"Je marche encore dans les rides qui découpent son visage, dans les crevasses qui déchirent sa peau comme le carton d’un vieux masque, comme un souvenir aplati, une vieille photographie ; de la fausse poussière, une nostalgie fabriquée et je cours encore sur ces corps écrasés, après ces peaux collées sur le papier qui ne savent si on les regarde ou si on les abandonne ; nous courons loin de ce passé sans histoire, de plus en plus vite, dans ce monde qui n’ose plus penser son avenir et encore, toujours devant nous, tous ces gens qui nous attendent ressemblent déjà à de faux souvenirs en carton, rapidement vieillis par une main délicate et attentionnée, une main fine et sans histoires : peut-être existerions-nous, nous aussi, si seulement elle nous arrêtait, d’un coup expert et décidé, dans ce temps artificiel qui ressemble à une dentelle de poussière."
Laurent Bramardi.
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