Le travail photographique d’Eric Emo est essentiellement centré sur la représentation du corps humain. Qu’il mette en scène son propre corps jusqu’à le rendre méconnaissable ou qu’il photographie des sculptures pour métamorphoser ce que la main de l’homme a figé dans un instant d’éternité, il travaille l’image du corps pour mieux interroger le corps de l’image. C’est au hasard de ses pérégrinations dans les rues, les musées, les églises et les cimetières, qu’il capte toutes les formes possibles du corps, profanes ou sacrées. Cependant, il ne vise pas le réel à proprement parler : il met à distance l’objet photographié afin de transgresser l’instantané de la prise de vue et d’accéder à l’intemporel de la vision. La série des « Icônes urbaines » qu’il compose à partir des pictogrammes des feux de signalisation et la série des « Christ », intitulée « Ceci est mon corps », s’inscrivent parfaitement dans ce travail de recherche que l’artiste a entamé depuis plusieurs années. Dans les deux cas, il s’agit de transfigurer des images du corps en leur donnant une aura, une présence qu’elles ont perdue ou qu’elles n’ont jamais vraiment eue : l’une sacrée et mystique, présence d’une absence, absence d’une présence, qui se donne à voir dans tous les cimetières de nos villes (les Christ en croix) ; l’autre, urbaine et technologique,
qui envahit nos rues sans que nous y prêtions plus attention, mais qui, transfigurée par la grâce de l’acte photographique, acquiert une présence et une signification nouvelles (les personnages rouges et verts des feux de signalisation) .
L’exposition d’Eric Emo s’articulera donc autour de deux axes :
1) La série des « Christ » intitulée « Ceci est mon corps ». Ces photographies ont été prises dans des cimetières. Le symbole chrétien du Christ en croix, créé pour être sujet d’adoration, devient ici la métaphore de ce que chacun de nous peut vivre avec son propre corps : désirs, sensualité, sexualité, souffrance, maladie, vieillissement, disparition, mort, souvenirs.
2) La série des «Icônes urbaines » donne son titre à l’exposition : Eric Emo parcourt les villes pour photographier les petits personnages des feux tricolores. Protecteurs de nos traversées de rues, ceux-ci sont toujours présents au-dessus de nos têtes. Silhouettes familières, ils veillent sur nous . Nous les voyons sans les voir. Partant de ces 2 icônes urbaines, dans leurs 2 positions précises, l’une rouge, couleur de l’interdit, l’autre verte, couleur du possible, l’artiste les transfigure en des êtres indépendants et leur donne une présence nouvelle, à la fois familière et étrange. D’un côté il joue avec la forme des figures vertes pour en accentuer le mouvement, l’énergie, le dynamisme. De l’autre, il fige les figures rouges dans une immobilité inquiétante (au point que certains corps deviennent des sortes de gisants), mettant en valeur la densité, l’intensité de la couleur seule. Parfois il a recours à la photo noir et blanc : les pictogrammes deviennent autant de silhouettes fantomatiques, entre apparition et disparition.

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