militant syndical et politique de 1976 à 1989

Etudes (reprises en 1990) :

D.N.S.E.P. - 1995 - beaux-arts de Metz
Admis au concours de professeur d’arts appliqués en lycée professionnel - 1998
Actuellement prof. au Lycée Hanzelet de Pont à Mousson

Bourses et prix :

Aide individuelle à la création - D.R.A.C. - 1997
Nomination « Voies off » Arles - 2000
Lauréat « Attention Talent Photo » Nord-est F.N.A.C. - 2002
Nomination pour le « prix F.N.A.C. européen de la photographie » Arles - 2003
Sélection « Voies off » Arles - 2004
Sélection « voies off » Arles – 2005

Parutions :

« Photos Nouvelles » N°35 - Septembre Octobre - 2005

Expositions collectives :

La stratégie du tableau - Metz -1993
Effet de Champs - Metz - 1994
Cinquième - Metz - 1995
M & M - Mulhouse - 1995
Projection aux Rencontres - « Voies Off » - « Le vrai du faux » - Arles -2000
Projection aux Rencontres - « Ateliers de nuit » - « Fissure » - Arles - 2003
Projection aux Rencontres - « Voies off » - « Paparazzi domestique » - Arles - 2004
Projection « Off des Transphotographiques » - « Paparazzi domestique » - Lilles - 2005
Projection aux Rencontres - « Voies off » - « Art moyen » - Arles - 2005

Expositions personnelles :

« Le vrai du faux et vice versa » - Galerie Œil - Forbach - 1997
Dans le cadre de la manifestation « Ici l’ombre » - Galerie Œil - Forbach - 1998
« Fissure » - F.N.A.C. Montparnasse - Paris, Reims, Nîmes - 2002, 2003, 2004
« Fissure » - La galerie de la Filature - Mulhouse - 2005

© Le Bleu du Ciel 2010