En 1999, lors d'une parution d'un magazine féminin, on pouvait voir en couverture le mannequin Laetitia Casta accompagné de ce titre évocateur : « La plus belle femme du monde ». En regardant un peu mieux l'image, on pouvait constater que la plus belle femme du monde avait hérité malencontreusement de deux pieds droits. A force de retouches, la magnifique Laetitia Casta s'était transformée en créature non définie. Tel cet exemple, Le travail de Clara Arozarena met en scène la fragile frontière entre la perfection et le grotesque.
Photos, textes, vidéo et bandes-son : autant de médium où la première intention est de montrer, de monter et démonter des séquences dites spectaculaires. Ensuite vient l'acte de réappropriation où elle vacille entre le désir de se plier au modèle préconisé par la société occidentale et celui de dénoncer ses incohérences Plus que la société du spectacle, c'est l'impossibilité de la vivre pleinement qu'elle questionne. Enfin elle suggère une sorte de réel irréel où les stars et autres modèles se transforment en silhouettes de souvenir, où les situations spectaculaires deviennent des habitudes et où l'artifice n'est plus qu'évidence…
Un travail essentiellement photographique basé sur la mise en évidence du contre-pied. Les apparences ne sont pas toujours telles qu'elles voudraient sembler être. Pas très loin du propre et du lisse se cachent des zones bien plus troubles, des situations moins souriantes, ce sont ces espaces en marge qui sont le sujet de la démarche de Clara Arozarena. Elle puise dans l'imagerie actuelle les détails qui grincent, jamais anodins et le plus souvent seuls porteurs d'un sens reél. C'est la démonstration concrète de l'image derrière l'image... |
          
  
"Catch me ", 2004
Références cinématographiques: le fantasme du geste parfait est enfin atteint. Mais une ombre plane pour nous rappeler que tout n’est que mascarade. Tout se base sur une logique de l’exploit et de la performance physique ; toutefois il reste préférable d’y arriver sans le moindre effort, seul le paraître est primordial.
Extrait d'interview par Lino Polegato pour Fluxnews (quotidien d’art contemporain belge):
Votre constat, la réalité objective n'existe pas, il n'y a que la loi des apparences.La photo truquée sur photoshop est elle pour vous l'unique hypothèse de réalité?
Je cite souvent l'exemple de cette couverture de magasine féminin qui avait, il y a quelques années, présenté le mannequin Laetitia Casta avec comme titre évocateur « La plus belle femme du monde » ; quand on regardait un peu plus attentivement la photo, on voyait que la «plus belle femme du monde» avait malencontreusement hérité de deux pieds droits.
«La plus belle femme du monde» n'était plus donc de l'ordre du réel mais plutôt celui du surnaturel.
Nous avons pour réalité le monde qui nous entoure et ce monde est aujourd'hui celui de l'image. On serait arrivé à un stade où l'illusion vampirise la réalité. Ce serait un peu comme les créatures de John Carpenter dans « The thing » qui prennent l'apparence humaine mais qui sont tout sauf des êtres humain. Bienvenu dans mon monde où la loi des apparences devient notre unique hypothèse de réalité et où les logiciels de traitement d'images sont les rois incontestés.
Les choses ne deviendraient finalement possibles qu¹a travers l'univers que l'on crée?
En effet, c'est exactement ce que je mets en exergues dans la série «Catch me» : celui du fantasme où j'aimerais devenir une héroïne de jeux vidéos où de films fantastiques aux extraordinaires effets visuels et où j'aimerais atteindre une vie par procuration. Matrix, Lara Croft, autant d'héros que je ne peux copier qu'à travers l'univers que je me crée. Mais les ombres sont là pour me rappeler que tout n'est qu'artifice…
Vos photos mettent en tension un scénario, quel est le but du jeu?
Le but du jeu ne serait il pas de devenir le prisonnier heureux d'un espace scénarisé! Un espace qui laisserait juste assez de choix pour qu'on ait l'illusion de la liberté mais où on serait rassuré par l'évidence de la programmation.
"In the wood", 2005
Images, musiques, organisme vivant multiplié à l’infinie sont arrachés à leur unicité. Ayant été arraché à leur unicité, ils se sont dépouillés de leur vérité. Leur multiplication les a ôtés à leur apparition. Les ôtant à leur apparition, elle les a ôtés à la fascination originaire…. »
D’après un texte de Pascal Quignard.
Réminiscence d’un endroit. Film d’horreur, série policière, série B ; autant de fictions où les scènes se succèdent et se ressemblent. Le bois n’est plus qu’un décor où un viol, un meurtre a pu être commis, un cadavre ou l’arme du crime cachée. Ce triptyque est le premier opus (sur trois parties) sur le thème du parasitage du fictif sur le réel : La maison bourgeoise (deuxième opus) ne renferme que secrets de famille, amours passionnés et drames psychologiques surannés ; le parking souterrain (troisième et dernier opus) ne se révèle que sous les courses poursuites, les chantages et les rendez-vous lugubres….
Ces trois séries reprennent ces lieux : bois, maison bourgeoise, et parking souterrain. Vient ce greffer une silhouette prête à se multiplier à l’infini, tel un refrain incessant qui ne laisserait plus de place au reste de la chanson….
Expositions personnelles
2003: Exposition "Yvonne, Christelle, Yannick", Frame Contemporary Project, bruxelles. (B)
Expositions
2005 : Exposition collective « Yellow Korner », FNAC, Paris (F).
2004: Biennale des arts visuels de Liège, galerie flux. (B)
2003: Création du projet «More To Come» avec les artistes Yoann Mathurin, Ludovic Guion et Sandra Jérôme.
Exposition "Yvonne, Christelle, Yannick", espace Frame Contemporary Project, bruxelles. (B)
2002 : Performance au festival « VUES D'ICI » scénographie d'un lieu, parrainé par Arte, Parpaing, Mouvement... Paris.(F)
2000 : Exposition collective à l'ALBA à Beyrouth, Liban.
Résidence d'un mois à Beyrouth, Liban.
1999 : Exposition collective à la galerie Julio Gonzales à Arcueil-Paris (F).
Formation
2002 : DNSEP (Diplôme National Supérieur d'Etudes Plastiques) à l'Ecole Nationale Supérieure D'Art de Paris-Cergy (F)
1999 : DNAP (Diplôme National d'Arts Plastiques) à l'Ecole Nationale Supérieure D'Art de Paris-Cergy (F)
1996-1998 : Ecole Pilote Internationale d'Art et de Recherche, Villa Arson, Nice (F)
Parutions
février 2004: Fluxnews ; quotidien d'art contemporain (B).
septembre 2003: ArtHunter ; site web consacré à l'art contemporain.
Art hunter, http://www.provisoire.org/
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