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Briag COURTEAUX/ "Identité"

"J'ai réalisé ce reportage durant l'hiver 2007 pendant l'action « Des Enfants de Don Quichotte » au Canal St Martin. Au milieu de cette médiatisation massive, j'ai voulu apporter un autre regard.

Je montre à travers ces portraits, les individus, leur histoire, leur chemin et leur vie. Il me paraît primordial de donner une présence et une légitimité à ceux qui sont au cœur du problème ; leur donner un droit de parole. Les témoignages sonores que j'ai enregistrés restituent cette parole.

A travers les portraits, je remets en scène un jeu de regards qui n'existe plus. Le spectateur (le bien intégré à la société) va croiser le regard du sans-abri dans un face à face qui ne se produit plus dans le quotidien. Ces absences de regards échangés contribuent à fragiliser l'identité de ces personnes. Les corps des passants et des sans-abris se croisent en permanence sans que s'entrecroisent les histoires, sans que se partagent les points communs.

SDF, un sigle. Sans Domicile Fixe, trois mots. Leur histoire ne se résume pas à ça, à trois mots. Les personnes que j'ai rencontrées m'ont fait confiance. Elles se sont livrées à moi et je veux, à mon tour transmettre aux autres, pour que " L'après Canal St Martin " ne soit pas stérile."

Briag Courteaux.








Identité
de Briag Courteaux


Il pourrait venir à l’esprit de chacun en voyant ces grands portraits noir et blanc que l’humain qu’il révèle est un peu « crasse » ou pire « crade », qui serait oublier « que là où il y’a de l’humain ça sent la merde » comme écrivait Antonin Artaud, ceci chez les princes comme chez les sans grades.
Ces visages d’hommes nous sautent aux yeux et nous mettent mal à l’aise, comme tous ces oubliés de la croissance, que l’on croise sempiternellement dans toutes les mégapoles du monde moderne, et qui en général nous agacent, faisant se détourner pudiquement notre regard.
Et pourtant ce sont des hommes, (paradoxalement il n’y a pas de femmes chez Courteaux), complètement des hommes dignes ou résignés qui nous dévisagent en retour, sans atour et surtout avec l’épaisseur de l’authenticité. Pas de masques ou de fards, sur ces visages, seulement habités par la présence de « l’être là , nue. Pas d’arrogance du costume social qui travestit l’être, pas d’identité non plus, de celle qui font les C.V des puissants.
Ces hommes sont nus et la déchirure de leur mémoire meurtrie imprègne tous leurs traits et dérange notre confort moral, nous renvoyant à notre propre ombre de souffrance et de cupidité mêlées.
Ne nous voilons pas le cœur : ni la joie, ni la sérénité ne les habitent, simplement une résignation blessée et fière. Ils ne sont pas enviables, mais jamais non plus n’appellent la pitié, car ils sont ce qu’ils sont de tous les pores de leur peau : vrais et anonymes, ne nous délivrant aucune curiosité à leur égard, de celle qui fait la séduction des heureux. Ce sont pourtant des stars du macadam, qui lorsqu’on baisse le regard vers eux réveillent leur intelligence d’hommes, celle de ces sans logis, sans travail et sans amour.
Ces abandonnés de cette république qui pourtant affirme avec arrogance sur les frontispices de ses palais de marbre, ses slogans mensongers : « égalité, fraternité ». L’on devrait avoir la dignité de les y effacer… Mais nos dirigeants répondront, qu’on ne peut rien y faire, qu’ils sont le prix à payer de la croissance et de la richesse des riches, alors qu’un projet de loi interdisant la condition de sans domicile fixe, réglerait en partie le problème… Mais l’argent des contribuables ne renfloue que les banques, pour sauver la crise, c’est bien connu…
Sur leur front le silence, dans leur regard l’interrogation et la pureté d’une condition qui leur est tombée dessus… Fatalement oblige !!!
Sans illusions, nos frères humains.
Briag Courteaux ce jeune homme d’à peine trente ans, sorti de Montmorency et déjà ouvert aux autres, les aborde à la fois avec délicatesse et dureté. Il les laisse être et porte leur parole jusqu’à nous. Son traitement s’apparente à celui d’un Pierre Gonnord, la fascination en moins, ou d’un Craigie Horsfield avec la rigueur esthétique documentaire de leur tonalité grisailleuse. Il les baigne et nous plonge par là -même, dans l’univers sonore et indistinct de la rue. Ce macadam indifférent comme les moteurs de nos automobiles, qui elles seules envahissent l’espace. Eux, les hommes, sur le sol, comme cloués, la main tendue et le sourire ou la tristesse aux lèvres attendent que ça passe…
Peut-être que dans une galerie d’art ce macadam résonnera –t-il d’une autre sonorité, leur octroyant une écoute plus attentive… à leurs mots, leurs maux… qui sait?

Gilles Verneret

Briag Courteaux est né en 1979.
Il vit et travaille à Paris en tant que photographe indépendant.
De formation autodidacte, il expose ses premières compositions de "peinture photographique" à l'âge de 18 ans au "Printemps des rues".
Il rapporte de son voyage en Afrique une exposition intitulée "Murs murs d’Afrique" qui sera présentée à la Galerie "Vents de Voyages" ainsi qu'aux "Chroniques Nomades Off". Il pratique également la photographie de théâtre et de danse auprès des compagnies le théâtre du Destin, Pampe Danse Compagny, Déséquilibres.
Par la suite, son travail s'ancre dans une démarche sociale et engagée au travers de reportages photographiques de proximité participant à la prise de conscience commune des problèmes sociaux. Deux reportages majeurs ont éclos de cette démarche : "Un Noël chez Les petits frères des pauvres" ainsi que " Identité " réalisée lors de l’action des enfants de Don Quichotte au canal Saint-Martin.

Il travaille actuellement à la mise en place d'un atelier photographique et sonore pour et avec les enfants atteints de cancers soignés à l’hôpital " Gustave Roussy " et collabore continuellement au journal de rue "MACADAM".

2008 : Lauréat Mission Jeunes Artistes au Musée des Abattoirs de Toulouse

Quelques expositions récentes :

2009 : « Identité », Galerie Le Bleu du Ciel, (Lyon)
2009 : « Identité » Diaporama Collectif, (Arles)
2008-2009 : « Homeless », Sardice school, (Moravie, République Tchèque).
2008 : « Homeless », Art Gallery of Bzenec, (Moravie, République Tchèque).

© Le Bleu du Ciel 2010